Mobiliser ses ressources et acquis pour cultiver l'apaisement
Pour atteindre un apaisement durable en toutes circonstances, il est essentiel de comprendre le fonctionnement de nos émotions et leur utilité.
J'aime comparer ce mécanisme à celui d'une voiture, où nos émotions agissent comme un tableau de bord. Identifier le voyant qui brille revient à reconnaître l'état émotionnel dans lequel nous nous trouvons : peur, joie, surprise, dégoût, tristesse, colère, etc. Évaluer l'intensité de notre émotion, c'est comme choisir la taille d'un vêtement : XS, L ou XXL. Une fois cette étape franchie, il est crucial de comprendre ce qui a provoqué l'activation de ce voyant à cette intensité. Cela peut dépendre de notre environnement, d'une situation (par exemple, la pluie) ou du comportement d'une personne, que ce soit par ses paroles ou ses actions. Ce stimulus est essentiel pour mieux comprendre ce qui active notre émotion.
Si l'intensité est vraiment en décalage avec la situation, par exemple, grimper sur une étagère face à une araignée, cela démontre que ce qui nous fait réagir n'est pas l'adulte d'aujourd'hui, mais que cela ravive une mémoire d'antan. Cela nécessitera un accompagnement particulier (nous en reparlerons dans un prochain article).
Néanmoins, une fois que nous avons identifié ce qui nous a fait ressentir une émotion suffisamment significative pour la remarquer, nous avons le choix : considérer que ce stimulus est responsable de notre émotion et que nous n'y pouvons rien, ou approfondir notre réflexion. Je propose d'explorer cette deuxième voie, qui nous permet de reprendre le volant, d'apaiser l'émotion et de choisir une action adaptée pour favoriser notre apaisement intérieur et notre positionnement extérieur.
Prenons un exemple que j'ai vécu récemment : le voyant d'huile s'allume dans ma voiture. Je m'arrête sur la bas coté, je mets de l'huile, tout rentre dans l'ordre, le voyant s'est éteint et je peux reprendre la route. Il en va de même pour nos émotions. Si une personne tient des propos insupportables et que notre colère s'intensifie, je peux me mettre à lui hurler dessus, le frapper, faire semblant de ne rien entendre, m'éloigner… Avant de prendre une décision et d'agir, il est important de se demander : qu'est-ce qui en moi est mis à mal pour que ce voyant s'allume si intensément ? En prenant le temps de se poser des questions judicieuses, nous évitons de laisser notre mental s'emballer et se raconter des histoires dramatiques. Lorsque le mental est aux commandes, il a le chic pour interpréter, prêter des intentions, tirer des conclusions et, bien souvent, cela nous sort de la réalité. Nous réagissons au quart de tour, et cela contribue rarement à plus d'apaisement en soi et à l'extérieur.
Ces questions intéressantes à se poser lorsque l'intensité monte en nous nous permettent de nous tourner vers notre cœur plutôt que notre mental, afin d'identifier quel besoin est mis à mal. Un exemple concret qui m'est arrivé dernièrement : je ressens de la colère parce que quelqu'un profère des propos sexistes à une caissière. Dans ce cas précis, botter le derrière de cet homme aux propos sexistes sera mon premier réflexe. Il est donc important de me mettre sur le bas-côté de la situation et de prendre un temps pour régler le problème de moi à moi avant de poser une action à l'extérieur.
Ma première question est : de quoi ai-je besoin immédiatement ? Réponse : d'empathie, parce que ses propos me heurtent. Alors, je me donne d'abord de l'empathie. Je me dis que ces propos sont vraiment incorrects et surtout faux. Ce qui est dit ne correspond à rien de vrai, de réel. La femme que je suis le sait, et il doit être bien triste de croire à de tels propos. Cet homme est plus à plaindre qu'à craindre ; il ne voit pas dans les femmes des êtres humains magnifiques. Je sens l'intensité émotionnelle redescendre un peu.
De quoi ai-je besoin maintenant ? Réponse : de calme. Le meilleur moyen que je connaisse, c'est la respiration (toujours sur moi et autonome !) Je prends trois grandes respirations par le nez en soufflant lentement par la bouche (cohérence cardiaque S.O.S). Cela active mon système parasympathique et favorise la diminution de l'intensité émotionnelle.
De quoi ai-je besoin à présent ? Réponse : d'expression authentique. Dans ce cas, je décide de parler, car me taire et faire comme si de rien n'était me serait trop inconfortable.
Je me rappelle : P.G.H.M. En Savoie, nous connaissons ce Peloton de Gendarmerie de Haute montagne qui sauve les promeneurs égarés ou blessés au risque de leurs propres vies, intervenant avec un hélicoptére: ils prennent toujours de la hauteur avant de poser des actions précises. Ces héros et héroïnes m'inspirent toujours : avant d'agir, prenons de la hauteur pour choisir la meilleure stratégie afin de servir la vie.
P.G.H.M : un moyen mnémotechnique pour se souvenir : Punition, Provocation, Grossièreté, Humiliation, Menace, Moquerie sont des modes de communication toxiques et interdits par la loi, je le sais. Je prends le temps de formuler une accroche respectueuse et authentique.
Je dis alors à haute voix, en direction de la caissière : "J'admire votre sérénité face à de tels propos. Je suppose que vous avez suivi une formation sur les violences sexistes et compris que l'ignorance est le plus grand des mépris."
Cette phrase permet d'exprimer mon respect et mon soutien envers la caissière et cela nourrit en moi mon besoin de respect envers les femmes, tout en confrontant l'auteur des propos.
L'homme se retourne, semble hésiter, récupére ses courses puis s'éloigne en maugréant. La caissière me sourit, et nous partageons un éclat de rire, transformant cette situation inconfortable en un moment de connexion humaine.
La vie nous stimule sans cesse. Avoir une boîte à outils bien remplie pour mobiliser les ressources adéquates en toute situation est précieux.
Apprendre à repérer ses émotions, les identifier et se connecter aux besoins sous-jacents, sont les 3 premiers pas à faire.
Les 3 questions : de quoi j'ai besoin immédiatement, maintenant, à présent, nous permettent de regarder en soi et de voir surgir les réponses d'elles-mêmes pour mobiliser nos ressources intérieures.
Nous verrons dans un prochain article, les signaux qui nous permettent de repérer que l'activation est lié à un vécu passé et comment faire avec cela lorsque l'on perd totalement la main sur nos réactions.
J'éprouve de la joie à partager cela avec vous ici, en consultations ou lors d'ateliers.
Références bibliographiques :
Les systèmes familiaux internes"
- Richard Schwartz (traduction de "Internal Family Systems Therapy")
"Vous êtes celui que vous attendiez : Apporter du courage à votre vie"
- Richard Schwartz (traduction de "You Are the One You've Been Waiting For")
"Pas de mauvaises parties : Guérison des traumatismes et restauration de la plénitude avec le modèle des systèmes familiaux internes"
- Richard Schwartz (traduction de "No Bad Parts")
- "La Communication NonViolente : Un langage de vie"
- Marshall Rosenberg (traduction de "Nonviolent Communication: A Language of Life")
- "La Communication NonViolente au quotidien"
- Marshall Rosenberg (traduction de "Nonviolent Communication Companion Workbook")
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