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Après un viol, comment briser le silence ?

Porter plainte est essentiel pour la plupart des victimes de viol dans le processus de leur reconstruction. Pourtant, on estime que seules 14,7% d'entre elles y ont recours.

12 janv. 2015 Violence et maltraitance - Lecture : min.

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On estime que 205 viols sont commis par jour en France. En moyenne, 75 000 viols seraient perpétrés chaque année, et moins de 11 000 seraient déclarés. Pourquoi ce fossé, alors que porter plainte peut être un élément majeur dans le processus de reconstruction des victimes ?

Évidemment, le choc est tel que les personnes sont sidérées, et peuvent être sujettes à des pertes de mémoire. Entre honte et culpabilité, elles peuvent avoir toutes les raisons de ne pas vouloir porter plainte (manque de preuves, sentiment que tout est de sa faute...). Le fait que l'agresseur soit averti de la plainte contre lui et connaisse l'identité du plaignant peut encore être un frein qui fait craindre des représailles, surtout lorsqu'il s'agit d'un proche.

Le climat ambiant tend hélas également à culpabiliser les victimes de viol, ce qui les conforte dans l'idée que c'est de leur faute (le fait de leur demander comment elles étaient habillées, par exemple).

Notons aussi qu'il est extrêmement dur pour les hommes victimes d'agressions sexuelles d'aller porter plainte, car les stéréotypes sur les hommes sont aussi forts que ceux sur les femmes, et qu'est considéré comme "faible" celui qui fait partie des proies et non des chasseurs. Dans une vidéo intitulée "Pourquoi le viol, c'est vraiment hilarant", Andrew Bailey explique que l'une de ses enseignantes a abusé de lui alors qu'il avait 13 ans, et qu'il a toujours dû se construire une façade pour faire comme s'il avait trouvé ça "cool", qu'il a dû se conformer à ce qu'on lui imposait.

"Je pense sincèrement que le viol est hilarant... Parce que je n'ai pas d'autre choix" - Andrew Bailey

On estime qu'environ deux victimes sur six ne se sont jamais confiées à un proche. Comment les blâmer lorsque l'on sait comme il est difficile d'être écouté ? S'ajoute à cela la culpabilité d'avoir pu prendre du plaisir malgré la violence, car le corps est une mécanique parfois incompréhensible.

On pense qu'environ 25% des victimes de violences sexuelles les banalisent, c'est-à-dire qu'elles ne les considèrent pas ou plus comme graves. Or, toute violence est grave et doit être dénoncée.

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Porter plainte, un premier pas

L'association les Dé-chaînées a d'ailleurs lancé un appel dans le but de réunir des informations sur l'accueil des personnes ayant subi un viol. Les témoignages de femmes et hommes ayant été mal reçus dans les commissariats sont en effet légion, et l'association souhaite avertir les pouvoirs publics et oeuvrer en faveur d'un meilleur accueil des victimes.

Parfois peu formé à recevoir les victimes de viol, ou à distinguer viol et agression sexuelle, le personnel culpabilise encore plus la victime. De nombreuses personnes témoignent du fait qu'elles ont dû raconter leur histoire dans une salle d'attente bondée, qu'on les a reçues dans des bureaux, portes ouvertes, qu'on ne les a pas prévenues qu'elles devraient avoir une confrontation avec l'agresseur... Ici par exemple, le témoignage d'une utilisatrice de Psychologue.net :

"À l'accueil, une dame très énervée, pressée de faire son travail. Et puis un autre policier, sans expression. Il m'a reproché de ne pas savoir ce que je disais, car j'avais dit "tentative de viol" mais, selon la loi, ce n'était qu'une agression sexuelle".

Déposer plainte est déjà une épreuve difficile, mais le traitement par les autorités puis par la justice est très long. Les personnes devront raconter plusieurs fois leur histoire, passer des entretiens médicaux et psychologiques : un parcours difficile dont témoignent de nombreuses personnes dans l'excellent blog J'ai porté plainte.

Initialement créé pour "éclaircir certains points de la procédure", il permet maintenant aux hommes et aux femmes de témoigner, d'encourager chacun à porter plainte, en expliquant son propre cheminement et la façon dont cela s'est passé.

"Je m'appelle Caroline, j'ai aujourd'hui 23 ans et j'ai porté plainte. (...) J'ai brisé le silence. J'espère pouvoir aider à briser ton silence"

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Porter plainte et témoigner sont des éléments plus qu'essentiels dans le processus de reconstruction de la victime, comme le précise Geneviève Schmidt :

"Il faut donner à la victime violée la possibilité d'expulser d'elle un maximum de cette émotion pour qu'elle s'inscrive un peu moins dans le corps et l'esprit".

Pour briser le silence, le premier pas est souvent de raconter son histoire. Et c'est lorsqu'il est difficile d'en parler à des proches qu'Internet devient ce formidable moyen de communication que nous connaissons. De nombreux blogs et sites permettent aux personnes de livrer leur histoire de manière totalement anonyme. Citons ainsi les Tumblr Je connais un violeur, dans lequel témoignent des personnes ayant subi des agressions ou viols de la part d'un proche, ou encore Je suis indestructible, qui souhaite aider les victimes d'agression à "briser les chaînes du silence".

Témoigner, découvrir que l'on n'est pas seul peut par la suite permettre d'engager un pas supplémentaire en portant plainte contre l'agresseur.

"Tu veux sortir, tu veux vivre, tu veux être heureuse. (...) Pour ça, tu acceptes ton passé, tu apprends à vivre avec, tu te reconnais. Tu te reconstruis peu à peu… mais c'est long, c'est difficile… Le plus dur est de se pardonner soi-même, se pardonner de n'avoir rien fait, d'être resté dans le noir toutes ces années".

Pour aller plus loin :

JeSuisIndestructible (Québec).

J'aiPortePlainte

JeConnaisUnVioleur

Association les Dé-Chaînées et leur enquête sur l'accueil des victimes de viol.

Photos : Shutterstock

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