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Maltraitance à enfant : Le meurtre d'âme

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J’ai choisi dans cet article de parler de la maltraitance sur enfants parce qu’il me parait fondamental que nous prenions tous la mesure de ce phénomène au cœur de nos sociétés.

7 janv. 2016 · Lecture : min.
Maltraitance à enfant : Le meurtre d'âme

Introduction

J'ai choisi dans cet article de parler de la maltraitance sur enfants parce qu'il me parait fondamental que nous prenions tous la mesure de ce phénomène au cœur de nos sociétés, ainsi que de l'ampleur de ses conséquences tant individuelles que collectives.

Les journaux nous abreuvent quotidiennement de nouvelles d'infanticides, viols, incestes, et nous réagissons par la révolte, le dégoût, le rejet. « Comment peut-on commettre de telles horreurs ! ». Pourtant, ces actes, qui interpellent par leur violence, ne sont que la partie émergée de l'iceberg et c'est autour de nous, au quotidien, dans nombre de foyers, au cœur des familles les plus "normales" en apparence que les racines de ce mal, de ce cancer de nos sociétés, croissent et fondent non seulement ces futurs drames publics, mais nombre de souffrances extrêmes, de révoltes, de vies ravagées, de suicides silencieux.

C'est au cœur des foyers, qui devraient être un refuge, un lieu chaud et sécure que se développe le germe de la violence future par la violence reçue.

Dans un premier temps, j'explorerai les différents types de maltraitances, leurs conséquences, puis je me pencherai sur les voies de reconstruction et enfin brièvement sur les carences de notre système de prévention et de répression.

Partie I – Les différents types de maltraitance

A) Evolution du statut de l'enfant

Comment, dans nos sociétés modernes peut-on encore rencontrer la maltraitance ? Ne devrions-nous pas être suffisamment conscients, évolués, et ce phénomène définitivement éradiqué ? Un petit historique de l'évolution des droits de l'enfant devrait nous permettre d'apercevoir que le concept d'enfant en tant que personne est très récent et encore peu ancré dans les mentalités. Dans l'antiquité Platon recommandait de soustraire l'enfant à sa mère et de l'élever à la dure avec nombre d'épreuves physiques et morales pour éradiquer toute mollesse, faiblesse. Au moyen âge, l'enfant, s'il avait survécu à la forte mortalité infantile, était arraché à sa mère et placé dans un monde masculin et brutal à fin de dressage. Jusqu'au XIXème siècle, les préoccupations de santé et d'éducation priment et les besoins psychologiques et affectifs de l'enfant semblent inexistants.

C'est seulement au XIXème siècle qu'apparaît la notion d'être humain comme produit de l'éducation et dès cet instant, la législation accompagnera ce mouvement :

ØEn 1874 la loi Reussel introduit la condamnation des nourrices et parents maltraitant ;

ØEn 1881, jules Ferry interdit les châtiments corporels ;

ØDans les années 1970 Françoise Dolto affirme que le bébé est, déjà, une personne ;

ØEnfin, le 20 novembre 1989, l'ONU adopte à l'unanimité la convention internationale des droits de l'enfant, ratifiée en dix ans par presque tous les états du monde.

Peu à peu, les mentalités progressent, mais paradoxalement, la violence intrafamiliale loin de se résorber, perdure (En France entre 1995 à 1998 la moyenne annuelle de cas répertoriés de maltraitances à enfant était de 20250) et la violence urbaine se déchaîne : incivilités, agressions, meurtres, sont les stigmates de cette violence au quotidien.

B) La maltraitance Physique

1) Les sévices corporels

Il s'agit ici bien sûr des coups, plus ou moins brutaux, donnés soit à main nues, soit à l'aide d'objets tels que martinets, ceintures, battes, chaussures, objets contondants, des coups de pieds, des brûlures diverses, que l'enfant reçoit. Les coups donnés la plupart du temps par un des parents, les coups reçus par l'enfant. Cette violence est une violence répétitive ; c'est la répétition qui signe la maltraitance physique, quelle que soit la force des coups portés, qu'il s'agisse de simples gifles, de fessées, raclées ou de ruées de coups.

