Le manque d'amour de soi-même, blessure de l'âme

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Le manque d'amour de soi-même est une des grandes blessures de notre âme. Elle peut trouver son origine dans l'absence ou la discontinuité du lien affectif dans l'enfance.

21 MAI 2020 · Lecture : min.
Le manque d'amour de soi-même, blessure de l'âme

Comment peut-on aimer et s'aimer soi-même quand nous ne l'avons pas éprouvé suffisamment dans les premières années de vie ?

Au moment où une personne me contacte pour une consultation thérapeutique, sa demande initiale explicite tourne très souvent autour de la relation amoureuse. Que ce soit pour réussir à quitter un conjoint « toxique », pour faire le deuil d'une rupture amoureuse, pour faire face à une crise dans le couple, pour rompre avec des schémas répétitifs souffrant, pour « sauver » son couple en communiquant différemment, pour sortir d'un célibat vécu comme une épreuve de solitude et d'isolement, pour soigner des traumatismes sexuels. Pour d'autres, la demande initiale concerne d'autres pans de la vie : travail, relations familiales, angoisses et c'est lors du processus psychothérapeutique que les questions d'intimité, de sexualité, d'amour revenaient. La grande question, souvent inconsciente, qu'ont en commun ces clients se résumerait à : comment faire pour être aimé(e) inconditionnellement ?

Chacun a ses stratégies conscientes et inconscientes pour expérimenter ce sentiment. Ce qui m'a frappé lors ces séances, c'est de constater que la plupart ont une représentation erronée de l'amour, de la relation d'objet. Ils en attendent la source de leur propre amour de soi, de leur narcissisme. Ils se mettent en situation de dépendance, de passivité, ou au contraire de contrôle et de possessivité. Ils sont terrifiés à l'idée de vivre des expériences de rejet ou d'abandon.

Cela est d'autant plus présent s'ils ont vécu en fait des maltraitances, des carences affectives. Certains dès la naissance, ne leur permettant pas d'éprouver dans leur corps le désir, l'amour, l'attachement sécure, base indispensable de l'estime de soi. Ils ont développé des protections puissantes, pour ne plus jamais ressentir la douleur du rejet et de l'abandon. Ils ont construit leur personnalité dans la honte, la culpabilité, la peur d'eux-même et des autres. Leurs piliers existentiels de valeur personnelle et de lien sont très abimés et ils cherchent dans chaque relation à expérimenter le désir et l'intérêt de l'autre, tout en le craignant.

Est-il possible adulte d'apprendre à s'aimer et comment ?

Nous pouvons comparer la psyché humaine à un orchestre philarmonique. Chaque instrument individuellement a une tonalité, un son spécifique, différent des autres instruments. Seul, il est agréable à écouter mais reste limité dans son répertoire et sa gamme. Si tous les instruments jouent en même temps, certains se feront entendre davantage et couvriront le son des autres. Le résultat sera discordant et désagréable à l'oreille.

Mais si un chef d'orchestre apparait (le Je/soi en Psychosynthèse), il écoutera chaque instrument afin d'y déceler ses qualités et ses limites, les notes sur lesquelles il sera le plus harmonieux. Quand il aura pris connaissance de l'ensemble des instruments qui composent l'orchestre, il choisira lesquels mettre en avant, à quel moment, selon l'intention de la mélodie. Le résultat sera alors harmonieux, inspiré et portera chaque instrument vers l'excellence, au service de l'ensemble.

Les personnes, perdues dans leur cacophonie intérieure, viennent chercher en psychothérapie un chef d'orchestre extérieur, quelqu'un qui aura l'autorité, la légitimité, pour réguler et dompter leurs forces intérieures conflictuelles.

Dans les premiers temps de la psychothérapie particulièrement, ils ont besoin d'expérimenter, d'éprouver ce qui se passe quand un chef d'orchestre est aux commandes. Ils expérimentent la détente, l'apaisement, ils se découvrent des qualités. Dans un premier temps ils projettent leur Je/ Soi à l'extérieur, sur le thérapeute. En acceptant d'incarner ce chef d'orchestre, le thérapeute devient le miroir, le reflet du Soi du client. Le client attribue au thérapeute des qualités d'être qui sont les siennes mais qu'il ne voit pas. « Vous êtes gentille », « tu es lumineuse », « la féminité…mais c'est vous Solène ! Vous êtes douce, souriante, radieuse. »

