Le parent parfait existe-t-il ?

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Pourquoi il n’est pas souhaitable pour votre enfant d’avoir des parents « parfaits ». Quelles sont les conséquences pour l'enfant ?

4 sept. 2019 · Lecture : min.
Le parent parfait existe-t-il ?

L'écueil des parents "parfaits"

Beaucoup de parents se mettent la pression, ont peur de faire les « mauvais choix » pour leur enfant, ou de faire des erreurs dans la façon dont ils s'y prennent pour l'éduquer. Ils s'efforcent d'être des parents « parfaits » : s'efforçant d'être toujours bienveillants, ils se gardent de hausser le ton, se mettent en 4 pour l'enfant pour lui éviter toute frustration, pourvoyant à tous ses besoins en les faisant passer avant les leurs ou avant ceux du couple.Si cela part d'une bonne intention, le résultat est la plupart du temps délétère, pour plusieurs raisons. En premier lieu, cela place l'enfant (nous ne parlons pas, bien sûr, du nourrisson qui a besoin de soins constants) à une place qui n'est pas la sienne dans système familial, qui tout entier s'articule autour de lui et du « contrôle » de son éducation, de ses loisirs, de son bien-être.Or, pour que l'enfant se structure correctement il a besoin que le couple conjugal continue d'exister en parallèle au couple parental, pour accepter peur à peu la « castration » : renoncer à être le centre du monde, d'abord vis-à-vis de sa mère (effet de tiers joué par la fonction paternante) et ensuite vis-à-vis des autres. L'enfant, en se socialisant, apprend qu'il ne peut pas « Tout » avoir ni « Tout de suite », et que si son désir est justifié, il doit en même temps tenir compte des autres, et de la loi sociale.

Ensuite, les parents « parfaits » transmettent et projettent sur l'enfant un fantasme de toute puissance : « Je peux protéger mon enfant de TOUT, et être TOUT pour lui » ; ce que l'enfant risque de transformer et d'intégrer comme une injonction : « je n'ai pas le droit d'être malheureux, insatisfait, en colère, pas d'accord… puisque mes parents font TOUT bien pour moi ».Dans la plupart des cas, cela s'accompagne d'un chantage affectif, explicite ou implicite : « Avec tout ce qu'on a fait pour toi, tu n'as pas le droit de nous décevoir/ désobéir /déplaire /être malheureux…. ». Enfermé dans une loyauté inconsciente vis-à-vis de ses parents, l'enfant n'osera pas contacter son propre désir, de peur de les décevoir. Il ne prendra pas non plus la responsabilité de son bonheur et de son bien-être (puisque l'on choisit à sa place) et aura du mal à s'autonomiser, au risque de ne jamais devenir vraiment « adulte ».

Par ailleurs, on sait que le petit d'homme se structure et grandit en s'autorisant à dépasser ses parents, en réussissant différemment, selon sa propre vocation, et lorsqu'il peut jouir du libre arbitre de ne pas répéter leurs erreurs. Lorsque les parents donnent une image trop parfaite (ces parents à qui l'on ne peut rien reprocher), le modèle parental devient impossible à remettre en question ou à dépasser. Il se transforme alors en une « dette » symbolique que l'enfant va s'efforcer de payer toute sa vie, en ne fabriquant aucune ambition pour lui-même, se contentant de répéter les modèles et les scénarios de vie que ses parents on « préfabriqués » pour lui, sans jamais rien remettre en question. Cela ne va pas forcément générer de la souffrance pour lui et il pourra peut-être « fonctionner » longtemps ainsi, mais on peut à juste titre se poser la question du sens d'une vie qui se déroule dans la répétition des schémas d'autrui, et non par choix. Au mieux, l'individu risque à terme d'éprouver le sentiment d'être passé à côté de sa vie…

La projection

La même question se pose lorsque les parents projettent leurs propres ambitions sur leur progéniture. Stimuler son enfant, en tenant compte de ses goûts et de ses talents, pour favoriser le développement des capacités qui lui permettront de bien fonctionner dans tous les cadres (relationnel, professionnel, affectif), est tout à fait dans l'intérêt de l'enfant. Cela l'est beaucoup moins quand la démarche pédagogique impose à l'enfant un parcours pré-établi qui ne tient pas compte de sa vérité singulière. Qui ne se souvient du film « Le Cercle des Poètes Disparus » et du suicide de ce jeune ado, coincé dans une impasse entre le projet de « carrière » que son père lui impose, et l'impossibilité de s'y opposer afin réaliser son propre désir de devenir comédien, même pendant ses loisirs. Ce type de parents programment l'emploi du temps de leur enfant, décident de façon incestueuse ce qui est « bon pour lui », dans ses loisirs comme dans ses études, remplissent la moindre parcelle de temps-libre, ne laissent aucune place à la créativité, à la rêverie ou à l'ennui, pourtant si nécessaires à la maturation psychique de l'enfant.

Ce que l'on découvre, très souvent, ce sont des parents qui se réalisent ou se «réparent» à travers leur enfant, par projection, ou qui entretiennent une « tradition » transgénérationnelle à laquelle ils se sont eux-mêmes asservis.

