Surmenage des enfants : Burnout

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De plus en plus de spécialistes de l’Enfance tirent la sonnette d’alarme.

7 mars 2016 · Lecture : min.
Surmenage des enfants : Burnout

Bien que ce phénomène ne soit pas nouveau, les cabinets de psychologues ne cessent d'accueillir des enfants toujours plus jeunes, en état de stress excessif et au bord de l'épuisement.

On a coutume de parler de burnout professionnel ou du burnout des jeunes parents, beaucoup moins, de l'état de surmenage des enfants. Et pourtant, chaque année, de nombreux écoliers sont victimes d'un grave état d'épuisement physique ou psychologique.

Pour définir le burnout chez l'enfant, nous pourrions dire qu'il s'agit d'un excès de stress sur une période trop longue, suite à une pression trop forte. Comme le souligne leProfesseur Stéphan Eliez, pédopsychiatre et directeur de l'Office médico-pédagogique du canton de Genève : « Le burnout chez l'enfant survient lors d'un épuisement, un effondrement dépressif. Il vit une surcharge excessive qui n'est pas proportionnelle à sa capacité d'y répondre ».

En cause, l'exigence de performance, tant du point de vue des enseignants que des parents eux-mêmes. Les enfants se trouvent face à une multiplicité des attentes, la première étant de réussir leur métier d'enfant qui consiste à réussir brillamment à l'école. Les exigences scolaires sont de plus en plus importantes : présence et attention en classe entre 35 h et 40 heures par semaine, angoisse de l'appréciation, du contrôle, sanction de la note. Le soir ou le week-end, ce n'est pas terminé. Aux devoirs à la maison s'ajoutent les souvent trop-nombreuses activités extra-scolaires : sport, langues étrangères, musique et autre. L'enfant se doit d'être performant sur tous les plans. Pas de temps mort, il se voit obligé de planifier et optimiser son tempsdans un souci d'efficacité, tout comme un adulte.

Outre l'hyperstimulation à laquelle ils se trouvent confrontés, l'attitude des parents renforce aussi parfois cette pression, à travers la comparaison permanente par exemple. Il n'est pas rare que l'enfant soit encouragé à entrer en compétition non seulement pour se dépasser lui-même mais aussi pour dépasser ses camarades. Certains établissements scolaires participent à cette course effrénée aux résultats en instituant des classements, mettant en œuvre des standards de réussite très élevés.

Devant cette course, certains enfants devront multiplier les efforts pour se maintenir dans la moyenne ; tandis que pour d'autres qui ont plus de facilités, on aura tendance à renforcer encore un peu plus le niveau d'exigence. Bilan des courses : face à ces attentes trop lourdes à gérer, les enfants ne sont plus dans le plaisir d'apprendre. Seul compte la nécessité de faire plaisir à leurs parents…

Loin d'être malintentionnés, en multipliant les activités extra-scolaires, les parents pensent agir pour le bien de leurs enfants. En leur donnant ce qu'ils estiment être, toutes les chances de réussir, c'est un peu comme s'ils se prémunissaient contre l'angoisse de l'avenir dans une société où il n'est question que de crise économique et de chômage. Craignant que leur enfant ne soit un jour confronté à la précarité, ils leurs transmettent leurs propres angoisses en voulant faire d'eux, des graines de champions. Ces injonctions de réussite trouvent aussi parfois un écho dans le propre sentiment de réussite (ou non…) des parents. L'enfant peut être sommé de réussir par procuration là où eux, estiment ne pas avoir réussi…sans compter qu'à travers la capacité de réussite des enfants, c'est un peu le sentiment de « compétence » dans notre rôle de parent qui se trouve évalué. Attention, quand l'enfant n'est plus qu'un « faire-valoir » et n'est plus regardé que comme un « objet de réussite », on n'est pas loin de la maltraitance.

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Comment se manifeste cet excès de stress ?

Sur le plan physique ce malaise peut s'exprimer par des troubles du sommeil, de l'alimentation, des maladies à répétition : maux de tête, maux de ventre difficilement explicables. Les enfants peuvent éprouver une véritable lassitude sur le plan physique et un un état d'épuisement sur le plan intellectuel. Une tristesse permanente, un changement de comportement (irritabilité…) doit vous alerter. L'enfant désinvestit peu à peu ses activités, il est envahi par un sentiment d'échec permanent tant les objectifs lui semblent de plus en plus inatteignables. Certains enfants vont jusqu'à faire de véritables crises d'angoisses allant dans les cas extrêmes jusqu'à la crise de panique au moment de se rendre à l'école.

Cette pression permanente est donc complètement contre-productive puisque le stress ambiant épuise le mécanisme intellectuel des enfants. Plus l'objectif à atteindre semble être hors de sa portée, moins l'enfant se sent capable, plus il se déprécie. Ce qui aura pour effet de renforcer davantage encore la pression qu'il va se mettre lui-même pour y parvenir. Il rentre dans un état d'hyper-contrôle, voire de perfectionnisme pour tenter de répondre à l'injonction de réussite toujours plus stressante. Cette course effrénée n'encourage pas leur estime personnelle ou leur confiance en eux ; encore moins le développement de leur personnalité car cela leur renvoie le sentiment de ne jamais être à la hauteur.

Comment remédier à cela ?

La première chose à faire est certainement de reconsidérer l'emploi du temps de votre enfant. Réapprenez-lui à se détendre. Laissez-lui le temps de souffler, de rêvasser, voire de s'ennuyer…

Par ailleurs, il faut absolument sortir de cette exigence de réussite. Cessez toute forme de pression, notamment face aux résultats scolaires. Laissez votre enfant apprendre au rythme qui est le sien et pour cela, cessez d'être dans la comparaison permanente. S'il ne réussit pas cette fois-ci, il réussira la fois d'après. Redonnez-lui confiance en lui en le rassurant sur ses capacités, en encourageant ses efforts et ses réussites, plutôt que de blâmer ses échecs.

Attention, l'enfant n'est pas toujours en mesure d'exprimer le stress ou la pression qu'il ressent. Si des signes préoccupants vous alertent quant à son état d'épuisement, n'hésitez pas à consulter avec lui, un professionnel compétent pour prendre en charge sa souffrance.

  • « Papa, Maman, laissez-moi le temps de rêver » - EttyBuzyn – Albin Michel – 1995 – 185 p –13 €
    • « Ces enfants malades du stress » - Gisèle George – Format Poche – 2005 – 150 p – 5,74
    • « Toujours mieux, psychologie du perfectionnisme » - Frédéric Fanget – Odile Jacob – 2006–223 p – 21,90 €
    • « Le burnout des enfants : comment éviter qu'ils ne craquent ? » - Béatrice Millêtre – Ed° Payot – A paraître en 03/2016 – 16 €

Patricia Cattaneo, Conseillère Conjugale et Familiale

Photos : Shutterstock

Écrit par

Patricia Cattaneo

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