Le traumatisme psychique et la notion de stress

Comment un évènement peut-il encore agir sur nos pensées et nos comportements des années après si nous n'y avons pas prêté soin ?

25 MAI 2023 · Lecture : min.

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Le traumatisme psychique et la notion de stress

La notion de traumatisme est parfois compliquée à envisager, elle a des bases théoriques différentes et a connu des évolutions depuis son apparition. Cela pour commencer d'expliquer qu'en fonction du thérapeute que vous aurez face à vous, l'étiologie peut vous être expliquée de façon différente, ce qui amènera une prise en charge différente in fine. Je vais essayer d'en dresser une histoire, non exhaustive, mais qui, je l'espère, pourra vous apporter un éclaircissement.

La petite histoire moderne du traumatisme psychique

P. Janet, psychologue et médecin français de la fin du 19e siècle, va introduire l'idée que son étiologie serait due à un traumatisme psychique externe et, de plus, que cela serait dû à un évènement marquant de l'histoire infantile : « il s'agit d'un choc ayant entrainé une réaction psychologique purement mécanique (par opposition à une réaction neurologique, c'est-à-dire anatomique), survenant sur un terrain prédisposé. »

Pour Janet, il y a donc deux conditions pour que le traumatisme soit vécu comme tel et entraine l'apparition d'un trouble : un évènement marquant externe et un terrain psychologique fragile permettant l'effraction de l'évènement dans le psychisme de l'individu.

Freud aussi s'est beaucoup penché sur cette question en étudiant le soin aux militaires blessés psychiquement pendant la guerre mondiale. Il décrira ainsi, après la guerre et la prise en charge de patients traumatisés, les névroses traumatiques « présentent une grande analogie avec les névroses dont nous nous occupons. L'assimilation des unes aux autres est complète sur un point : les névroses traumatiques sont, tout comme les névroses spontanées, fixées au moment de l'accident traumatique. ».

Freud, en faisant le lien entre toutes les névroses sur la base d'un évènement, y voit une raison de ne pas définir l'étiologie des troubles névrotiques par rapport à un évènement externe mais plutôt à une vision interne et inconsciente. Quand il publie l'Elaboration des rêves en 1900, il y voit la marque que les névroses ne sont pas tirées d'un évènement traumatique externe mais plutôt de la vision psychique interne que nous en avons et de notre somme de fantasmes. Que ceux-ci soient vrais ou ayant une part dans la réalité physique ne compte pas car seule la vision que nous leur donnons leur donne leur poids. Ces fantasmes nous gênent car ils entrent en contradiction avec ce qui est vu comme bien. On arrive ainsi à la théorie d'un problème dans l'élaboration du Moi avec son corolaire qu'est un narcissisme fragile. Freud vient de révolutionner la place du traumatisme et s'éloigne de la théorie de Janet en psychisant totalement la notion de traumatisme. Le terme « trauma » prendra dès lors sa place dans la pensée psychanalytique pour se démarquer de la notion d'évènement extérieur.

En 1980, un grand chamboulement de la psychiatrie moderne se met en place. Afin de se dégager de la psychanalyse européenne jugée nébuleuse et non scientifique, les psychiatres et médecins américains décident de refonder la psychiatrie moderne américaine sur une base a-théorique et scientifique. Leur but : donner un véritable outil scientifique de diagnostique aux soignants.

C'est chose faite avec la parution du Diagnostic and Statistical Manual n°3 (le DSM-III) qui consacre l'expression Posttraumatic Stress Disorder (PTSD ou ESPT (état de stress post-traumatique) en français). Sa définition s'éloigne radicalement de la notion psychanalytique du trauma pour marquer un retour vers une thèse neurobiologique de l'apparition du trouble.

Voilà donc le tableau auquel nous avons affaire en cette nouvelle ère de la psychiatrie moderne : « Dans la nosographie du DSM et dans celle de la CIM-10, le concept d'état de stress post-traumatique désigne une perturbation mentale, supposée être de nature biologique (c'est-à-dire un stress) , consécutive elle aussi à une expérience de traumatisme psychique. ».

Comment comprendre la notion de stress et quelle est la différence entre le stress et l'évènement traumatique ?

« En 1950, le physiologiste canadien H. Selye adopte le terme de stress pour désigner ce qu'il appelait depuis 1936 le « syndrome général d'adaptation » ou réaction physiologique standard de l'organisme soumis à une agression, quelle que soit la nature de cette agression. » Il faut savoir et réussir à s'adapter, voilà ce qu'il faut retenir de la notion de stress exposée par Selye.

