Mieux comprendre les bienfaits de l'hypnose

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Depuis quelques années l’hypnose est devenue une approche thérapeutique à la mode. Qu’en disent les hypnothérapeutes au cœur de leur pratique, et que dit la science à ce sujet ?

5 FÉVR. 2020 · Lecture : min.
Mieux comprendre les bienfaits de l'hypnose

L'hypnose suscite un regain d'intérêt dans le champ de la médecine et de la psychothérapie, au point qu'elle est de nouveau enseignée dans certaines facultés de médecine et qu'elle a fait son entrée à l'hôpital, notamment pour ses vertus analgésiques.

Malgré cet engouement récent, l'hypnose reste encore pour beaucoup un outil doté de pouvoirs mystérieux, qui éveillent au mieux la curiosité et le plus souvent une certaine dose de méfiance. Les articles à son sujet fleurissent dans les revues de vulgarisation scientifiques, et surtout sans la presse « grand public » qui en donne rarement une description juste. Ainsi on peut lire tout et son contraire à son sujet.

POUR EN FINIR AVEC LES IDÉES RECUES

Très médiatisée ces dernières années dans sa branche hypnose de spectacle, on prête à tort à l'hypnose un pouvoir de manipulation : l'hypnotiseur serait en mesure de nous faire faire n'importe quoi, jusqu'à nous ridiculiser en public, ce qui lui conférerait un pouvoir pervers sur son cobaye sans défense… Or, il convient de recadrer cette croyance en se rappelant simplement que :

1) Les personnes qui montent sur scène dans les spectacles d'hypnose sont consentantes et volontaires pour se laisser guider, ce qui est tout le contraire d'une manipulation.

2) Les personnes qui montent sur scène dans les spectacles d'hypnose sont sélectionnées dans le publique parmi les sujets les plus « suggestionnables » (sensibles à la suggestion hypnotique). L'objectif des premiers tests qui sont immanquablement effectués en début de spectacle est de pointer ces personnes parmi la foule. Seules ces personnes sont ensuite invitées à venir sur scène, pour ne pas mettre en échec l'hypnotiseur. Ce ne serait donc pas si simple de mettre quelqu'un sous hypnose pour lui faire faire tout ce qu'on lui demande ?

3) Il n'existe à ce jour, à ma connaissance, aucun cas de personne saine mentalement à qui un hypnotiseur aurait pu faire commettre un acte dommageable pour lui-même ou pour autrui, au moyen de l'hypnose.

Ce vieux fantasme de l'hypnotiseur tout puissant qui serait capable de « reprogrammer le cerveau » explique aussi la difficulté que rencontrent la plupart des hypnothérapeutes face à la demande de clients passifs, qui viennent consulter pour qu'on leur supprime comme par magie leur « problème » (symptôme). Si c'était possible, les médecins et les psychologues n'existeraient plus depuis longtemps…

L'HYPNOSE THÉRAPEUTIQUE

Loin d'affirmer que l'hypnose est inoffensive (ce qui reviendrait à dire qu'elle ne sert à rien et ne qu'elle n'a aucun effet thérapeutique), la réalité de son efficacité est cependant bien éloignée de ces croyances et superstitions, à fortiori dans le cadre de l'exercice de l'hypnose thérapeutique, qui a pour objectif premier de ne pas nuire au consultant.

L'évolution de l'hypnose thérapeutique depuis le XXè siècle va d'ailleurs dans ce sens. En effet, la pratique de l'hypnose est passée d'une hypnose très directive (telle que pratiquée par Charcot) basée sur une relation d'autorité entre un médecin et son patient (le thérapeute, le plus souvent un médecin, propose de manière autoritaire sa solution au patient), à une hypnose qui considère le consultant comme un acteur essentiel de sa « guérison ». Comme l'écrit si bien Térésa Robles (docteur en psychologie clinique et hypnothérapeute) : « Le travail avec l'hypnose consiste à accompagner le consultant là où il veut aller, en prenant soin de lui ».

