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Tout gérer, la charge mentale des femmes

Article révisé par le Comité Psychologue.net

La charge mentale, c'est l'idée selon laquelle les femmes seraient encore responsables en majorité du bon fonctionnement du foyer, une charge encore peu partagée dans le couple.

7 juin 2017 · Lecture : min.

Même si les tâches ménagères et du quotidien sont de plus en plus partagées dans un couple, les tâches de gestion et d'organisation pour assurer le bon fonctionnement du foyer pèsent encore lourdement sur les femmes. Une situation qui se nomme la "charge mentale", et qui épuise les femmes au quotidien.

Il est vrai que les droits des femmes sont de plus en plus mis en avant, que des voix s'élèvent, toujours plus nombreuses, pour dénoncer les inégalités flagrantes dont les femmes souffrent au quotidien. Et de plus en plus, l'on peut entendre aussi des voix parler de ces petites choses insidieuses, qui ne s'apparentent pas à du sexisme ou à un manque de droits, mais à un réel déséquilibre sociétal, et qui pèsent sur les femmes. C'est le cas de la charge mentale.

Selon la chercheuse Nicole Brais, de l'Université de Laval, il s'agit d'un "travail de gestion, d'organisation et de planification qui est à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectif la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence". La charge mentale, c'est donc ce qui fait que les femmes engagées dans une relation hétérosexuelle vont souvent se retrouver à devoir tout gérer : la fréquence des machines à laver, ramasser ce qui traîne, prévoir les rendez-vous chez le médecin, préparer le dîner pour les amis... Même si les conjoints s'impliquent de plus en plus dans le partage des tâches ménagères, l'organisation et la planification du quotidien reposent encore souvent sur les femmes.

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Quelle différence entre charge mentale et répartition des tâches ?

La différence se situe dans le fait de faire et d'organiser. De plus en plus, dans le couple, les tâches ménagères sont réparties équitablement, mais ce sont les femmes qui assument pleinement le travail de planification. C'est un travail invisible, qui se fait souvent en pensée, et dont les conjoints peuvent ne pas se rendre compte.

Il est important de parler de la charge mentale, car, en gérant toute l'organisation du foyer, les femmes grignotent sur leurs autres activités : emploi, vie sociale, loisirs... C'est du temps inégalement distribué, car perdu pour les femmes, et utilisé par les hommes pour assurer leur carrière, pour leurs loisirs ou leur vie sociale. Or, dans notre société moderne, chacun devrait avoir sa part.

La gestion du foyer, un travail à plein temps

Malgré une nette amélioration, le partage des tâches ménagère est encore représentatif des inégalités hommes-femmes (en 2010, les femmes prenaient encore en charge 64% des tâches domestiques et 71% des tâches parentales). Prendre soin de sa maison et de ses enfants est déjà épuisant, mais lorsque la charge de supervision s'ajoute, cela peut devenir réellement pesant.

D'ailleurs, en entreprise, la gestion de projet est un travail compliqué et à plein temps. Et la gestion d'un foyer peut vite devenir elle aussi un travail de gestion à plein temps : on part se promener mais on se souvient qu'il manque du pain, on essaye de prendre du temps pour soi mais on se souvient qu'il faut acheter un cadeau pour untel...

Dans son livre "Et si on en finissait avec la ménagère?", François Fatoux, ancien membre du Haut Conseil à l'Égalité entre les hommes et les femmes, souligne que les femmes doivent jongler entre leur emploi rémunéré, leur emploi de parent, leur emploi domestique, tout en conservant une vie sociale et de couple. Un travail harassant : "à la tête de véritables PME, elles doivent ainsi posséder de multiples compétences de gestion de stock, d'anticipation de crise (qui s'occupera des enfants en cas de grève des enseignants?) et d'organisation de planning, qui seraient louées en entreprise".

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Et lorsque beaucoup de femmes se plaignent de la charge, leur compagnon peut leur répondre, sans animosité aucune : "mais il suffit de me demander". Or, attendre d'une personne qu'elle nous dise ce que l'on doit faire, c'est la voir comme responsable des tâches domestiques.

Une faute partagée

Ceci étant, la charge mentale n'est ni la faute des uns ni des autres, c'est une responsabilité partagée. On apprend en effet aux femmes, dès l'enfance, à avoir un seuil de tolérance bas lorsqu'il s'agit de la propreté du foyer. Souvent, ce sont nos propres mères qui avaient en charge l'organisation du quotidien, et nous reproduisons ce schéma inconscient. Quant aux garçons, ils intègrent eux-aussi le fait qu'ils sont plus habilités aux tâches manuelles (comme le bricolage) et qu'ils ont un seuil de tolérance plus haut à la propreté et au désordre. Ce qui fait que, adultes, on se trouve dans une position d'infantilisation, où les femmes expliquent à leurs conjoints leurs tâches, et ceux-ci se contentent d'exécuter.

Mais évidemment, nous ne naissons pas avec les gènes du ménage. C'est aux deux parties d'apprendre à changer : aux femmes d'apprendre à lâcher prise, et aux compagnons d'apprendre à assumer leur part dans l'organisation du foyer. Ceci implique aussi qu'il faut revoir son seuil de tolérance et accepter que la manière de faire de l'autre soit différente de la nôtre.

Ainsi, si le linge qui s'accumule vous insupporte mais que votre compagnon n'y fait rien, essayez de prendre sur vous pour voir à quel moment cela atteindra son propre seuil de tolérance. Vous pouvez aussi discuter avec votre partenaire pour essayer de redistribuer les tâches : ménage, courses, gestion des enfants, de l'administratif... Il y a tellement à faire que deux personnes ne sont pas trop.

Photos : Shutterstock / Unsplash

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