La question du mensonge et de la vérité

« Dis Figaro, si nous l appelions Pinocchio? ». « Pour un peu on croirait un vrai petit garçon ». Geppetto dansa un peu avec Pinocchio au bout de ses ficelles. « Et maintenant, au lit, mon

27 AVRIL 2020 · Lecture : min.

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La question du mensonge et de la vérité

Justement si un enfant se construit sur l imaginaire et l imitation, il doit se confronter à la réalité de n être encore qu enfant avec les droits et les devoirs liés, le temps de grandir. Grandir c est passer les étapes. S envoler. Geppetto n est plus un enfant justement, et le faire semblant pose problème. Jusqu où la marionnette relève elle d une illusion d avoir une poupée ou un vrai petit garçon à soi, même de bois? Car c'est bien d illusion dont il s agit. Pas d étapes pour grandir. Difficile de parler de mensonge et pourtant ça en est une forme. Le pantin le maintient hors du trou béant. Qui oserait se moquer de Geppetto lui rappelant qu il parle à une marionnette de bois alors que son délire le simplement rend heureux ? Le mensonge délire fait partie de sa vérité et le tient illusoirement loin d un réel trop lourd. Pinocchio tient Geppetto hors de l effondrement même si c est ce dernier qui tient les fils. Sans fils pas d illusion. Quelle part de psychose chez Geppetto quand il lui dit « bonne nuit mon petit » et l envoie l école? La magie de la fée à la fin de l histoire ne semble pas lui poser problème, elle renforce même Geppetto dans sa vérité. Pour lui c est son fils depuis toujours. Pinocchio lui, est le pantin, le jouet tenu par des fils et Geppetto tient ces fils, d où le besoin pour Pinocchio de les couper. Il a besoin de désobéir pour grandir. Son nez qui pousse, c est symboliquement lié au phallus évidement. Son nez parle pour lui, grandit au fur et à mesure qu il se sent écrasé par les questions embarrassantes qu il veut éluder par manque de force finalement. Impossible de dire que non il n avait pas envie d aller à l écoute. D autant plus impossible qu il porte sur lui la honte de s être fait berner par Grand Coquin. Il sait tout cela. Chez Pinocchio il y a bien sûr le mensonge pour éviter la castration. Il aurait été enlevé par des monstres. Demi mensonges d ailleurs mais trop fier pour l avouer. Se l avouer. Il sait qu il ment et c est parce qu il sait qu il ment que son nez pousse. Le nez de Geppetto lui ne pousse pas car pour lui le pantin de bois est son fils. Les deux arrangent la réalité mais l'un pour combler un vide et ne pas s écrouler, l autre pour pour s émanciper et s affirmer. L'un pour ne pas mourrir et l autre pour naître. Geppetto est dans l imaginaire et Pinocchio dans le symbolique. De fil en aiguille et d étapes en étapes il introjectera la loi et le petit criquet pourra le laisser. Pour devenir un sujet, une personne et non plus un objet, il passera par le groupe. Il va tuer le père en somme lequel se retrouvera dans la baleine. Il a besoin de se mettre en valeur en étant célèbre, appartenir à un groupe, exister. Grand Coquin lui, c est le menteur version pervers. L autre n a pas de valeur si ce n est marchande. L autre est un objet. Pour Geppetto aussi Pinocchio est un objet mais objet d amour. Pour Grand Coquin objet d amour en quelque sorte puisqu'il va l aimer pour l argent qu il lui procurera. Mais sans culpabilité. Geppetto l envoie à l école pour son bien, Grand Coquin en cage. Pour Grand Coquin Pinocchio est bien un pantin de bois. Il est hors du délire de Geppetto. Il connaît les failles narcissiques de Pinocchio et les exploite pour tisser sa toile autour. Le troisième type de mensonge. Il n est pas dans le vide, il ne cherche pas à contourner la loi, il est la loi, il manipule. Lui sait qu il ment sans détour mais son nez ne peut pas pousser puisqu il n éprouve pas de culpabilité. Il est tout puissant, pas de confrontation avec la loi car il est sa propre loi. Contrairement à Pinocchio il n éprouve pas de culpabilité et seul l argent l intéresse. C est systématique, il ment à tous les enfants pour les attirer mais il est dans la réalité.

Trois utilisations différentes du mensonge. Finalement qu est ce que le mensonge? Tout serait mensonge. Parler de toute façon, c est mentir, aucun mot est capable d exprimer à lui seul une pensée. Quand on pense au mot « table » vous et moi on peut parier qu on ne pensera pas à la même table. Un mot pour plusieurs significations possibles. Plusieurs sens. Plusieurs vérités. Il y a ce qui est dit et tout le reste qui n est pas dit car le langage ne le permet pas. Il manque des mots. Il faudrait rajouter table ronde ou table blanche. Autrement dit, le mensonge existe dans toute vérité, puisqu elle ne peut pas se dire toute. Jusqu où peut on rajouter des mots...? Enfin pourquoi mentir? Le type de mensonge définit la structure psychique. Le mensonge de Geppetto est une dimension de la psychose délirante, paranoïaque. Le menteur est son mensonge. Mensonge et délire sont confondus. Ce sont des sortes de remparts défensifs qui permettent de tenir. Le mensonge fait partie de son univers, sa vérité. Lui enlever peut l effondrer dans son trou du réel et le faire décompenser. Le mensonge le maintient hors du trou. De quel mensonge parte on? C est là la question principale. Peut on sortir de son mensonge? Mensonge psychotique? Névrotique? Pervers? La vérité de l autre est ébranlée en tous cas. Écouter le menteur avec son corps, entendre avec les éprouvés, les ressentis sur soi est important pour saisir cette gêne en nous face à une possibilité de mensonge. Il est plus facile pour le menteur ou celui qui est habitué à ce processus d entendre le mensonge que celui qui ne le côtoie jamais puisque cela n est pas dans son schéma de pensée. Les enfants ont besoin de dire dès mensonges. Les mensonges c est aussi l imaginaire. Mentir c est créer et recréer. L enfant peut mentir pour pouvoir désobéir. Mentir pour rêver. A la différence de Geppetto il saura sortir, normalement, du délire. L enfant sait que le super héros n existe pas. Ce qui coince c est mentir et ne pas le réaliser. Mentir et le savoir oui mais à quelle dose? Ponctuellement comme Pinocchio cela arrive à tout le monde mais régulièrement comme Geppetto ou Grand Coquin c est pathologique. Quand le menteur dépasse la limite et croit à son mensonge ou l'utilise à volonté dans le discours avec l autre c est de la mythomanie. Quand il devient pathologique, chronique, dans ce cas là, peut on encore parler de mensonge? N est ce pas du délire lorsqu'il est intriqué dans la réalité? Tant qu'on manipule c est un signe qu'on est conscient de mentir. Cela peut être une solution de sortie, de fuite, mais aussi une entrée dans la psychose ou la perversion.

Le mensonge n a pas la même origine selon s il fait partie de soi ou d un moment de vie.

© C. Vera

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Écrit par

Corinne Vera Alexandre Linkedin

Psychanalyste nº Adeli : ADELI 130010895

Psychanalyste, Hypno analyste, Psychothérapeute et Sexothérapeute, elle exerce dans le Vaucluse à Bollène et Avignon ainsi qu'en ligne. Elle utilise les thérapies brêves en association de la psychanalyse dans une pratique intégrative en EMDR et en Hypnose.Sa pratique est aussi psychocorporelle avec l'hypnose et de la médiation corporelle.

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