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Connaissez-vous l'EMDR ?

Article révisé par le Comité Psychologue.net

Non, la méthode EMDR n’a rien à voir avec l’expression populaire des ados « mdr » !

16 avril 2014 · Lecture : min.

Méthode mise au point par l'américaine Francine Shapiro.

En 1987, c'est une intuition qui mit Francine Shapiro sur la piste de l'EMDR. Alors qu'elle se promenait dans un parc et ruminait quelques idées noires, elle constata que ses yeux se mettaient spontanément à bouger. Elle prit alors conscience que la charge négative de ses pensées se réduisait considérablement à la suite de ces mouvements oculaires. Elle formula donc l'hypothèse qu'un lien existait entre la charge émotionnelle négative d'une pensée et le mouvement rapide de ses yeux. S'ensuivirent quelques mois d'expérimentation sur elle-même, puis avec ses proches, et enfin avec ses clients en psychothérapie. Sa première recherche clinique commença à la fin de l'année 1987, avec 22 victimes de viol, de violences ou de la guerre du Vietnam. Elle fut publiée en 1989.

Les résultats de son étude ont démontré que la méthode était capable de réaliser une désensibilisation rapide des souvenirs traumatiques par l'intermédiaire d'un retraitement cognitif plus adapté à la situation présente. La méthode a apporté un soulagement rapide de la souffrance et une réduction tout à fait significative de la symptomatologie (anxiété, pensées intrusives, retours d'images ou de cauchemars traumatiques). Ainsi l'EMDR est selon le docteur Howard Lipke, spécialisé dans le traitement des états de stress post-traumatique ,

« de loin le traitement le plus efficace que nous ayons utilisé pour des Vétérans anciens combattants au Vietnam, présentant des épisodes dissociatifs, des souvenirs intrusifs et des cauchemars. »

En moins de 10 ans, l'EMDR est devenu un des modes de traitement psycho-thérapeutique de l'État de Stress Post-Traumatique (ESPT en français et PTSD dans la littérature anglo-saxonne) ayant donné lieu au plus grand nombre d'études cliniques.

Distinctions de Francine Shapiro :

1994 : the Award for Distinguished Scientific Achievement in Psychology.

2002 : le prix Sigmund Freud, plus haute distinction mondiale en psychothérapie.

L'EMDR a été reconnu par l'INSERM en France et par l'Américan Psychiatric Association aux états unis en 2004, par le National Institute for Clinical Excellence du Royaume Uni en 2005.

La contribution de David Servan Schreiber, professeur et neuropsychiatre

La méthode a été introduite en France par le psychiatre David Servan Schreiber, président de l'association EMDR France. Il a été primé pour sa contribution exceptionnelle. Dans son livre best-seller, il consacre plusieurs chapitres à l'EMDR, qu'il définit comme une « auto guérison des grands traumatismes » .

Signification de l'acronyme EMDR

Les initiales viennent de son appellation anglo-saxonne : Eye-Movement Desensitization and Reprocessing, soit en français, Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires, même si la méthode ne se limite désormais plus à l'utilisation des mouvements oculaires.

Que soigne l'EMDR ?

On peut consulter en thérapie EMDR si l'on a vécu des traumatismes grand « T » tels que la violence physique et psychologique, les abus sexuels, les accidents graves, la guerre, les décès, etc.

Isabelle Meignant, psychologue toulousaine, formatrice EMDR Europe, déclare à propos de l'explosion de l'usine AZT en 2001 : « Dix ans après AZF […], certaines personnes sursautent au moindre bruit ou se sentent mal à la date anniversaire. Le passé qui s'invite toujours dans le présent, c'est épuisant. L'EMDR permet de guérir ça ».

Mais on peut aussi consulter en EMDR pour des traumatismes petit « t » : il s'agit de situations qui se sont produites par le passé et qui, à notre insu, ont un impact sur nos comportements, sur nos pensées y compris notre façon de nous percevoir (déformation du moi).

Exemple de situation petit « t » : une personne qui a vécu dans un climat quotidien de dévalorisation, d'humiliations ou d'absence de tendresse.

