Personne n'est parfait !

<strong>Article révisé</strong> par le

Article révisé par le Comité Psychologue.net

Chacun a son idée personnelle du bonheur. Cela ne suffit pas à l'assurer. Il est facile de se dire que l'herbe est plus verte ailleurs ! Nous envions les autres ou nous les critiquons...

25 juil. 2016 · Lecture : min.
Personne n'est parfait !

Personne n'est parfait ! Catherine Podguszer Saverio Tomasella Editions Eyrolles(2005)

Nous envions les autres ou nous les critiquons, nous comparons, nous jugeons, nous condamnons. L'insatisfaction imprègne nos relations à nous-mêmes et au monde. Nous nous réfugions alors derrière des masques bien lisses que nous présentons aux autres pour être reconnus ou oubliés : le battant, la victime, le branché, la star, le bon gars, la timide...Dans la plupart des cas nous évitons de nous interroger sur nous-mêmes. Pourtant, vivre en bonne intelligence avec soi-même et avec les autres commence par la découverte de ses imperfections... Il s'agit de s'accepter, en entier, avec ses nombreuses facettes: les multiples visages de l'autre en soi.Ce guide nous accompagne sur le chemin de la tolérance. Il nous invite à laisser de côté les prétentions, les jugements tout faits et les comparaisons, pour accueillir cet autre en nous, étrange et étranger. À nous ensuite d'inventer une vie qui nous ressemble, en relief et en couleurs!Catherine Podguszer est psychanalyste à Paris.

Interview de Catherine Podguszer et Saverio Tomasella auteurs de Personne n'est parfait!