Il existe aussi une forme de sévices à enfant spécifique, le syndrome de Münchhausen par procuration, où le parent maltraitant, la mère dans 90% des cas, provoque de façon délibérée chez son enfant des affections, le fait hospitaliser et tente de lui faire subir des opérations de tous ordres.

Mais pourquoi ces coups, pourquoi ce déchaînement de rage ?

Les parents maltraitants sont persuadés d'être dans leur droit. Nous vivions, il y a peu de temps encore, au sein d'une culture judéo-chrétienne, patriarcale, où le père, possédait le monopole de l'autorité, détenait tous les droits sur sa famille et exerçait son droit de coercition. Si aujourd'hui les droits parentaux sont partagés et les droits de l'enfant reconnus, cette culture a laissé une empreinte forte, encore active, et souvent, le parent maltraitant se trouve justifié par son simple statut de parent. Il pense agir pour le bien de l'enfant ; ou tout au moins, il tente de s'en persuader pour éviter la culpabilité qu'engendre inévitablement les débordements de son comportement, et encore, à condition qu'il soit conscient de la portée de ses actes. Les justifications qu'il renvoie à l'enfant, une fois la tourmente passée, sont éloquentes :

« C'est pour ton bien ! », « Une raclée de temps en temps, ça ne fait pas de mal ! », « Il doit apprendre qui commande ici ! », « ça le fera obéir ! ». (bibliographie n° 1 page 143)

On remarque combien la notion d'obéissance est mise en exergue ; combien l'enfant est considéré comme devant être dressé, comme un animal.

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Une autre justification qu'avance le parent maltraitant est la référence à son propre vécu :

« Moi, mon père me battait, et je n'en suis pas mort, ça m'a évité de mal tourner… »

On perçoit bien ici, la répétition de la maltraitance d'une génération à l'autre.

Une autre tactique est de rejeter la responsabilité du comportement maltraitant sur l'enfant, vécu comme abject, et qu'il faut mater, redresser, expurger :

« Il aime les coups puisqu'il les cherche… », « Il l'a bien cherché, c'est un petit vicieux, il a eu ce qu'il voulait… » (bibliographie n° 8 page 66)

Ceci nous renvoie à l'image de l'enfant dépositaire du mauvais et du parent bon ayant pour devoir d'extirper de cet enfant le mal qui l'habite.

La raison principale de cette maltraitance envers enfants, est que les parents maltraitants, qu'ils en aient conscience ou non, ont été, la plupart du temps, eux-mêmes maltraités dans leur enfance et ne font que répéter, sur leurs propres enfants, par identification à l'agresseur de leur passé, la violence endurée. Quand le parent maltraitant prend conscience de l'anormalité de son comportement, quand il en est bouleversé, souvent il déclare : « Je ne peux pas m'en empêcher », « C'est plus fort que moi ». Démontrant là, combien ses pulsions destructrices envers son enfant sont incontrôlables et qu'il est comme possédé par sa propre violence interne.

Cependant, lorsque l'on sait qu'un foyer doit représenter pour l'enfant un endroit chaleureux, protecteur et sécure, peut-on admettre que des enfants battus, vivent chez eux, chaque moment dans l'insécurité complète, dans la peur, la terreur ? Il s'agit d'un véritable terrorisme familial (bibliographie n° 5 page 21), de la destruction d'êtres humains en devenir, de meurtres d'âmes (bibliographie n° 11).

Ces enfants victimes apprennent très tôt à se protéger autant qu'ils le peuvent et avec les moyens dont ils disposent. Mais ce faisant, ils apprennent surtout à survivre plutôt qu'à vivre.

Photos : Pixabay

Écrit par

MARION Dominique

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