Préjugés et violence contre les végétariens et les végétaliens

Il existerait des preuves inquiétantes d'exclusion des personnes qui ne mangent pas de viande.

20 NOV. 2019 · Lecture : min.

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Préjugés et violence contre les végétariens et les végétaliens

Nos réactions face aux végétariens/végétaliens

Une femme à Londres, dans l'Ontario (Canada) a sur sa voiture des autocollants indiquant ses choix végétaliens. Ces autocollants incluent des expressions telles que : "Si vous aimez les animaux, ne les mangez pas", "Soyez gentil, soyez végétalien", Et "Amis, pas de viande". Un autocollant montre l'image d'un chien et d'une vache, posant la question: "Pourquoi aimer l'un mais manger l'autre ?". En conséquence de ces autocollants, elle a été critiquée, huée, et jetée de manière agressive hors de la route, et a retrouvé de la viande et d'autres objets jetés sur sa voiture. Cette femme est inquiète non seulement pour elle-même mais pour ses enfants. En effet, quels que soient votre régime et vos choix, nous pouvons probablement convenir du fait que la situation est triste.

Dans notre laboratoire de recherche, nous avons étudié les préjugés et la discrimination à l’égard des végétariens et des végétaliens. Une partie de cette recherche a récemment été présentée par le Guardian dans un article intitulé «Pourquoi les gens détestent-ils les végétaliens ?», et on vous développe ici un plus large éventail de résultats de cette recherche.

Les points clés de la recherche

Vous trouverez ci-dessous certains des points forts de cette recherche :

  • Les préjugés contre les végétariens sont réels et forts. Les préjugés que les mangeurs de viande ressentent envers les végétariens sont au moins aussi négatifs que ceux exprimés à l'égard des immigrants et sont encore plus négatifs que le racisme exprimé à l'égard des Noirs (MacInnis & Hodson, 2017).
  • Les préjugés envers les végétaliens sont plus graves que les préjugés contre les végétariens, les hommes végétaliens étant les plus méprisés (MacInnis et Hodson, 2017). Ces résultats soulignent l’importance de la déviance et de la violation des normes de groupe dans la prévision des préjugés à l’égard des groupes externes.

  • Les consommateurs de viande sont particulièrement négatifs envers les végétariens qui évitent de manger de la viande pour des raisons liées au bien-être des animaux, par rapport à ceux qui le font pour des raisons liées à la santé ou à l'environnement (MacInnis & Hodson, 2017). Cela suggère que les préjugés anti-végétariens sont motivés et défensifs, par opposition au simple fait de ne pas aimer quelqu'un d'un autre groupe (ou de quelqu'un qui fait des choix alimentaires différents de soi-même). C’est-à-dire que les raisons pour lesquelles une personne ne mange pas de viande sont un facteur important dans la détermination du degré de partialité exprimé contre elle.
  • Les consommateurs de viande (MacInnis et Hodson, 2017) et ceux de la droite politique (Dhont et Hodson, 2014; Dhont et autres, 2016; MacInnis et Hodson, 2017) estiment que les légumes constituent une menace pour la société et la culture. De cette façon, les végétariens ne sont pas visés/jugés parce qu'ils font quelque chose, mais plutôt pour refuser de faire quelque chose (manger de la viande).
  • Les végétariens se sentent discriminés et marginalisés, même par leurs amis et leur famille (MacInnis et Hodson, 2017).
  • Les personnes conservatrices sont plus susceptibles de recommencer à manger de la viande après avoir tenté de s'abstenir de consommer de la viande. Cela est dû, en partie, à un manque de soutien social perçu (Hodson et Earle, 2018) et reflète vraisemblablement le fait qu’on craint d’être stigmatisé comme un déviant.
  • Les personnes qui sont plus «pro-boeuf» (y compris les grands consommateurs de boeuf) ont encore plus de préjugés contre les végétariens, une constatation qui résiste à plusieurs cultures (Earle & Hodson, 2017). Le fait que la quantité de viande de bœuf consommée prédit le degré de sentiment anti-végétarien laisse à penser que certains sentiments anti-végétariens sont motivés et défensifs (et ne constituent pas simplement une aversion pour un membre d’un autre groupe qui est «différent»).
  • Les rappels que la viande provient d’animaux réduisent les préjugés anti-végétariens (en renforçant l’empathie pour les animaux destinés à l’alimentation) et réduisent les perceptions de la menace végétalienne (en augmentant la détresse liée à la viande). Cependant, cela augmente également le dégoût de manger de la viande, ce qui accroît la perception que les végétariens sont menaçants (Earle et al., 2019). Ainsi, rappeler aux gens que la viande provient d’animaux suscite une foule de pensées et d’émotions, dont certaines diminuent, mais d’autres augmentent, ce qui est préjudiciable aux végétariens.

Quelle leçon en tirer ?

Les expériences rapportées par la femme en Ontario sont inquiétantes et ont des conséquences réelles pour elle et sa famille, mais aussi pour les membres de la société en général. Si vous ressentez des émotions négatives lorsque vous voyez des autocollants pour animaux, que ces sentiments soient de la colère, de la culpabilité ou de la confusion, il serait peut-être intéressant de vous arrêter sur le côté de la route pour réfléchir plus profondément à vos sentiments et à leurs implications.

Pourquoi quelqu'un d'autre qui refuse de manger des animaux vous cause-t-il tant de détresse personnelle ? Qu'est-ce que cela dit de vous et de votre place dans le monde ?

Peut-être vivez-vous un conflit intérieur ? D’un côté, vous aimez probablement les animaux et vous croyez que vous êtes une bonne personne, mais, d’un autre côté, vous pourriez être impliqué dans des décisions et des pratiques contraires à vos normes personnelles consistant à ne pas nuire à autrui.

Dénigrer les autres ne fera que peu de choses pour réconcilier ou résoudre de tels conflits internes, mais pourrait même permettre à ces conflit en vous de s’agrandir. Nous pourrions tous tirer profit d’une discussion attentive et réfléchie avec d’autres sur le monde dans lequel nous voulons vivre et sur la façon dont nous voulons que nos petits-enfants nous jugent à la lumière de cette période de l’histoire.

Photos : Shutterstock

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Psychologue.net

Bibliographie

  • Dhont, K., & Hodson, G. (Eds.) (in press). Why we love and exploit animals: Bridging insights from academia and advocacy. UK, Routledge (Taylor & Francis Group).
  • Dhont, K., Hodson, G., Loughnan, S, & Amiot, C.E. (2019). (Editors). (De)Valuing animals: Intergroup perspectives on human-animal relations (Special issue of Group Processes and Intergroup Relations). Volume 22 (6).  

  • Hodson, G., Dhont, K., & Earle, M. (in press). Devaluing animals, “animalistic” humans, and people who protect animals. In K. Dhont & G. Hodson (Eds.), Why we love and exploit animals: Bridging insights from academia and advocacy

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