Le bore-out, qu'est-ce que c'est ?

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Le bore-out, vous connaissez ? Il s'agit d'un ennui profond au travail, qui peut aboutir à de graves troubles psychologiques.

10 OCT. 2017 · Lecture : min.
Le bore-out, qu'est-ce que c'est ?

Alors que l'on parle de plus en plus du burn-out, ou syndrome d'épuisement professionnel, un autre problème est souvent laissé de côté : le bore-out, l'ennui profond au travail, qui ferait encore plus de victimes que le burn-out.

Le burn-out est un sujet qui a fait son apparition dans les médias il y a quelques années, et on ne peut que se féliciter du fait que le bien-être au travail soit de plus en plus pris en compte. Cependant, le bore-out reste un sujet très peu abordé, notamment car peu de personnes osent avouer qu'elles s'ennuient profondément dans leur travail et que cela génère un fort mal-être.

Pourtant, le bore-out est un sujet très préoccupant en raison des conséquences ravageuses qu'il peut avoir.

Comment se manifeste le bore-out ?

Le terme, apparu en 2007 dans un article écrit par deux consultant suisses, Philippe Rothlin et Peter R. Werder, est volontairement construit comme un parallèle du mot burn-out afin de montrer qu'il ne s'agit pas d'un ennui ordinaire, mais bien d'un épuisement professionnel consécutif à cet ennui. S'ennuyer à mourir, ce n'est pas qu'une expression : pour certaines personnes, c'est la réalité au travail, chaque jour.

Selon Valérie Pezet-Langevin, dans son article "le bore-out au travail ou l'ennui au travail : démêler le vrai du faux" (revue de l'INRS) :

L'ennui au travail est conceptualisé comme un état émotionnel désagréable de faible stimulation (...) et d'insatisfaction, engendré par la situation de travail qui n'offre pas assez de sollicitations. Il présente des composantes affective, cognitive et comportementale.

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L'ennui au travail peut provenir de divers facteurs :

  • Un changement organisationnel ou un nouveau poste vidé de toute substance.
  • La volontaire "mise au placard" d'un salarié (parfois relié à un cas de harcèlement professionnel).
  • Un poste avec peu d'exigences ou une absence d'opportunités.
  • Un poste avec très peu de latitude décisionnelle.
  • Un poste aux caractéristiques spécifiques : monotones, vides de sens, répétitives... On parle de sous-charge qualitative ou quantitative.
  • À l'inverse, des tâches trop complexes pour le salarié (surcharge qualitative)

Il est cependant faux de penser que le bore-out n'apparaît que sur des postes peu exigeants. Des postes à responsabilité peuvent aussi générer un bore-out si le salarié ne perçoit pas la finalité de son poste, ne comprend pas à quoi il sert dans l'entreprise et se sent dépassé.

Certains salariés qui occupent des postes très bureaucratiques ou qui doivent reporter la moindre de leurs actions peuvent aussi connaître un bore-out.

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Le travail doit-il avoir un sens ?

En règle générale, pour qu'un salarié se sente épanoui dans son travail, il faut évidemment qu'il ait un cadre de travail qui lui permette de se développer, mais aussi qu'il sache qu'il fait partie d'un grand tout, qu'il appartient à un projet plus grand que lui mais dont il est un rouage nécessaire. Se sentir utile, c'est principalement ce qui nous fait nous lever le matin.

Or, les chiffres sont à prendre sérieusement : selon une enquête de l'INSEE faite en 2013, 2% des salariés français disent ressentir un ennui permanent au travail, alors que 8% ressentent "souvent" cet ennui. En outre, 21% des salariés interrogés déclarent avoir des tâches répétitives ou monotones. Heureusement, 54% des personnes déclarent faire des choses qui leur plaisent au niveau professionnel.

Qui est touché par le bore-out ?

On a tendance à penser que ce sont les postes peu qualifiés ou les fonctionnaires qui sont le plus victimes de bore-out. Pourtant, une étude finlandaise réalisée sur 11 000 salariés a montré que les domaines dans lesquels les salariés s'ennuient le plus sont :

  • Transport et logistique.
  • Industrie manufacturière.
  • Art et spectacle.

Le niveau de qualification influe effectivement sur le sentiment d'ennui, mais moins que ce que l'on pourrait penser. À noter également que le sentiment d'ennui est plus fort chez les jeunes : deux explications à cela, il peut s'agir du fait que la variété des tâches se déploie plus avec le temps, mais aussi du fait qu'il existe souvent un fort décalage entre les attentes pendant les études et la réalité du travail.

Quelles sont les conséquences du bore-out ?

Une insatisfaction et un sentiment d'inutilité au travail génèrent surtout du stress, en plus d'une perte d'engagement et de volonté, et donc une baisse de la performance. La personne peut aussi souffrir de troubles psychologiques, d'une dépression, se plonger dans les conduites addictives ou avoir un accident de travail. On note aussi des répercussions sur la santé, comme un risque plus élevé de maladies cardio-vasculaires.

Selon une étude, les gens qui s'ennuient au travail ont un risque de surmortalité de 37%, par rapport à celles qui ne s'ennuient pas. D'où l'importance de prendre ce problème à bras-le-corps !

Comment le prévenir ?

C'est à l'employeur de dépister les problématiques d'ennui au travail et d'agir pour que le salarié ne reste pas dans cette situation. De plus en plus, des solutions sont mises au point pour varier les tâches et éviter cet ennui :

  • Rotations de postes (les salariés tournent sur les postes selon des cycles définis).
  • Enrichissement du poste (inclure des tâches d'un niveau supérieur en plus des tâches élémentaires du poste).
  • Élargissement du poste (proposer plus de tâches élémentaires).
  • Proposer au salarié de nouvelles formations ou des évolutions de poste qui lui correspondent.

Ces solutions doivent être mises en place avec précaution, car elles ne doivent pas, en voulant réduire l'ennui au travail, augmenter le stress ou la fatigue. Mais l'ennui au travail doit pouvoir être détecté par les ressources humaines, par le département QHSE (qualité, hygiène, sécurité et environnement), voire par l'infirmier ou le psychologue du travail.

Photos : Shutterstock

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