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La mélancolie est-elle soluble en soi ?

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Le (la) mélancolique se meurt lentement dans un monde en dehors du temps, infiniment long… et lent, un monde de solitude, indicible.

25 juil. 2016 · Lecture : min.
La mélancolie est-elle soluble en soi ?

La mélancolie est-elle soluble en soi ? catherine podguszer

"- Que faites-vous du matin au soir? -Je me subis."Cioran

La mélancolie, forme aggravée de la dépression, est une atteinte profonde du désir, un état de mort psychique. Accompagnée d'une sensation de perte du Moi, d'un exil permanent et d'une usure insidieuse de la vitalité et de l'enthousiasme, la mélancolie est une dégradation continue de soi, insidieuse et semblant irrémédiable. C'est "une désespérance au-delà de la désespérance"[1].

L'état mélancolique est une forme de désespoir, "non de la chose investie, de l'imaginaire, de l'image; c'est le deuil de l'investissement lui-même", dit R. Barthes. C'est le désinvestissement de la vie…

"Il est des nuits que le plus ingénieux des tortionnaires n'aurait pu inventer. On en sort en miettes, stupide, égaré, sans souvenirs ni pressentiments, et sans même savoir qui on est. Et c'est alors que le jour paraît inutile, la lumière pernicieuse, et plus oppressante encore que les ténèbres." Cioran, De l'inconvénient d'être né.

Le (la) mélancolique se meurt lentement dans un monde en dehors du temps, infiniment long… et lent, un monde de solitude, indicible. Un désert affectif sans horizon, là où "le soleil noir" ombre seul la grisaille. Dans ce monde asséché par la tristesse, la personne mélancolique se sent d'autant plus incapable de vivre qu'elle reste fixée inconsciemment à une image idéale d'elle-même et des autres. En retour elle se vit, consciemment, comme "minable" ou "pas à la hauteur". Le sentiment de perte est confondu à celui de renoncement.

"Je ne suis rien. Jamais je ne serai rien. Je ne puis vouloir être rien. Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde." Fernando Pessoa, Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes.

La mélancolie prend véritablement corps dans l'atmosphère ambiante du moment, ou parfois d'avant, la conception même du futur enfant; tant sur le plan de sa propre histoire et de son développement, que sur ceux de ses parents et de leurs lignées. Cet enfant, conçu dans un projet parental dénié est le réceptacle de carence de soin et d'affection. Aucune image humaine de lui ne lui est renvoyée par son premier miroir qu'est le regard de la mère.

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Si cette mère n'est pas "vivante et disponible" elle ne peut recevoir, et en être heureuse, ce "premier don" que sont les gestes et les besoins spontanés du nourrisson. Lorsque cette possibilité de donner est offerte au bébé, elle peut transformer l'angoisse inhérente à tout humain en sentiment de culpabilité. Sentiment qui, selon Winnicott, est le seul sentiment de culpabilité "réellement authentique"[2]. Ceux qui suivront seront des sentiments de culpabilité imaginaires, construits sur des fondements précaires. Ce noyau initial, authentique, sera recouvert de ces strates qui obscurcissent le voile, déjà opaque, du regard sur soi et sur le monde des mélancoliques. Ce désir sans objet laisse la personne dans un profond désarroi. Seule une sensation de solitude implacable accompagne le (la) mélancolique dans sa "nuit noire", hantée par le souhait de disparaître, d'en finir, de mourir.

"Il est des guerres intérieures, des guerres civiles que l'on se livre à soi-même, sans doute identiques en horreur à celles de vraies guerres d'une cruauté trop souvent banalisée." Dominique Scheder, L'Auto jaune, Parcours au travers d'une folie.

Après ce voyage dans les ténèbres de l'âme humaine, il nous sera vital de faire un détour par les pensées d'Aristote afin de retrouver quelque assise. La mélancolie est pour lui un état limite de la nature humaine, une "crise naturelle", révélatrice d'une certaine vérité de l'être. La mélancolie serait donc la figure du "génie"… Idée qui ne cesse de fasciner jusqu'à nos contemporains.

Photos : Shutterstock

A lire…à voir…

  • Madame Bovary, Film français de Claude Chabrol, 1992. Roman de Gustave Flaubert
  • Route de nuit, Clément Rosset, Gallimard, Paris, 1999
  • La fêlure, Francis Scott Fitzgerald, Gallimard, Paris, 1981
  • Nicolas Abraham et Maria Torok, « Deuil ou mélancolie », L'écorce et le noyau, Aubier, Paris

Notes:

[1] William Styron [2] Catherine Podguszer,La haine dans la position dépressive. Voir revu.e de Psychanalyse in situ

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Écrit par

Catherine P.

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