Rentrée scolaire : quand le désir de bien commencer l’année alimente l’anxiété familiale
En voulant rassurer ou tout contrôler dès septembre, les parents risquent d'alimenter l'anxiété de leur enfant. Décryptage systémique pour aborder la rentrée sous un autre angle.
Chaque année, septembre revient avec son lot de bonnes résolutions parentales :
« Cette année, on ne fera pas comme l'an dernier. On va mieux s'organiser. On va anticiper. On va s'y prendre à l'avance. »
La rentrée est souvent vécue comme une nouvelle opportunité : celle de repartir sur de bonnes bases, de corriger ce qui n'a pas fonctionné l'année précédente, afin d'éviter que les difficultés ne se reproduisent.
Les parents ont de bonnes raisons de vouloir bien faire.
La réussite scolaire n'est plus le seul sujet de préoccupation : à la pression des résultats s'ajoutent désormais les enjeux de socialisation scolaire, d'autonomie, de confiance en soi, de rapport aux écrans…
Alors, naturellement, les parents cherchent à protéger, rassurer, motiver et accompagner leur enfant au mieux.
Mais parfois, c'est précisément cette volonté d'aider qui finit par créer ou entretenir le problème.
Quand aider devient… une tentative de solution
En thérapie brève et stratégique selon le modèle de Palo Alto, une question essentielle consiste à se demander :
« Que faisons-nous, concrètement, lorsque le problème se présente ? »
Puis :
« Est-ce que ça fonctionne ? »
Car une difficulté ne se maintient pas uniquement en raison de sa cause initiale. Elle peut aussi se maintenir — ou s'aggraver — à travers les réponses que nous tentons de lui apporter.
Autrement dit, la tentative de solution peut devenir le problème.
Prenons quelques situations très fréquentes au moment de la rentrée.
En maternelle et en primaire : « Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer »
Pour un enfant qui rentre à l'école (que ce soit pour la première fois ou au retour des vacances), l'anxiété liée à la séparation est tout à fait compréhensible.
Face à ses larmes ou à son inquiétude, le parent cherche naturellement à rassurer :
« Tu n'as pas à avoir peur. »« Tout va bien se passer. »« Je reviens te chercher tout à l'heure. »« Tu vas voir, tu vas bien t'amuser. »
Une fois, deux fois… puis chaque matin.
Lorsque cela suffit à apaiser l'enfant, tant mieux.
Mais parfois, un mécanisme paradoxal s'installe : plus le parent tente de convaincre l'enfant qu'il n'y a aucune raison d'avoir peur, plus l'enfant a le sentiment qu'il y a réellement quelque chose à craindre.
Une pensée peut alors s'imposer à lui :
« S'il faut autant me rassurer, c'est peut-être qu'il y a vraiment un risque. »
L'enfant pleure davantage. Le parent rassure davantage. L'enfant réclame davantage de garanties.
Et le cercle vicieux s'installe.
Au collège et au lycée : « Si je ne contrôle pas, il ne va rien faire »
Avec l'adolescent, le scénario est différent, mais la logique peut être comparable.
La crainte de voir son enfant procrastiner, ne pas travailler suffisamment ou perdre pied scolairement conduit parfois les parents à multiplier les contrôles :
« Tu as fait tes devoirs ? »« Tu dois travailler ce soir. »« Montre-moi ce que tu as à faire. »« Tu as bien regardé Pronote ? »« Tu as des contrôles cette semaine ? »
Avec les outils numériques, le contrôle est devenu plus facile que jamais.
Mais ce qui est facile à contrôler n'est pas nécessairement utile à contrôler.
Car lorsque le parent prend en charge le suivi du travail, l'adolescent peut se désengager de sa propre responsabilité.
Et lorsque le parent insiste, l'adolescent résiste.
Le parent augmente alors le contrôle.
L'adolescent augmente son opposition.
Un bras de fer peut progressivement s'installer autour d'une question qui, au départ, était pourtant simple : « Comment faire pour qu'il réussisse ? »
Le piège de l'anticipation
La rentrée pousse également les parents à vouloir tout anticiper.
Anticiper les difficultés scolaires.Anticiper les problèmes avec les autres (les profs, les élèves, les copains).Anticiper la fatigue.Anticiper le manque d'organisation.Anticiper une éventuelle anxiété.
On veut préparer son enfant à tout.
Mais à force de vouloir anticiper, on peut lui envoyer implicitement le message qu'il n'est pas capable de se débrouiller seul.
Or, grandir suppose aussi de faire l'expérience que l'on peut rencontrer un problème… et se confronter ainsi aux conséquences de ses actes.
Que l'on peut être inquiet et parvenir malgré tout à entrer en classe.
Que l'on peut oublier un devoir et apprendre à mieux s'organiser.
Que l'on peut ne pas avoir d'amis immédiatement et trouver progressivement sa place.
Que l'on peut échouer à un contrôle et décider de mieux se préparer la prochaine fois.
L'objectif parental n'est donc pas nécessairement d'éviter à son enfant toutes les difficultés. Il est aussi de lui permettre de découvrir qu'il est capable de les traverser.
Et si, cette année, on laissait simplement la rentrée se faire ?
Que se passerait-il si nous faisions un peu moins… pour laisser davantage de place à nos enfants ?
Laissons la rentrée se faire. Sans chercher à tout prévoir, tout organiser, tout anticiper.
Faisons-leur confiance : confiance dans leurs ressources, dans leur capacité à s'adapter, à trouver leur place, à faire face aux petits obstacles qui ne manqueront pas de se présenter.
Et si une difficulté se maintient, plutôt que de persister à faire ce que nous faisons déjà, il peut être utile de s'arrêter et de se demander :
« Face à ce problème, qu'est-ce que je fais actuellement qui, malgré mes bonnes intentions, ne fonctionne pas ? Et que pourrais-je essayer de faire différemment ? »
C'est souvent en arrêtant de s'entêter à faire ce qui ne fonctionne pas que l'on ouvre la possibilité d'un changement.
Alors, pour cette rentrée, peut-être pouvons-nous faire un pari différent : ne pas chercher à tout prévoir, faire confiance à nos enfants… et attendre qu'un problème se présente avant de chercher à le résoudre.
Pour aller plus loin sur ces dynamiques familiales, vous retrouverez 15 situations cliniques détaillées — de la petite enfance jusqu'à l'entrée dans l'âge adulte — dans mon ouvrage : Itinéraire d'un parent déboussolé (Éditions SATAS, 2026).
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