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Ces micro-traumatismes quotidiens ou maltraitances, enracinés dans la petite enfance et demeurés présents chez l'adulte, se manifestent indirectement et par 'intermédiaire de symptômes variés (ruminations, anxiété, angoisse, troubles du sommeil, dépression, boulimie, etc.). La méthode est utilisée pour les phobies, les crises de panique, les troubles de l'enfant, la timidité, le manque de confiance en soi. Elle accompagne également les traitements du cancer. Elle ne guérit pas le cancer mais le stress de l'annonce et de ses traitements.

Concernant les pathologies psychotiques (schizophrénie, démences), l'EDMR peut apporter une aide : chez un patient stabilisé par un traitement psychiatrique approprié, elle peut soulager une partie des symptômes qui seraient liés à un traumatisme émotionnel. Elle peut également réduire la fréquence des rechutes liées au stress. Mais aussi efficace qu'elle soit, le travail avec des personnes souffrant de traumatismes complexes n'est pas simple. Pour en savoir plus, nous vous invitons à lire les articles de l'institut français d'EMDR.

Durée de la thérapie et des séances

La moyenne des traitements est rapide. « Il arrive que l'on résolve en une seule séance des pathologies dont vingt années de psychothérapie n'avaient pu venir à bout ! » déclare Jacques Roques, vice président de l'association EMDR France (photo ci-contre).

Ce qu'il faut retenir, c'est que cela dépend de l'histoire du patient, de sa capacité à « s'auto-apaiser » et à utiliser les différentes techniques de contrôle de soi pour diminuer la perturbation potentielle qui peut survenir pendant le traitement. Dans la majorité des cas, le traitement actif devrait commencer après une à trois séances.

La durée des séances varie de 60 à 120 minutes.

Le principe : dissocier le souvenir de l'émotion et désactiver l'émotion

Une expérience traumatique grave provoque l'interruption du fonctionnement normal du système neurologique et psychologique de traitement de l'information. Celui-ci est nécessaire à la résolution et à l'assimilation de l'évènement traumatique. Normalement, lorsque la pensée réagit à un choc, une partie du cerveau est activée pour aider le traumatisé. Mais après un grave choc, cette fonction naturelle du cerveau est suspendue, empêchant le trauma d'être assimilé comme n'importe quel autre évènement de notre passé. La thérapie EMDR stimule les mécanismes neurologiques accélérant le « re-traitement » de l'évènement traumatique (reformatage). Replongé dans son passé afin d'être au plus près des perceptions sensorielles éprouvées au moment de l'événement, le patient est conduit, grâce à cette stimulation sensorielle, à concentrer son activité cérébrale sur le présent. De cette polarisation naît la possibilité de retraiter le traumatisme par dissociation de l'émotion et du souvenir (d'où le fait que ce dernier ne disparaisse pas). Le souvenir se délivre de sa charge émotionnelle, comme après un deuil. A titre d'exemple, une personne agressée pourra se souvenir de cet évènement passé sans ressentir tout le poids des émotions négatives.

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Etude de l'italien Marco Pagani, vainqueur du Prix Francine Shapiro 2011 pour la meilleure contribution scientifique.

En 2010, le neurophysiologiste Marco Pagani a conduit une étude sur 47 conducteurs de métro victimes d'un choc post traumatique : ils avaient vu des personnes se jeter sous leur rame. Grâce à l'imagerie médicale et aux électroencéphalogrammes, il a constaté des changements dans les zones cérébrales concernées par l'EMDR. Avant la thérapie, le cerveau des conducteurs semblait incapable de gérer les émotions provoquées par le souvenir traumatisant. Leur lobe frontal n'exerçait plus l'inhibition appropriée sur l'amygdale et l'hippocampe, siège des émotions telles que la peur et l'anxiété, cela se traduisant par un afflux anormal de sang dans le lobe occipital. Après l'EMDR, il constate que la zone cognitive du cerveau a pris le contrôle de la zone émotionnelle : les zones du cerveau hyper-activées par le souvenir traumatique se normalisent, le flux sanguin se régularise dans le lobe occipital.

