Être sa priorité pour être encore mieux avec les autres
Beaucoup de personnes craignent qu'en pensant davantage à elles-mêmes, elles deviennent égoïstes. Pourtant, apprendre à se respecter, écouter ses besoins et poser ses limites permet souvent de construire des relations plus équilibrées et plus authentiques.
Dans l'accompagnement thérapeutique, une difficulté revient souvent :
Beaucoup de personnes confondent le fait de se choisir avec le fait d'être égoïste. Elles ont appris qu'aimer, c'était s'adapter, comprendre, donner, patienter, parfois même se taire ou s'oublier.
Pourtant, être sa priorité ne signifie pas dire : « moi d'abord, les autres après ». Cela signifie plutôt : « je prends la responsabilité de ce qui se passe en moi afin d'être plus juste dans ma relation à l'autre ».
Lorsqu'une personne ne sait pas écouter ses besoins, poser ses limites ou reconnaître ses émotions, elle risque de fonctionner dans l'attente, la frustration, la colère retenue ou la culpabilité. Elle peut alors donner beaucoup, mais attendre inconsciemment que l'autre comprenne, répare ou reconnaisse ce qu'elle n'a pas su se donner elle-même.
Être sa priorité, c'est apprendre à revenir à soi.
C'est se demander : qu'est-ce que je ressens ? De quoi ai-je besoin ? Quelle limite n'ai-je pas respectée ? Quelle part de moi est blessée dans cette situation ?
Carl Gustav Jung a beaucoup travaillé sur la notion d'ombre, c'est-à-dire les aspects de nous-mêmes que nous avons du mal à reconnaître ou à accepter. Ces parts non reconnues peuvent être projetées sur l'autre, notamment dans les relations proches. Ce que nous reprochons fortement à l'autre peut parfois venir réveiller une zone blessée, non accueillie ou non conscientisée en nous.
Donald Winnicott a, de son côté, développé les notions de vrai self et de faux self. Lorsqu'une personne s'est construite dans l'adaptation excessive, elle peut apprendre à répondre aux attentes extérieures au détriment de son élan profond. Retrouver une relation plus authentique à soi devient alors essentiel pour ne plus vivre uniquement à travers le regard ou le besoin de l'autre.
Être sa priorité, ce n'est donc pas nier l'autre. C'est au contraire éviter de faire porter à l'autre ce qui relève de notre propre sécurité intérieure. C'est apprendre à s'écouter avant d'accuser, à poser une limite avant d'exploser, à reconnaître une blessure avant de la transformer en reproche.
Dans une relation saine, chacun reste responsable de ce qu'il ressent, tout en pouvant entendre l'impact de ses actes sur l'autre. La communication devient alors plus claire : il ne s'agit plus seulement de dire « tu me fais souffrir », mais aussi de comprendre ce que cette souffrance vient toucher en soi.
Marshall Rosenberg, à travers la Communication Non Violente, a largement mis en avant l'importance d'identifier les sentiments et les besoins derrière les conflits. Cette approche invite à sortir de l'accusation pour revenir à une parole plus responsable et plus constructive.
Être sa priorité permet aussi de poser des limites. Or, les limites ne sont pas un rejet de l'autre. Elles sont souvent une condition nécessaire pour rester en lien sans se perdre. Brené Brown rappelle notamment que les personnes capables de compassion sont aussi celles qui savent poser des limites claires.
Ainsi, apprendre à être sa priorité, c'est apprendre à mieux aimer : non pas depuis le manque, la peur ou la dépendance, mais depuis une présence plus consciente à soi-même.
C'est souvent lorsque je me respecte davantage que je peux rencontrer l'autre plus justement. C'est lorsque j'accueille mes propres parts blessées que je cesse d'en rendre l'autre entièrement responsable. Et c'est lorsque je deviens plus en sécurité intérieurement que mes relations peuvent devenir plus libres, plus apaisées et plus authentiques.
Il est parfois plus facile de prendre soin des autres que de prendre soin de soi-même. Certaines personnes ont appris très tôt à être attentives aux besoins de leur entourage, parfois au point d'oublier les leurs. Avec le temps, cet oubli de soi peut générer de la fatigue, de l'incompréhension ou du ressentiment. Réapprendre à s'écouter ne retire rien à la qualité du lien ; cela permet au contraire de construire des relations plus équilibrées, dans lesquelles chacun peut exister pleinement.
Conclusion
Être sa priorité ne signifie pas devenir centré uniquement sur soi. La différence est essentielle. Être sa priorité consiste à prendre en compte ses besoins, ses émotions et ses limites tout en restant en lien avec les autres. Être centré uniquement sur soi revient au contraire à ne considérer que ses propres besoins sans tenir compte de ceux de l'autre.
Lorsque nous apprenons à nous respecter, nous ne devenons pas moins attentifs aux autres ; nous devenons souvent plus disponibles, plus authentiques et plus responsables dans nos relations. Être sa priorité, ce n'est donc pas se couper du lien. C'est construire une relation plus saine avec soi-même afin d'être encore mieux avec les autres.
Finalement, devenir sa propre priorité n’est pas un acte de fermeture, mais un mouvement d’équilibre intérieur. Plus une personne apprend à se connaître, à respecter son rythme et à accueillir ses vulnérabilités, plus elle peut entrer en relation de manière apaisée et sincère. Les liens ne reposent alors plus uniquement sur le besoin d’être rassuré, reconnu ou validé, mais sur une rencontre plus consciente entre deux individus capables de se respecter mutuellement. Prendre soin de soi ne diminue donc pas la place de l’autre ; cela permet au contraire de créer des relations plus stables, plus libres et plus profondément humaines.
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