Ces messages entendus dans l’enfance qui continuent d’influencer notre vie
Certaines phrases ou expériences vécues dans l’enfance peuvent continuer d’influencer notre manière d’aimer, de travailler ou de nous comporter, sans que nous en ayons réellement conscience.
Certaines personnes ont le sentiment de devoir toujours faire des efforts, être fortes, faire plaisir ou éviter de décevoir.
Avec le temps, ces comportements deviennent parfois tellement habituels qu'ils semblent faire partie de notre personnalité. Pourtant, il arrive qu'ils prennent racine dans des messages entendus très tôt dans l'enfance ou dans certaines expériences qui ont laissé une empreinte durable.
En Gestalt-thérapie, nous appelons cela des introjects.
Imaginez avaler un morceau de pomme sans le mâcher. Votre corps aura du mal à l'assimiler. Vous pourriez ressentir une gêne, une lourdeur, comme si quelque chose restait en vous sans pouvoir être digéré ni intégré.
Lorsque nous intégrons sans recul certains messages, certaines expériences ou certaines manières de faire venues de l'extérieur, il arrive qu'elles continuent d'agir en nous sans avoir réellement été assimilées.
Imaginez maintenant une phrase souvent entendue dans l'enfance, comme « tu pourrais faire des efforts », ou différentes variantes autour de ce même message, répétées au fil des années. Progressivement, cette phrase peut devenir une forme intérieure qui agit silencieusement dans notre manière de vivre, jusqu'à nous amener à considérer l'effort permanent comme quelque chose de normal ou d'évident.
La Gestalt appelle ce phénomène l'introjection : le fait d'absorber un message ou une expérience sans réellement le digérer. Le résultat de ce processus est appelé introject, c'est-à-dire la forme que cela prend ensuite en nous, souvent comme une règle implicite ou une évidence intérieure.
Nous pouvons introjecter des phrases, mais aussi des situations entières.
Regardons cela à travers trois espaces dans lesquels ces mécanismes apparaissent fréquemment : le travail, la sexualité et les relations affectives.
Dans le domaine professionnel, imaginons un enfant qui grandit dans un environnement où il doit constamment faire ses preuves pour obtenir de la reconnaissance. Les efforts sont attendus, rarement suffisants, et la valorisation reste conditionnelle. Peu à peu, l'enfant intègre cette manière de fonctionner. À l'âge adulte, cela peut se traduire par une difficulté à ralentir, une tendance à se dépasser en permanence ou encore par le sentiment de ne jamais en faire assez.
Dans la sexualité, certaines expériences peuvent également laisser des traces importantes. Un enfant surpris dans une situation intime face à un parent qui réagit avec rejet, honte ou colère peut progressivement associer son désir à quelque chose de « pas acceptable ». Plus tard, cela pourra influencer son rapport au corps, à l'intimité ou au plaisir, souvent sans comprendre précisément ce qui se rejoue.
Dans les relations affectives, un enfant qui apprend très tôt qu'il doit s'adapter, faire plaisir ou éviter de déranger pour préserver le lien pourra ensuite avoir des difficultés à poser des limites ou à supporter de décevoir. La relation à l'autre risque alors de se construire au détriment de ses propres besoins.
Ces situations vécues dans l'enfance peuvent continuer d'agir sous forme de fonctionnements automatiques. Ce qui a été, à un moment donné, une manière de s'adapter pour être reconnu, éviter le rejet ou préserver le lien peut devenir, avec le temps, une forme de rigidité dans la manière d'être.
L'introjection peut également se produire à l'âge adulte. Il arrive qu'une personne en qui nous avons confiance nous transmette une manière de « bien faire » que nous adoptons sans vraiment la questionner, avec un inconfort dont nous ne percevons pas toujours l'origine.
Dans le cadre professionnel par exemple, nous pouvons nous mettre à travailler ou à nous comporter d'une manière qui ne nous correspond pas réellement, simplement parce qu'elle nous a été présentée comme la « bonne » manière de faire.
Certains introjects se repèrent facilement à travers des formulations comme : « il faut », « je dois », « ça ne se fait pas ».
D'autres sont plus diffus et s'expriment plutôt à travers certaines tensions, hésitations ou difficultés répétitives.
Après avoir regardé du côté des situations, intéressons-nous maintenant à la manière dont elles continuent parfois de vivre en nous sous forme de messages intériorisés, à travers l'éclairage proposé par l'analyse transactionnelle.
Cette approche parle notamment des « drivers », aussi appelés « messages contraignants ». Il s'agit de messages implicites reçus dans l'enfance, souvent associés à une condition : être aimé, reconnu ou accepté par les figures importantes de notre environnement.
Ils sont au nombre de cinq. Peut-être que certains d'entre eux résonneront en vous.
