La souffrance professionnelle et le burn-out

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La perspective d'une transformation d'un accident professionnel à travers une approche psychothérapeutique.

2 MARS 2020 · Lecture : min.
La souffrance professionnelle et le burn-out

A.Introduction

La souffrance au travail correspond à un ensemble de sensations de mal-être véhiculé dans la sphère professionnelle.

Le burn-out se définit par un épuisement professionnel qui se traduit par un épuisement psychique, mental et émotionnel auquel s'ajoute une réduction de l'accomplissement personnel.

Le canal d'expression du mal-être peut être physique sous forme de maladie somatique, ou d'accident somatique comme un infarctus. C'est le cas de Matthieu, 34 ans, qui rentrait de Nantes après une journée de travail précédée de semaines chargées. Il a pu me décrire avec précision le lieu, sur l'autoroute, où ça craqué en lui. Il s'en est suivi une batterie d'examens pour exclure l'origine somatique des tous les maux qu'il ressentait dans son corps. Il a tiré sur la corde depuis plusieurs années et n'arrivant pas à réduire sa cadence, son corps a mis un arrêt à sa course folle.

Les personnes que je rencontre présentent souvent un tableau d'épuisement psychique.

B.Les mécanismes

La souffrance au travail est une thématique complexe qui dépend de plusieurs facteurs.

Je propose de la considérer à partir de 2 angles :

  • exogène : les pressions de la société, de l'entreprise…
  • endogène : comment j'autorise l'autre à me maltraiter ? Que représente le travail pour moi ?

1.L'origine exogène

  • Qu'est-ce qui fait souffrir au travail ?

La conjoncture avec le risque de perdre son emploi et surtout de ne plus en retrouver. Pour certains, cela peut signifier la descente aux enfers surtout quand la personne a une famille en charge ou après 50 ans, âge où le marché du travail a tendance à exclure les séniors.

Le manque de sens aussi. Les carrières sont de plus en plus longues et certaines fonctions peuvent ne plus nourrir l'individu. En raison de la conjoncture encore, la personne rechignera à quitter cet emploi pour relancer sa carrière ailleurs.

Parfois, des méthodes de management amènent l'agent à se donner sans limite.

Il arrive à une situation d'épuisement et s'en veut, ce qui entraîne de la culpabilité, poison redoutable pour la structure psychique.

Lors d'un colloque de la FF2P (Fédération Française de Psychothérapie et de Psychanalyse) auquel j'ai assisté en novembre 2015 à Paris, la psychanalyste Claude Halmos a présenté une intervention à partir d'un de ses livres « ce n'est pas vous qui êtes malade, c'est le monde qui l'est » ; la psychanalyse à l'épreuve de la vie sociale.

Elle a démontré l'effet culpabilisant de certaines stratégies de management et de certaines valeurs de notre système économique et sociétal.

Certaines organisations sont aliénantes. La mise en place de protocoles de qualité, par exemple, a pour effet pervers de couper l'agent de sa créativité.Il n'applique plus les règles en grandes lignes, et complète avec sa manière singulière de faire ; il exécute des consignes. Il peut être confortable de se ranger derrière des procédures mais avec le temps, le manque de réflexion risque d'induire un dessèchement intellectuel.

L'absence de possibilité d'évolution tout comme le manque d'investissement (l'autre face de la médaille) peuvent entrainer une démotivation, une absence de sens, puis in fine un burn-out.

Un individu a besoin d'être nourrit et le travail, qui pour des raisons économiques est incontournable pour la plupart des personnes, offre la possibilité de se réaliser.

Ce dernier critère relève de la responsabilité du salarié et de l'employeur.

2. L'origine endogène

Le dénominateur commun dans la plupart des situations de souffrance au travail, c'est l'excès d'investissement de la part du sujet. Il cherche à bien faire, à donner satisfaction pour obtenir de la reconnaissance, dans le but de ne pas être rejeté (ce qui correspond à « licencié » dans le contexte du travail).

La porte est donc ouverte pour qu'un système centré sur le rendement ou un manager maladroit ou malveillant, viennent progressivement à bout du bien serviable agent.

Dans mon quotidien, je rencontre et j'accompagne des personnes épuisées.

La priorité, à ce stade, est de les protéger, de les extraire au moins temporairement du milieu qui les fait souffrir. Le médecin traitant peut leur prescrire un arrêt de travail. En pratique, les arrêts sont souvent renouvelés car la crise est complexe. D'une part, il faut du temps pour récupérer de l'état de fatigue physique et mentale. De l'autre, il faut trouver une solution pour résoudre la problématique au travail. D'ailleurs, derrière cette souffrance professionnelle, on peut identifier aussi des comportements de harcèlements de la part d'un supérieur. La partie se jouera ensuite entre médecin du travail, inspecteur du travail, médecin conseil, recours au Conseil des Prud'hommes…

Le burn-out atteint les sujets dans leur profondeur remettant en question parfois toute leur existence.

L'engagement total les a épuisés. De plus, ils ont rejoué des schémas de relation précoce qui les impactent jusqu'à dans leurs fondations. Derrière une collègue, un supérieur, on trouve souvent la représentation parentale tel un père ou une mère.

Ces personnes ont besoin que leur souffrance soit entendue d'autant plus que la culpabilité de ne pas avoir été à la hauteur, les mine.

Parfois ils demandent une reconnaissance de celle-ci via des recours judiciaires. Cette option représente une voie possible, mais gagner un procès contre un système ou une personne pourrait faire vivre un sentiment de victoire sans pour autant soulager la souffrance profonde.

Régler un problème lié au travail uniquement par la voie administrative ou judiciaire risque d'amputer le sujet d'une chance de s'occuper de ses blessures.

Le risque serait de se retrouver à nouveau en échec dans son prochain emploi.

C.La transformation

Une crise de vie peut être une chance car elle conduit le sujet vers des espaces dont il n'a pas eu l'occasion ou le courage de s'occuper jusque-là.

En psychothérapie, après le temps d'accueil et d'apaisement de la souffrance, le travail de reconstruction peut démarrer.

Le processus thérapeutique permet parfois de transformer les rapports qu'on a avec des collègues, la hiérarchie. On peut questionner aussi les choix de vie.

Vincent s'est surinvestit dans son travail au détriment de la construction d'une famille. En arrêt de travail depuis huit mois, ce quinquagénaire réalise qu'il est passé à côté de sa vie. L'exploration psychothérapeutique fait apparaitre un traumatisme qui a déterminé la direction de sa carrière. Il n'a jamais vraiment choisi.

Irène est entrée dans une structure de soins de jour pour une souffrance au travail. L'exploration de sa douleur a ouvert la porte sur ses difficultés conjugales puis sur un traumatisme d'enfance. Elle a pu mettre à plat le mal lié à un abus sexuel et qui la rongeait depuis quarante ans.

D.Conclusion

Le burn-out fait partie des crises ou des accidents de la vie au même titre qu'une maladie grave, un accident physique, un divorce, une perte quelle qu'elle soit.

Tous ces évènements méritent d'être accompagnés pour tendre à une vie différente. Ce ne sera plus comme avant ; cette réalité fait partie du deuil. Parfois une crise est salvatrice et la vie promet d'être meilleure.

Photos : Shutterstock

Écrit par

Pascal Bollenbach

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