  • Pourquoi croit-on avoir besoin de porter un masque ?
Nous sommes sans cesse partagés, parfois même déchirés, entre ce que nous percevons (sensations, sentiments) et ce que nous croyons bon de laisser paraître, suivant le milieu familial, les codes sociaux ou la culture à laquelle nous appartenons. Cet écart peut laisser des cicatrices et provoquer de réels conflits intérieurs, souvent difficiles à surmonter. Le fossé se creuse dès le plus jeune âge entre les sensations perçues par le petit enfant et son besoin vital d'être aimé. Ce malaise peut se manifester plus tard par le besoin de porter des masques. Il est souvent la conséquence du refus d'accepter ses sentiments, par peur de ne pas être "conforme", de ne pas plaire... Plus nos relations premières (mère,père, environnement) ont été défectueuses et insatisfaisantes, plus le besoin de se faire aimer devient pressant. Porter un masque devient alors comme une seconde nature, jusqu'à ne plus se reconnaître soi-même et se sentir perdu. A notre insu, et paradoxalement, nous reproduisons ainsi des schémas familiers, qui nous ont déjà tellement blessés dans notre enfance. C'est une véritable entrave à notre souhait de liberté d'être. Arriver à faire tomber ces masques va avec la reconnaissance et l'accueil de ses sensations et sentiments enfouis. La découverte et l'acceptation de cet "autre" en soi si obscur nous ouvrent, dans un double mouvement, à une meilleure acceptation des autres.shutterstock-545332705.jpg
  • Pourquoi prête-t-on si souvent ses difficultés aux autres ?
C'est la grande question de la paille dans l'œil du voisin… Il est tellement plus facile de voir les défauts de ses proches car nous les considérons de l'extérieur. C'est aussi la meilleure façon de s'empêcher de regarder en soi. La découverte de ce que nous tentons en vain de masquer peut conduire à certaines révélations désagréables : nous préférons le plus souvent les éviter en nous focalisant sur les écarts des autres. Enfin, déceler chez les autres des réalités qui sont parfois aussi les nôtres -bien camouflées- peut être une façon de les apprivoiser, afin d'arriver un jour à les accepter comme des réalités pouvant faire partie de soi.
  • Pourquoi est-ce blessant d'être enfermé dans une case par ses proches ou ses collègues ?
Se retrouver catalogué par son entourage ne peut que réduire et banaliser la palette de nuances qui compose la sensibilité de chacun, ce qui fait sa richesse d'être singulier. Cette tendance si répandue à caser (ou à se caser) est souvent une des conséquences de nos craintes inavouées. Enfermer les autres dans des casiers étiquetés nous donne l'illusion de les mettre à distance, alors qu'il ne s'agit que du reflet de notre propre distance avec nous-même. Nous avons tendance à plaquer sur nos proches ce qui nous a fait souffrir dans le passé. Le même processus est à l'œuvre aussi dans nos relations professionnelles, amoureuses ou amicales. Nos "choix" d'amis se font souvent à notre insu et re-produisent des situations et des façons d'être identiques à celles qui nous ont fait déjà tant souffrir. Seuls les acteurs changent mais le scénario reste le même…
  • Pourquoi cherchons-nous si souvent à maîtriser la situation ?
L'idéologie ambiante demande de tout "gérer". Pourtant, la maîtrise et la volonté de contrôle ne sont qu'une illusion, elles sont le résultat de nos insatisfactions et de nos souffrances passées et souvent encore présentes. Lâcher-prise, ou "se lâcher", c'est faire tomber les masques successifs que nous avons dû porter pour nous accommoder ou nous protéger de nos relations premières. Surtout lorsque ces relations ont été défectueuses ou envahissantes. "Se lâcher" c'est laisser faire et laisser venir. C'est ce que fait découvrir une psychanalyse dont la règle - souvent difficile à tenir - est de dire ce qui vient, comme cela vient. Sans peur du jugement que chacun a tendance à faire endosser aux autres. Cet accompagnement peut être souhaitable lorsque la peur devient trop envahissante, à l'image souvent du degré d'envahissements subis En fait, nous nous jugeons souvent nous-mêmes et dans ce "nous" il y a tous ceux qui ont fait autorité sur nous depuis notre naissance. A notre insu, nous intériorisons leurs jugements, leurs menaces, leurs interdits. Dans ce nous-même il y a aussi « nous », nouer. Une psychanalyse est en fait un travail de séparation entre soi et les autres (ceux du passé), en même temps qu'une meilleure acceptation des autres (ceux du présent). C'est un travail de démêlage. Il s'agit du trajet du développement de l'humain afin d'arriver à devenir vraiment autonome. Pour cela il ne suffit pas d'arriver à marcher et à manger seul, mais surtout de vivre avec ses différences, même si cela va à l'encontre des modes, de la société ou de ceux auxquels nous voulons plaire.shutterstock-579232687.jpg
  • Pourquoi vaut-il mieux parler d'hypersensible que d'hystérique ? de virtuose que de pervers ?
Aujourd'hui, le moindre débordement, même le plus spontané, est violemment qualifié d'hystérique. Pourtant la sensibilité et la spontanéité sont de très belles qualités à cultiver. Le moindre sentiment d'injustice fait crier à la paranoïa, or cette grave maladie désigne un despotisme tyrannique très construit et très organisé qui n'a rien à voir avec la plainte, encore moins avec une révolte légitime. Les mots techniques du vocabulaire "psy" sont devenus de blessantes injures, voire de terribles outils de pouvoir sur l'autre : le "casser", lui donner honte de lui-même, le faire se sentir indigne. Autant de procédés d'inversion et de dégradation qui sont le propre de personnalités sans scrupules, les virtuoses, très nombreux dans nos sociétés. Ils sont souvent sur adaptés aux différents systèmes (éducatifs, économiques et politiques) et assoient leurs pouvoirs grâce à la séduction. Il est vital de repartir des ressentis qui nous informent sur la réalité et de ne plus croire aux étiquettes que des personnes mal dans leur vie collent sur les autres pour les réduire, voire les soumettre !
  • Y a-t-il des moments plus propices pour changer ?
Lorsque nous réalisons que "changer" c'est aussi se retrouver. Lorsqu'en parler à nos proches ne suffit plus et que nous voulons surtout être enfin entendus, soutenus, reconnus. Lorsque ce malaise devient invivable, nous pouvons décider d'aller en parler à un(e) psychanalyste. Le mieux serait même d'en parler avant d'en arriver à des situations trop invalidantes, pour soi et pour l'entourage. Le moment propice est surtout lorsque nous décidons d'arriver à vivre selon nos souhaits. Lorsque nous réalisons que nous avons vécu jusqu'ici davantageselon le souhait des autres. En arrivant à repérer et à rompre nos schémas de pensées répétitifs nous arrivons mieux à accueillir notre sensibilité, notre timidité, notre agressivité... ou autres particularités, appelées "défauts" par certains. Nous pouvons alors donner un sens à ce qui nous trouble et le dépasser. Notre singularité est notre plus grand atout. C'est ce que nous découvrons tout au long de ce chemin, parfois escarpé,vers soi et vers les autres.
  • Comment être créatif au quotidien ?

Être créatif au quotidien passe par le repérage, en soi, de ce qui se répète de nos schémas familiers, de nos habitudes de penser et de nous comporter. Il ne suffit pas d'un simple constat, dans l'accablement de ce qui peut sembler un «destin» implacable et sans fin, mais d'arriver à mettre des mots sur ce qui n'avait jamais pu être reconnu comme tel jusque-là, par soi-même et par notre entourage.Retrouver ainsi le fil conducteur et redonner sens à notre histoire -et parfois même à celles de nos ancêtres- nous conduit à retrouver et à mieux occuper la place qui est la nôtre parmi les autres. Cette nouvelle appréhension de la vision de soi, et de ceux qui nous entourent, peut enfin se manifester dans notre désir de liberté d'être au monde et dans le monde. Prêt(e)s à inventer notre vie au présent, dans la reconnaissance de nos ressources singulières, uniques, qui font la richesse et la créativité de chacun.

Photos : Shutterstock

psychologues
Écrit par

Catherine P.

Laissez un commentaire
Le nom sera publié mais pas l'e-mail