Le management par la peur

Illustré de manière féroce par les agissements de France Télécom, le management par la peur est pourtant encore aujourd’hui très tabou au sein des entreprises.

26 FÉVR. 2014 · Lecture : min.

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Le management par la peur
En 2000, France Télécom lance le plan NExT, plan de redressement qui induit un management violent. Entre 2000 et 2011, 59 salariés se sont suicidés, certains laissant derrière eux des lettres mettant en cause leurs conditions de travail extrêmement dures. Des mots ont depuis été mis sur ces agissements : le management par la peur. 

Le management par la peur consiste à augmenter le rendement et la productivité d’une entreprise en faisant peser stress et peur sur les collaborateurs. 

De nombreux mécanismes sont mis en place afin que les salariés se trouvent en situation de stress important, et ainsi augmentent rendement et productivité, en se dévouant corps et âme à l’entreprise, alors devenue toute puissante.

Une équipe s'est mise en place au sein de France Télécom, appelée Observatoire du Stress et des Mobilités Forcées : ces chercheurs ont noté que le management par la peur suivant une technique dite des "5M" : 

  • Management par le stress : on fait peser sur le salarié des objectifs toujours plus grands, en instaurant une guerre entre collobrateurs (efficacité, promotions accordées aux plus serviles plutôt qu'aux plus compétents), en surchargeant de travail sans rien accorder en retour.
  • Mobilité forcée et Mouvement perpétuel : les salariés sont en situation permanente de mobilité géographique et de poste. Constamment dans une situation incertaine, ils sont déstabilisés et ne peuvent s'adapter. 
  • Mise au placard : les salariés qui tentent de résister sont stigmatisés et punis. Par exemple, de moins en moins de responsabilités leur seront confiées, ou les isolera petit à petit pour les couper de leurs collègues. 
  • Mise en condition de retraite forcée : les personnes à partir de 50 ans sont poussées à partir, notamment lors des entretiens annuels. 

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Le management par la peur instaure des situations d'urgence : dans cette frénésie, en compétition constante pour être le plus productif, le salarié ne peut dégager de temps pour prendre du recul sur la situation. En outre, ce type de management met en place une hypersurveillance du salarié (caméras, logiciels de contrôle du temps de travail), tout en lui fixant des objectifs inatteignables, qui le placent en situation de "faute prescrite" et donc de culpabilité. Le management par la peur induit également un climat du "tous complices" : par exemple, France Télécom a pendant un temps imposé aux managers de supprimer 10% de leur équipe chaque année. Ne pas dénoncer ces agissements, infliger à l'autre le stress... Tout cela conduit à un climat général de plus en plus tendu. 

L'une des problématiques essentielles est que nous nous trouvons actuellement dans un contexte qui banalise le management par la peur, le justifie presque : la crise sert de couverture à ces agissements cruels, à ces stratégies mises en place par les entreprises pour faire plier leurs salariés. Les salariés eux-mêmes soutiennent ces agissements : on n'a pas le choix, c'est la crise, il faut bien s'adapter..." 

Sachez que de nombreuses solutions existent pour pouvoir vous confier lorsque vous vous trouvez en situation de souffrance au travail : votre médecin généraliste ou du travail, un psychologue ou psychothérapeute, ou encore le CHSCT de votre entreprise (soumis au secret professionnel, ils pourront engager un groupe de travail si plusieurs personnes se plaignent, sans révéler les sources). 

Enfin, sachez que selon l’article L 230-2 du Code du Travail, l’employeur est tenu de mettre en place "les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs".

Photos : Shutterstock

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Psychologue.net

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Commentaires 8
  • LC

    Oui je pourrais me reconnaître, avoir vécu cette situation

  • Luc

    tout ceci est vrai et s'affirmer sert pas a grand chose, en effet vous etes placardisé et il pourrissent votre reputation ce qui est peut-etre le pire, vous passez pour qqun de peu docile et difficile, avec difficulté a trouver du travail ailleurs plus tard a cause de ca. ce qui permet ce type de management , c'est la crise de l'emploi, les gens ont peur pour leur emploi. des collegues m'ont dit que si le marché etait meilleur il y aurait plus personne dans ce type d'entreprise quant aux syndicats, j'etais syndiqué et j'ai essayé, ils sont faibles ! ce type de management se nourrit aussi de managers peu recommandables... comme le systemes totalitaires se nourrisent de garde-chiourmes et gardiens de camp

  • bermisch

    Je m'étonne un peu que tant de collaborateurs se soient suicidés et n'aient pas au contraire trucidé leurs managers. FT prenait un risque réel que certains lors d'un "burn out" retournent vers leur hiérarchie l'agressivité dont ils ont fait l'objet. Mais la "bonne éducation", sans doute chrétienne, c'est se sentir coupable des méchancetés que l'on vous fait, et le "tu ne tueras pas" ne s'applique pas à soi-même.

  • catherine

    Je suis en arrêt de travail

  • Elmo

    Rajoutons les prescriptions orales contradictoires à des procédures écrites et appliquées de longue date, les rédaction des tâches dans un langage générique, ambivalent, et incohérent avec la culture d'un métier. Ajoutons les actions suivantes : interrompre pendant les animations de réunions ou de formations ; Critiquer un travail puis le présenter comme modèle à des réunions où vous n'êtes soudainement plus invité ; Enjoindre de ne plus parler ; Féliciter pour un travail parfait tout en demandant 20 corrections pour le lendemain. Et le sommet pour faire passer pour incompétent : demander aux collègues de la victime d'évaluer son travail selon un cahier des charges modifié entre temps.

  • Yoyo

    Intéressant mais que pouvons-nous faire? A part subir.

  • Maillard Isabelle

    Je réagis à cet écrit, ayant un conjoint travaillant dans l'institution nommée et étant coach dans de grandes entreprises pour ma part. Il aurait été intéressant d'aller au delà du constat de cette situation (qui date) et de préciser les effets du dit plan. Il aurait été aussi juste de préciser que des professionnels (pas forcément psychologues car ce n'est pas le cadre dans l'entreprise peuvent aussi accompagner (avec de merveilleux processus comme l'Element Humain de Will Schutz) la souffrance au travail. J'aime la justesse des écrits et il me paraissait utile de préciser ces 2 points.

  • LE BRETON JACQUES

    Tous les secteurs d'activité sont touchés. Entre les habitudes ancestrales et les nouvelles techniques de manipulation appliquées par les jeunes encadrants, il est vrai que travailler devient épuisant. Difficile dans ce cas de se réaliser (vie privée, vie professionnelle) d'où, de plus en plus de burn out dont les effets sont violents et dévastateurs. Notre société civile est dans l'ensemble managée de la même manière (insufler la peur pour mieux maîtriser les populations)...Cependant, tout en participant à l'essor de son entreprise, il ne faut pas oublier qu'il y a des gens qui vous aiment et pensent à vous, qu'il y a des moments merveilleux à vivre et partager, il faut travailler pour vivre et non l'inverse......

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