Sois parfait. Ce message trouve souvent son origine dans des phrases comme « tu peux mieux faire » ou « c'est pas mal, mais j'attendais mieux de toi ». Il peut conduire à une forte exigence envers soi-même, du perfectionnisme et une insatisfaction chronique. Sois fort. Issu de messages comme « il faut être courageux » ou « un garçon ne pleure pas », il peut amener à retenir ses émotions, à refuser l'aide et à associer la vulnérabilité à une faiblesse. Dépêche-toi. Hérité de « arrête de traîner » ou « plus vite que cela », il peut générer de l'impatience, une difficulté à se poser ou une tendance à privilégier la rapidité plutôt que la qualité. Fais des efforts. Transmis à travers des phrases comme « donne-toi un peu de mal », il peut installer l'idée que toute réussite doit forcément passer par la difficulté et l'effort permanent. Fais plaisir. Issu de « fais plaisir à tes parents », « sois gentil » ou « ne sois pas égoïste », il peut conduire à craindre de décevoir, à avoir du mal à dire non ou à rechercher continuellement l'approbation des autres.
J'ai choisi ici de mettre en avant la face inconfortable de ces messages, car c'est souvent sous cette forme qu'ils apparaissent en thérapie. Pourtant, chacun d'eux possède également des aspects utiles. Le perfectionnisme peut permettre de produire un travail de qualité, le « sois fort » de résister à certaines pressions, le « dépêche-toi » de se mettre rapidement en mouvement, le « fais des efforts » de s'engager pleinement, et le « fais plaisir » d'être attentif aux autres.
La question reste alors la même : à quel prix ?
Regardons maintenant comment travailler ces introjects.
L'idée n'est pas d'effacer tout un pan de son histoire, mais plutôt de commencer à identifier les croyances ou les règles intérieures qui influencent encore aujourd'hui notre manière d'être. Ces croyances ont souvent eu un rôle protecteur à un moment donné, en permettant par exemple de préserver le lien, d'éviter certaines formes de rejet ou de s'adapter à son environnement.
La première étape consiste à repérer certains fonctionnements devenus automatiques, qui apportent aujourd'hui une forme d'inconfort ou de rigidité.
Si nous reprenons l'exemple du « tu pourrais faire des efforts », vous pouvez observer comment vous semblez vouloir vous dépasser en permanence, et comment la fatigue liée à ce mouvement peut progressivement s'installer dans votre vie, parfois jusqu'à l'épuisement ou au burn-out.
Dans ces moments-là, certains fonctionnements peuvent devenir rigides, comme s'ils s'imposaient sans laisser de place à autre chose. La rigidité apparaît parfois là où certaines choses deviennent difficiles, voire impossibles. Par exemple : ralentir.
Ce travail passe par la prise de conscience de ces mouvements automatiques, rarement remis en question. Il s'agit aussi d'écouter son corps. Que vous dit-il ?
Les tensions, la fatigue ou certaines douleurs peuvent être des indicateurs d'un manque d'ajustement dans notre manière de vivre.
Nous vivons dans un monde rapide, où nous sommes souvent coupés de nos sensations. Le corps devient alors un simple « véhicule », comme s'il ne nous appartenait plus vraiment.
Ralentir, c'est revenir à ce qui se passe en soi, faire un pas de côté et regarder ce qui est juste pour soi. C'est sortir d'une logique de performance automatique pour retrouver progressivement un peu de contact avec ses ressentis.
Dans le travail thérapeutique, et particulièrement en Gestalt, ces introjects apparaissent dans la relation thérapeutique, à travers ce qui se joue entre le patient et le thérapeute. Le thérapeute peut alors mettre progressivement en lumière certains fonctionnements, non pas pour coller des étiquettes, mais pour ouvrir un espace de réflexion.
Il peut partager ce qu'il ressent ou ce qu'il observe afin de permettre au patient de regarder autrement certains mécanismes devenus automatiques.
Souvent, ces croyances restent liées à des situations anciennes et continuent d'agir sans tenir compte de ce que nous sommes devenus aujourd'hui.
Les introjects sont des traces de notre histoire, des formes que nous avons intégrées avec les moyens que nous avions à un moment donné.
Le problème n'est pas qu'ils existent. Le problème apparaît lorsqu'ils continuent d'agir comme des évidences, sans être réellement questionnés, comme quelque chose en nous, non digéré, qui continue d'orienter nos choix sans que nous en ayons conscience.
Les repérer, c'est déjà commencer à faire quelque chose de différent.
C'est prendre un instant pour observer ce qui se joue, sentir ce qui devient inconfortable et se demander si cela nous correspond encore aujourd'hui.
Progressivement, ce qui ressemblait à un « il faut » ou un « je dois » peut laisser davantage de place au choix, à la souplesse et à une manière d'être plus ajustée.
Il ne s'agit pas de devenir quelqu'un d'autre.
Il s'agit peut-être simplement de redevenir un peu plus soi-même.
Les informations publiées sur Psychologue.net ne se substituent en aucun cas à la relation entre le patient et son psychologue. Psychologue.net ne fait l'apologie d'aucun traitement spécifique, produit commercial ou service.
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