C'est tout le mérite de l'approche du psychiatre Milton Erickson qui, au vingtième siècle, a marqué un tournant dans la pratique de l'hypnose thérapeutique. Depuis Erickson, ce n'est plus l'hypnothérapeute qui impose une solution, mais le consultant qui met à profit l'état hypnotique pour accéder symboliquement à ses difficultés et aux ressources inexploitées dont il a besoin pour les dépasser. Ces ressources ou capacités sont souvent inconscientes, refoulées ou contraintes pour éviter un conflit psychique, et peuvent souvent se libérer en quelques séances d'hypnose, lorsque « le sujet quitte son état de veille ordinaire en limitant ou supprimant les filtres qu'il a mis en place au fil des années. Il quitte ainsi ses pensées, ses contrôles, ses raisonnements, ses croyances et ses à priori, c'est-à-dire sa projection sélective, partielle et discontinue de la vie ordinaire », responsables de sa souffrance (François Roustang, psychanalyste hypnothérapeute).

Il s'agit d'aider le consultant à dissoudre ses stratégies limitantes issues du passé pour lui permettre d'en construire de nouvelles, plus adaptées à son présent, et favorisant une meilleure flexibilité (adaptation).

POURQUOI CA MARCHE, CE QUE DIT LA SCIENCE

Ces dernières années, les neurosciences ont pu observer sous IRM l'activité spécifique du cerveau pendant un état hypnotique. Elles ont pu mettre en évidence que le fonctionnement cérébral sous hypnose entraîne la mise en relation d'une multitude d'aires cérébrales, alors qu'il n'en mobilise que deux ou trois en état de veille « normal ». De là la facilité à transformer les perceptions sous état hypnotique : un objet qui auparavant déclenchait le dégoût ou une émotion difficile peut être associé à une sensation agréable et bénéfique, et inversement. On comprend son intérêt dans l'accompagnement des maladies chroniques et la gestion de la douleur.

Selon Y. Cojan (Chercheur à l'Université de Genève), cette activité cérébrale particulière est due à un changement d'activité du cortex frontal et du cortex pariétal. Ainsi, les zone d'exécution des mouvements serait « déconnectée », dissociées des zones de l'intention et de l'attention, libérant l'accès aux représentations mentales (imagerie intérieure symbolique) et favorisant un recentrage sur soi (introspection). Les observations suivantes ont pu être faites :

  • Au cours d'un mouvement effectué sous hypnose, le cortex moteur, activé dans la phase de préparation, apparaît déconnecté des aires pré-motrices impliquées dans la planification des mouvements (en état de veille normal, il n'est pas déconnecté). C'est ce phénomène de dissociation ; très utilisé en hypnose de spectacle pour susciter des mouvements incontrôlés, il sert en hypnothérapie de signal idéomoteur pour donner une indication sur l'état hypnotique du consultant et /ou dialoguer avec la partie profonde (inconsciente) du consultant.
  • Le cortex moteur communique davantage avec une aire pariétale, le précuneus, associé à la création d'images mentales, à la mémoire autobiographique et aux représentations de soi. C'est là le cœur de la pratique thérapeutique.

Nul doute que dans les années à venir les neurosciences nous apprendrons davantage sur l'état d'hypnose, qu'elle soit médicale ou utilisée dans le champ de la psychothérapie.

UNE EXPÉRIENCE ET UN APPRENTISSAGE

Même sans intention de travail, le simple fait de s'autoriser à vivre une expérience d'hypnose peut déjà être en soi « thérapeutique », en ce sens que partir en hypnose demande de se déconnecter de la réalité du quotidien, de laisser de côté le cerveau rationnel et ses ruminations obsessionnelles, à l'origine de fonctionnements automatiques, afin d'accéder de manière instinctive et symbolique à une autre dimension de l'Être qu'il est rare de rencontrer dans les autres contextes de vie, à l'exception peut-être de celui de la création artistique.

Sous hypnose, chacun vivra une expérience différente, en lien avec sa personnalité et son histoire, et chacun mettra plus ou moins de temps pour s'autoriser à vivre l'expérience hypnotique, car ce n'est pas pour tout le monde facile de lâcher les fonctionnements et les stratégies avec lesquelles on fonctionne depuis longtemps. Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de personne structurellement « réfractaires » à l'hypnose, c'est une question de résistance, donc d'autorisation, de motivation et d'apprentissage.

Écrit par

Caroline Gormand Linkedin

Psychopraticien nº Adeli :

Praticienne en psychothérapie et Hypnose - Sophrologue Sa vocation est de vous accompagner dans les changements que vous souhaitez pour vous même, dans le cadre d’une écoute bienveillante, afin de vous aider comprendre vos difficultés et blocages, et faire émerger les ressources, savoir-faire et savoir-être que vous pouvez mobiliser.

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