La technique EMDR : stimulation bilatérale alternée (SBA)

La stimulation bilatérale alternée est généralement oculaire mais elle peut être auditive ou kinesthésique.

La stimulation peut également s'effectuer par tapotements alternés sur les genoux, sur les mains, avec la technique dite du papillon, particulièrement adaptée aux enfants (main gauche sur l'épaule droite et main droite sur l'épaule gauche) ou avec des sons alternés dans les oreilles.

Choisir un praticien confirmé

Dès que vous touchez à un traumatisme profond, vous ouvrez la boite de Pandore et risquez, par réveil de mémoires enfouies, de voir surgir des choses très difficiles. Vous devez faire appel à un thérapeute expérimenté, agréé donc formé au protocole thérapeutique (8 étapes sont à respecter) et à la gestion des émotions. La thérapie ne consiste pas qu'à faire bouger les yeux, sentir ou entendre des sons ! A ce sujet, David Servan Schreiber a précisé que

« les cas de détérioration de patients observées dans la littérature scientifique ont eu lieu lorsque les thérapeutes n'ont pas été suffisamment attentifs à la sévérité des troubles psychologiques que leurs patients présentaient avant de commencer le traitement ».

Controverses

La thérapie EMDR fait l'objet depuis ses débuts de controverses. Un traitement dont on ne saisit pas exactement les mécanismes d'action fait légitimement face au scepticisme. Ainsi, tant que le processus de validation scientifique sera en cours, il y aura controverse. Mais tant que cela n'empêche pas les psychothérapeutes de soulager leurs patients …

Pourquoi ces résistances ?

Tout d'abord, comme l'écrit Sylvain Michelet dans un article pour le magazine Psychologies,

« un traitement sans mots, sans transfert, sans travail d'interprétation de l'inconscient ni décodage systématique, cela va à l'encontre des pratiques communes. Ses détracteurs ont longtemps discuté son efficacité, qualifiant l'EMDR de pseudoscience, se gaussant de la découverte selon laquelle une stimulation sensorielle autre que le mouvement oculaire peut aussi faire l'affaire ».

« Jusqu'à présent, la psychothérapie était fondée sur une idée : seules l'écoute et la parole guérissent », explique Jacques Roques, vice-président d'EMDR-France. On parlait des problèmes psychiques uniquement en termes de sémantique – la rencontre de la mort pour les états de stress post-traumatique, par exemple. Or, on se rend compte maintenant de l'importance du fonctionnement cérébral. La psyché est indissociable de son substrat neurologique : on peut restimuler le traitement de l'information de manière parfois fulgurante, contredisant l'idée reçue selon laquelle il faut du temps pour guérir. » Et Sylvain Michelet de conclure, « aurions-nous du mal à admettre que notre cerveau puisse être reprogrammé comme un ordinateur ? »

Ensuite, pour comprendre les mécanismes de l'EMDR, il est souvent fait référence aux travaux de Michel Jouvet, neurobiologiste français, considéré comme le « père » du sommeil paradoxal en 1961. Les expériences de M. Jouvet ont permis de mettre en évidence les caractéristiques du sommeil paradoxal à savoir, l'atonie, l'enregistrement d'ondes particulières et les mouvements rapides des yeux. Ainsi, les études en neurosciences sur le processus de retraitement du contenu émotionnel durant le sommeil paradoxal sont d'actualité.

Elena Sender, dans un dossier spécial pour le magazine Sciences et Avenir de Février 2014 (N°804), fait référence à trois d'entre-elles visant à confirmer une diminution de la charge émotionnelle après une nuit de sommeil. Les chercheurs font donc l'hypothèse que le sommeil paradoxal (REM, Rapid Eyes Movements) est à l'origine de cette réduction de la charge émotionnelle mais cela n'est pas encore validé. En effet, l'équipe bruxelloise de Philippe Peigneux (photo ci-contre), a elle-aussi constaté une diminution de la charge émotionnelle « mais pas plus au cours d'une nuit avec beaucoup de REM que de non REM ou vice versa ». Donc, l'affaire est à suivre.

