Osez la démarche thérapeutique

S'engager dans une démarche thérapeutique, c'est donner sa confiance au thérapeute. La question de la confiance et de l'engagement dans la rencontre est au cœur du travail thérapeutique.

13 JANV. 2017 · Lecture : min.

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Osez la démarche thérapeutique

L'épreuve de la rencontre

Au cours de mes recherches universitaires, j'ai pu rencontrer la réflexion de Bernard Honoré, psychiatre et philosophe, d'inspiration phénoménologique, proposant dans ses différents écrits une réflexion sur la formation, le soin et l'existence.

Celui-ci puise sa clinique en s'inspirant des recherches de Heidegger sur la Stimmung et le Souci (Sorge) dans lequel l'auteur voit « la manière dont la formation et le soin dans le monde se coappartiennent ». Dans son livre, sa conception psychophilosophique de l'homme et de la rencontre, tout en s'appuyant sur celles de ses prédécesseurs, est à la fois novatrice et ambitieuse.

D'après lui, l'homme est composé de trois dimensions de l'existence : le pouvoir-être, l'être-en-forme et l'homme en son devoir-prendre-soin, ces trois tonalités étant associées parallèlement aux sentiments que sont l'angoisse, l'espoir et la joie.

Le pouvoir-être s'associe à l'angoisse telle que Martin Heidegger la définit et réside en l'essence même de l'homme, son domaine est la factivité. L'être-en-forme associé à l'espoir tient à la formativité, concept qui désigne la faculté humaine de formation, « élaboration d'un sens nouveau par la mise en question d'anciennes significations et l'arrivée de représentations jusque-là inconnues [qui] s'accompagne toujours de manifestations émotionnelles ».

A partir de l'angoisse, deux voies peuvent se tracer : le refus de cette évolution du fait que l'on touche aux limites connues et représentables, ce qui pose la question de la durée, et, en définitive, de la mort ; ou bien l'acceptation de l'angoisse comme « accompagnatrice d'un processus de mise en question du champ de conscience en sa totalité » et le recours à un possible au-delà du prévisible, voie qui débouche sur l'espoir.

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La troisième dimension de l'existence relève de l'activité de l'être-en-vie, « activité trouvant sa source dans le dynamisme vital en son entièreté et non dans une tendance instinctuelle particulière ». Dans cette optique la joie révèle l'homme en son devoir-prendre-soin.

Confiance et compassion, le ciment

Comme nous l'avons vu précédemment, en phénoménologie, la confiance s'envisage dans la rencontre. Nous pouvons ainsi essayer de dégager le mouvement qui s'engage dans l'épreuve de la présence de l'autre, à la fois dans le sens de ressentir et dans le sens de mettre à l'épreuve. Il s'agit de ressentir à partir d'une disposition, dans une tonalité de résonance particulière, disposibilité qui ouvre l'être au monde.

La tonalité de la résonance est la « tenue » de l'homme au monde, ce que Merleau-Ponty voit comme le tissu corporel du monde :« La tonalité fait toujours retentir – quelque chose du fait d'être au monde selon la factivité, -quelque chose aussi de l'ouverture du monde à notre formativité, - et quelque chose de l'énergie dynamisant notre être-en-vie et se manifestant dans l'activité ».

D'autre part, l'auteur souligne une notion fondamentale pour une compréhension du phénomène de résonance : l'entre-deux, espace de l'expérience, une mise en présence de l'homme et de ce qu'il rencontre. Il faut ainsi pouvoir s'ouvrir à l'expérience et être disposé à dépasser l'expérience acquise. La projection, l'ouverture « à dessein » du Dasein est la possibilité de ce qui ouvre au possible, bénéfique pour la persévération de l'être-en-vie.La mise à l'épreuve est la caractéristique de l'activité du sujet à l'égard de ce qui lui fait face.

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Dans l'épreuve de l'autre, on se dispose à se laisser affecter dans une expérience éthique au cours de laquelle chacun met à l'épreuve l'autre et soi-même :« L'ouverture à l'affection par la tonalité est plus ou moins grande selon l'intensité, pour chacun, de la résolution de son pouvoir-être, de son engagement dans l'avoir-à-former et de la manière dont il anime son devoir-prendre-soin. Les consonances et dissonances dans la résolution, dans l'engagement et dans l'animation, retentissent dans la tonalité de la présence ».

La confiance et la compassion sont ainsi les côtés positifs de la consonance de la tonalité de l'être-en-vie alors que son versant négatif est la tristesse. De la même manière interviennent les couples ouverture/angoisse et espoir/désespoir qui s'articulent dans les autres dimensions de l'existence. La confiance serait ainsi la dimension de la joie dans laquelle chacun est affecté, « non seulement d'être pris en considération dans sa vie et son existence, mais dans la joie d'attendre de l'autre un souci de lui, un soin et une attention particulière, même en l'absence de toute demande, de tout appel ».

D'un autre côté, la méfiance intervient dans la rencontre sur le plan de la capacité d'animer son devoir-prendre-soin, lors du refus de la mise à l'épreuve dans la rencontre : « la tonalité de la présence par ce qui est mis en résonance nous affecte de façon telle qu'elle ouvre à la gratitude ou à la méfiance ».

Photos : Shutterstock

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