Le fantasme de perfection et de performance

D'autres parents, qui ont réussi et font preuve d'une grande exigence envers eux-même, projettent sur l'enfant leur exigence de réussite et de performance. S'il se conforme à leur injonction, l'enfant va grandir, au mieux, sous la pression permanente d'un « toujours plus, jamais assez », où quoi qu'il fasse il fait mal puisque ce n'est jamais suffisant à leurs yeux. Ne s'autorisant pas l'apprentissage par l'erreur, il vivra sous la pression du fantasme de perfection qui génère stress, troubles anxieux et somatisations.Thomas Edison aimait rappeler qu'il lui a fallu 100 essais avant de réussir à créer une ampoule.Steven Spielberg repassa 3 fois son diplôme universitaire pour devenir réalisateur,et James Dyson a fait plus de 5000 tentatives pour aboutir à son aspirateur sans sac… ce qui a fait dire également à Nelson Mandela «je ne perds jamais : sois je gagne, sois j'apprends !»

Au pire, l'enfant « survivra » pour satisfaire le désir de ses parents et finira par éteindre tout désir singulier en lui. Il deviendra souvent dépressif ou sombrera dans la mélancolie, l'addiction, la violence…car il ne parviendra pas à donner un sens à son existence.

« Vos enfants viennent par vous mais non de vous… »

Pour éviter ces écueils, il est souvent utile de rappeler ce que dit avec beaucoup de grâce le poète libanais Khalil Gibran : « Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et les filles de la Vie en nostalgie d'elle-même. Ils viennent par vous mais non de vous. Et même s'ils sont avec vous, ils ne vous appartiennent pas. A vous de leur offrir votre amour, non vos idées. Car ils ont, eux, leurs propres idées. Il vous revient de donner refuge à leurs corps, non à leurs âmes. Car leurs âmes habitent la demeure de l'avenir, que vous ne sauriez visiter même en rêve. A vous de faire l'effort de leur ressembler, mais n'essayez pas de les rendre semblables à vous. Car la vie ne revient pas en arrière. »

Le petit d'Homme vient au Monde déjà animé d'un désir pour lui-même, dont il aura simplement (mais pas si facilement) à prendre conscience pour l'investir sous la forme qu'il choisira en grandissant (vocation). Il reste aux parents à poser un cadre sécure et bienveillant (protections et permissions) pour que l'enfant accède aux apprentissages qui lui sont nécessaires : le respect de soi et des autres, les limites qui lui permettront de rester en vie et en bonne santé, l'autonomie affective et financière, tout en le soutenant dans sa démarche pour accéder à ce pourquoi il est venu au monde, sans faire les frais des projections et des injonctions de ses aînés.

Autorisons-nous donc à être des parents et des êtres « imparfaits », tout en faisant de notre mieux ! Acceptons de faire des erreurs avec nos enfants, ne leur sacrifions pas tout, montrons leur l'exemple que l'excellence peut s'atteindre en apprenant de nos erreurs, ne leur demandons pas plus que ce qu'ils ne peuvent donner, en tenant compte de leurs capacités singulières, mais pas moins non plus.

Rappeler les bienfaits du jeu et de l'ennui

Enfin, on oublie trop souvent que l'enfant qui joue est un enfant qui « travaille », c'est-à-dire qu'il apprend à interagir en 3 dimensions avec son environnement.Selon Jaak Panksepp (directeur de recherches en neurosciences affectives, université de l'Ohio), le jeu favorise la croissance des circuits de l'amygdale et du cortex préfrontal, deux zones du cerveau impliquées dans le comportement émotionnel. Jouer tous les jours, de façon libre, contribue donc au développement de l'intelligence émotionnelle et sociale de l'enfant.

De même, le contact avec des objets réels, que l'enfant peut manipuler à sa guise et appréhender avec ses 5 sens, en mobilisant sa créativité et son imagination, va lui permettre de développer ses fonctions motrices, de prendre confiance en ses capacités et d'accéder au langage. Des observations cliniques récentes ont permis de constater que les enfants qui ne manipulent pas en jouant (notamment dans les cas d'une surexposition aux écrans) ne développent pas correctement les fonctions motrices et cognitives (notamment la fonction symbolique du langage), parce qu'elles ne prennent pas sens en s'incarnant dans la réalité physique (concrète) et affective de l'enfant.

Enfin la surstimulation des jeunes enfants que l'on met en place sous prétexte de les protéger de l'ennui ou « optimiser » leurs performances, freine le développement de leur imagination et les empêche de se connecter à leurs émotions et à leurs désirs, puisqu'ils ne sont jamais confrontés au manque. Sans manque, pas de désir ; sans désir, pas d'EN-VIE !

L'ennui est peut-être ce qui lui permet de découvrir que le temps dont il dispose n'est pas une quantité qu'il faut « remplir » à tout prix pour éviter d'y penser, ou éviter de penser tout court, comme ce « temps de cerveau humain disponible » pour la consommation qu'un PDG évoquait en 2004. Il y a une ressemblance évidente entre cette parole cynique et la maladie de performance, qui réduisent toutes deux le Sujet humain à une simple mécanique de fonctionnement.Par la rêverie et par l'ennui l'enfant (et l'adulte également) va découvrir qu'il peut commencer à « habiter » le temps, à le ressentir et à le savourer dans l'instant présent, pour bientôt mieux s'habiter lui-même : entendre quels désirs il héberge, quels rêvent se cachent en lui, quelles émotions, et autre chose de plus essentiel encore…

L'ennui est à l'action ce que le silence est à la musique : en la ponctuant, il la met en relief et donne du recul, il nourrit ce qui va suivre et permet le rythme juste. Cette capacité de recul, d'intériorisation et d'analyse, cette conscience qui observe l'instant présent et peut jouir de l'ÊTRE et non seulement du FAIRE, n'est-ce pas ce qui nous différencie aussi de l'animal, qui lui se contente de « fonctionner » ?

Photos : Shutterstock

Écrit par

Caroline GORMAND : sophrologie, hypnose, psychothérapie intégrative

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