Ce qui est certain, c'est que des processus complexes ont lieu dans les structures cérébrales corticales et sous corticales et sous-tendent la mémoire et les émotions du sujet. La stimulation EMDR caractérisée par un influx nerveux provenant alternativement de l'hémicorps gauche et l'hémicorps droit et vice versa déclenche un mécanisme de retraitement de l'information tout comme l'effet envoutant du pendule qui plonge le sujet dans un état hypnotique propice à la résurgence d'un souvenir traumatique, à la différence près que dans le cas de l'EMDR, le sujet n'est pas en transe, il est bel et bien conscient. Ainsi, les techniques telles que l'EMDR, la méditation de pleine conscience, l'hypnose, la sophrologie semblent donc efficaces car elles ouvrent la voie à une dissociation de l'émotion et de l'évènement traumatisant et offrent la possibilité au sujet de se « réparer ». Précisons qu'un même résultat peut être obtenu par le sujet après un long travail d'introspection effectué en séances d'analyse (psychothérapie analytique).

Témoignages

Propos recueillis par Charles Ben Aarsil pour le magazine CLES

« J'ai été trente ans psychanalyste, membre de l'Institut de psychanalyse de Paris ; j'ai travaillé à l'hôpital ; j'ai pratiqué l'hypnose, « lourde » puis ericksonienne ; j'ai utilisé le psychodrame, trouvant bien de remettre mes patients en situation ; j'ai suivi une formation systémique… Tout cela m'a énormément apporté. Mais quand j'ai découvert l'EMDR, ce fut une révolution. J'ai soudain assisté à des choses que je n'avais jamais vues : des gens qui guérissaient vraiment, vite et définitivement ! Au début, vous n'y croyez pas. C'est un truc de farfelu. Ou de la magie – pourquoi pas ? comme dans l'ethnopsychiatrie, mais alors une prudence extrême vous retient. Quand finalement vous devez admettre que la méthode est scientifique, un gigantesque point d'interrogation surgit. Personnellement, je n'ai jamais réussi à me contenter du pragmatisme naïf. Je veux comprendre ! Nous n'avons pas encore trouvé, mais une chose est sûre : Francine Shapiro a mis le doigt sur un processus à la fois incroyable et naturel. On était passé à côté, voilà tout. Je pense que ça marque une mutation dans le champ psychique. Un changement de paradigme. Ça devrait lui valoir le prix Nobel un jour. »

Eva Zimmermann, psychologue – psychothérapeute

«L'EMDR traite presque tout, des dépressions aux addictions en passant par les agressions, les viols », précise Eva Zimmermann qui travaille avec cet outil depuis 1999. « Les images intrusives ou les pensées négatives s'arrêtent. Je n'aime pas dire que c'est miraculeux. Pourtant, il faut avouer que, parfois, ça peut l'être. Cela dépend des gens, du vécu. Trois séances peuvent suffire. Mais cela peut prendre des années pour les personnes qui ont subi des horreurs inimaginables ». Attention à s'adresser à un thérapeute spécifiquement formé. Sans compter que le patient doit avoir les épaules solides : il faut être en mesure de supporter de revivre ces affects, avertit Eva Zimmermann, mais une préparation aide les patients à augmenter leur tolérance aux émotions ».

À lire

“Des yeux pour guérir" de Francine Shapiro et Margot Silk Forrest – Seuil, 2005

“Guérir" de David Servan-Schreiber – Pocket, 2005

“EMDR, une révolution thérapeutique" de Jacques Roques – Desclée de Brouwer, 2003

Pour en savoir plus, nous vous invitons également à consulter le site de l'institut Francais de l'EMDR

Aide-mémoire EMDR TELECHARGER LE PDF- Axis And Search Consulting Synthèse réalisée par : Cécile Bueno-Klein

Photos : Shutterstock

Écrit par

Cécile Bueno-Klein

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