Sans reprendre les concepts de cerveau reptilien, d'adrénaline et de peur non paralysante, nous cherchons tous et toujours à nous adapter aux situations qui se présentent à nous, tant physiologiquement que psychologiquement. Cela est tout à fait normal, dans un but d'auto-préservation et cela se fait sans même sans que l'on en soit conscient. En effet, notre corps et notre cerveau font en sorte de se mettre en bonne condition afin de répondre à ce qui est vécu comme une agression à laquelle nous devons mettre fin, c'est-à-dire de trouver une solution pour apaiser la tension qui se crée en rapport à cette situation. Ainsi, « Dans la conception de Selye, le stress était un phénomène essentiellement physiologique, ou neurophysiologique réflexe, mettant immédiatement l'organisme agressé en état d'alerte et de défense ».

Donc, pour en donner une définition claire : de la notion de stress « on peut définir le stress comme la réaction réflexe, neurobiologique, physiologique et psychologique d'alarme, de mobilisation et de défense, de l'individu à une agression, une menace ou une situation inopinée. »

La différence de notion pourrait peut-être paraitre très subtile pour une personne non initiée mais il s'agit là d'une confrontation de deux théories fondamentalement différentes. Dans la première, un trouble psychologique se met en place après un évènement traumatique, en supposant une notion de comorbidité psychique antérieure, alors que dans la deuxième théorie, c'est une réaction biologique, physique et psychologique, qui se met en place : un état stressant qui nous amène à avoir des réactions non adaptées face à des situations que nous essayons de gérer.

Stress traumatisme

Mais alors pourquoi quand nous avons souffert, continuons nous d'adopter des comportements qui nous font souffrir toujours plus, nous et notre entourage, nous empêchant au final de vivre comme nous le souhaiterions ?

Le DSM en pose ainsi les symptômes et conditions diagnosticiel de l'ESPT :

  • des souvenirs envahissants (rêves envahissants, flash-back, reviviscences diurnes…) ;
  • un évitement des situations risquant d'évoquer la scène initiale ;
  • un émoussement affectif avec des effets négatifs sur la socialisation ;
  • une hypervigilance.

De plus, l'ensemble de cette symptomatologie doit durer depuis plus de six mois. C'est devant ce tableau clinique que nous pouvons trouver la réponse à la question de la continuité des agissements destructeurs pour les personnes atteintes d'ESPT ou de stress dépassé face à leurs angoisses ou anxiétés.

La question va être de savoir si les agissements et pensées qui vont alors se mettre en place sont adaptés ?

Les agissements que nous mettons en place ont toujours pour but de résoudre le problème et de faire baisser la tension engendrée par celui-ci. Mais les personnes qui se jugent négativement ne se pensent pas capables de faire face aux situations qui se présentent : elles sont pratiquement toujours incapable de se sentir préparé à faire face à une situation, quelle qu'elle soit.

Mais le corps et l'esprit, comme nous l'avons vu, vont de manière automatique et indépendante nous mettre en état d'agir : ils vont nous mettre en état de stress ! Des comportements et des façons de penser vont alors se mettre en place afin de régler la situation quoiqu'il arrive, et que nous pensions, afin de faire redescendre la tension psychique et physique. Mais si nos croyances font que de toutes façons nous pensons échouer, nous allons commencer à éviter les situations, les juger trop dures, être agressif afin que la personne en face ne voit pas la peur qui est la nôtre et finalement chercher à nous couper du monde, espérant qu'en nous dérobant aux sollicitations nous diminuerons le nombre de nos problèmes.

Mais si la tension interne peut diminuer sur le moment en se soustrayant d'une façon ou d'une autre à l'agression, la personne ayant connaissance d'avoir mal réagi va ressentir une nouvelle tension du fait de son propre comportement… Le cercle vicieux continu, la tension est toujours là et le stress de devoir faire face à une prochaine situation.

Pour conclure, Il n'est donc plus question de rechercher forcément une fragilité psychique antérieure à l'évènement, de rechercher une « folie » préexistante, mais de voir les comportements mis en place comme des stratégies inopérantes face à des situations perçues comme insolubles en regard de la perte de confiance et d'estime de soi. Le but ultime étant la réintégration de l'évènement dans notre cours de vie, en le comprenant mieux, et surtout en comprenant mieux ce qui s'est passé, nos actions et émotions lors de celui-ci et celles consécutives afin de retrouver une liberté d'action et de pensée par une réappropriation de sa confiance et estime de soi.

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Écrit par

François Rousselot

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Bibliographie

  • L'empire du traumatisme, enquête sur la condition de victime, D. FASSIN et R. RECHTMAN, édition Flammarion, champs essais, 2007, page 53
  • L'empire du traumatisme, enquête sur la condition de victime, D. FASSIN et R. RECHTMAN, édition Flammarion, champs essais, 2007, page 54
  • Stress et trauma, L. Crocq, article, 2014, Elsevier Masson SAS, p.15

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