Homo ou hétéro ?

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28 MARS 2019 · Lecture : min.
Homo ou hétéro ?

Voici une question qui revient de manière récurrente non seulement sur le forum de Psychologue.net, mais que l′on entend aussi au détour de n′importe quelle conversation. Que ce soit autour de la machine à café, au cours de soirées entre amis, à la terrasse du bistrot du coin; ou encore posée de manière un peu perfide dans les journaux people.

Ce n′est pas seulement la question en soi qui interpelle, mais la manière dont elle est posée. Homo OU hétéro ? Autrement dit avec un OU qui marque d′emblée un chemin de vie univoque et irréversible.

Et cela nous renvoie à la façon dont nous engageons le plus souvent nos débats, nos confrontations intellectuelles, de manière binaire. Et pour cause, dans une société cartésienne où tout se doit d′être délimité de manière carrée, où le vrai s′oppose au faux, où le religieux oppose le Bien au Mal, en laissant peu de place à l′entre-deux, à la nuance, c′est le règne du « choisis ton camp camarade » qui prévaut. Alors que d′autres modes de pensée, comme la tradition bouddhiste par exemple, privilégieront le ET, qui relie au lieu d′exclure, nous posons d′emblée un diagnostic de séparation en lieu et place de la diversité.

Homo ou hétéro – de gauche ou de droite – pour ou contre ceci ou cela.... Ce n′est pas la meilleure manière d′ espérer aboutir à un consensus dans quelque domaine que ce soit quand on délimite les questions de manière aussi tranchée. Au contraire, on aboutit à des joutes verbales au cours desquelles chacun se radicalise encore plus en passant à côté du réel dans toute sa complexité. Et cela est valable en particulier en matière de sexualité.

Cette digression mise à part, revenons au fond du sujet.

Des pratiques sexuelles pas si rares

Rappelons que les pratiques de type homosexuel ne sont pas réservées à l′espèce humaine. Les  animaux présentent ce type de comportements sous certaines conditions : promiscuité, messages visuels, olfactifs, augmentation démographique risquant de mettre en danger les conditions de survie d′une population. Ce sont alors des phénomènes biologiques, hormonaux, qui réduisent la fertilité, augmentent des attitudes à connotation homosexuelle, etc.... et cela, sans que ces  animaux se demandent si c′est bien ou mal, si c′est permis ou si ça dérange certains !

Et l′on arrive ainsi à la question de la norme et de la morale en matière de sexualité

Tu seras un homme viril, mon fils - tu seras une femme séduisante, ma fille.

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Tout d′abord il faut différencier la norme et la normalité.

Pour faire court, la norme, c′est là où il y a statistiquement le plus de monde. La normalité, c′est ce qui est moralement acceptable. Et le risque dans une société, c′est de vouloir que la normalité devienne la norme. Tout le monde doit être « comme cela » parce que l′époque, le groupe, la culture, la religion, en ont décidé ainsi. A partir de là, à vouloir forcer la nature, on aboutit à des situations intenables.

Telle personne dont l′orientation sexuelle n′est pas celle de la majorité, pourra sous la pression morale, sociale, avoir intériorisé à ce point les interdits, qu′elle se sera construit au fil du temps et à son insu, une personnalité qui n′est pas la sienne, personnalité factice qui hypothèque sa vie au point d′avoir développé « un faux self », une personnalité déphasée, mal dans sa peau. Bel exemple d′un refoulement réussi où inconsciemment elle joue le rôle qui lui est dévolu. Draguant pour faire comme tout le monde, se mariant pour faire plaisir à la famille, allant même jusqu′à faire des enfants.... sauf qu′il arrive un moment où les digues se fissurent et où la nature reprend ses droits : la dépression, l′impuissance, la frigidité, des symptômes atypiques, la haine des homos... toute une symptomatologie qui indique qu′il y a eu erreur de casting quelque part et que rien ne va plus.

Telle autre personne renoncera consciemment à des pulsions jugées inacceptables par la famille, l′entourage, le « qu′en dira t′on » ou bien se contentera d′une vie en pointillés, cachée, où le mensonge permet de tenir le coup face à la réprobation sociale. Mais le résultat ne sera pas mieux, l′équilibre psychologique toujours précaire finira par imploser.

Homo - Bi - Hétéro

Au delà de ces deux exemples, une autre voie : pouvoir vivre sa vie.

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Revenons ainsi à la question introductive : homo OU hétéro ? En évitant de tomber dans le piège du OU pour être plus conforme à la réalité dans ses nuances :

  • D′un côté du spectre : l′hétéro 100 %. Avec une vie sexuelle et affective en phase. C′est 100 % garanti d′origine. Il (elle) a toujours vécu ainsi, et c′est parti pour durer.
  • À l′autre bout du spectre : l′homo 100 %. Avec une trajectoire rectiligne, en phase avec sa nature et là aussi garantie à vie pièces et main d′oeuvre.
  • Entre les deux : les bi. Selon l′humeur, les époques, les opportunités, avec toutefois des préférences sur le plan affectif.
  • Plus flou : des pratiques hétéros avec des fantasmes et des variantes connotées plutôt homo... ou l′inverse.

En résumé, il est clair qu′il n'est guère possible de définir une orientation sexuelle et une vie affective de manière univoque et sur la durée. Alors pourquoi voit-on si souvent cette interrogation sur les forums ou ailleurs. Tout simplement parce qu′elle repose la question de l′écart à une normalité conçue comme la norme. Elle traduit l′inquiétude de parents vis à vis d′un(e) enfant qui semble s′écarter d′un projet de vie qui, pour eux, allait de soi : des études, un job, le mariage et des petits enfants. Elle traduit la crainte d′avoir à la maison un ado efféminé, une ado masculine, en oubliant que tel sportif ou telle top-model ont fait leur coming-out tout en restant viril pour l′un, féminine pour l′autre.

Homo-hétéro, la question interroge aussi le couple sur ce qui pourrait le mettre en péril. Elle renvoie tout un chacun au fait que «ça n′arrive pas qu′aux autres » et que la vie oblige à voir les choses en face et à lâcher prise quand le cœur, le sexe, ont des raisons que la raison ne contient plus.

Autant de questions qui déstabilisent et que les psy aident à démêler quand l′émotionnel prend le pas sur le rationnel.

Photos : Shutterstock

Écrit par

Maurice Gaillard

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