Ils ne savent pas qu'ils ont déjà un chef d'orchestre en eux, ils ne l'entendent pas dans le brouhaha interne. Où, comme dans le cas des carences affectives précoces, ce Chef d'orchestre débutant n'a pas eu la possibilité de s'exercer, il a été écrasé très vite, renvoyé au fond de la scène car trop dangereux pour la relation vitale avec le parent. Il s'est entrainé discrètement, sans faire de bruit et reste convaincu qu'il est un mauvais chef d'orchestre, pas assez compétent pour revenir sur le devant de la scène. Alors il laisse les instruments les plus puissants au niveau sonore s'installer sur le devant.

Quand le chef d'orchestre du thérapeute se présente devant l'orchestre, ce dernier est déstabilisé, il sent le changement et cela réactualise des peurs, des résistances. Le nouveau chef d'orchestre doit donc d'abord rassurer les différents instruments, montrer qu'il les a vu et entendu, qu'il trouve qu'ils sont essentiels à l'ensemble et qu'il ne cherche pas à les supprimer. Et en même temps, il se positionne fermement comme le chef, il tient sa place de coordinateur, régulateur, voire décisionnaire. Il agit comme un mentor pour le chef d'orchestre timide du client.

Ce dernier observe ce qui se passe, ce qui se vit. Il ressent les effets bénéfiques d'un chef centré. Petit à petit, il remonte la scène, propose des petits exercices de gammes, avec le soutien bienveillant du chef d'orchestre thérapeute. Il prend confiance, ose davantage. Il réalise la source des problèmes, il l'accepte. Il choisit de ne pas abandonner ou entrer en opposition avec les instruments, mais de trouver des solutions de coopération. Il se laisse inspirer des compositions nouvelles, il visualise la réalisation de celles-ci et les étapes de concrétisation. Le chef d'orchestre thérapeute se tient à côté de lui, valide les intentions du chef client, soutient les tentatives et initiatives, le recentre quand il s'éparpille. Il s'efface progressivement jusqu'à ce que le chef d'orchestre client se sente légitime, compétent et décidé. Il valide alors le processus du client, le félicite et se retire de l'orchestre.

Cette analogie est valable également dans la relation parent/ enfant. Le parent « suffisamment bon », décrit par le psychanalyste Winnicott, tient la place du chef d'orchestre thérapeute. Il crée pour son enfant, avec le maternage, des conditions sécures d'expérimentation de sa capacité à être soi, à se séparer physiquement et psychiquement du parent afin d'arriver à la maitrise et la réalisation de soi.

Quand les conditions préliminaires n'ont pas été remplies, l'enfant vit la séparation dans la peur et l'insécurité. Il reste bloqué affectivement à des stades précoces de développement. Devenu adulte, il réactualisera dans toutes ses relations l'attachement insécure décrit par Bowlby, il sera dépendant affectivement des autres, n'ayant pas ancré en lui un vécu positif et sécure du « être seul avec soi ».

Il ne sait pas être le maitre de sa maison intérieure car il a peur d'y habiter seul. Alors il invite de nombreux invités, sans discrimination ou se retranche dans une seule pièce de la maison, celle qu'il connait bien, dans laquelle il se sent en sécurité et ne veut surtout pas s'aventurer dans les autres pièces. Mais cela ne calme pas ses angoisses, il manque toujours quelque chose. Un jour, un dégât des eaux, une tempête vient ébranler la maison, l'obligeant à sortir de sa zone de confort relatif. C'est souvent l'appel qui le met sur le chemin de la psychothérapie.

Il se présente consciemment devant le thérapeute comme un adulte qui souhaite faire quelques réparations rapides pour pouvoir très vite retrouver ses habitudes. Et inconsciemment, il est le petit enfant carencé, manquant d'amour, qui cherche désespérément quelqu'un qui l'aimera inconditionnellement. Mais dans la réalité il n'est plus un petit enfant et aucun « autre » ne pourra lui donner cet amour inconditionnel. Il découvre alors que c'est à lui de se donner de l'amour. Mais comment faire ? Il n'a pas appris, il ne sait pas. Il a enfermé son potentiel, sa capacité d'amour à double tour et n'a pas suffisamment éprouvé le sentiment d'être aimé.

La psychothérapie est alors un espace d'apprentissage, de ré-éducation de l'amour de soi.

Photoa : Shutterstock

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