Violences relationnelles : les reconnaître, les comprendre, s’en protéger
Aucune relation ne donne le droit d’écraser, de contrôler ou d’instiller la peur. La bienveillance, le respect et la sécurité émotionnelle ne sont pas des privilèges : ce sont des fondements indispensables de toute relation.
Les violences relationnelles regroupent l'ensemble des comportements qui portent atteinte à l'intégrité psychologique, émotionnelle ou sociale d'une personne dans une relation. Elles peuvent se manifester dans le couple, mais aussi dans les relations familiales, amicales, scolaires ou professionnelles.
Contrairement à une idée répandue, la violence ne se limite ni aux cris ni aux coups. Elle peut être subtile, répétée, insidieuse. Les violences relationnelles s'expriment souvent à travers le langage et la manière de s'adresser à l'autre. Elles instaurent une pression et/ou une tension émotionnelle qui rendent la relation difficile, angoissante, parfois toxique.
Qu'appelle-t-on violences relationnelles ?
« Je ne sais pas si ce que je vis est normal… mais je ne me sens plus moi-même. »
C'est souvent ainsi que s'expriment les personnes qui cherchent de l'aide pour comprendre ce qu'elles subissent. Voici quelques exemples de comportements générateurs de souffrance relationnelle :
- dévalorisation, humiliations, sarcasmes répétés ;
- contrôle excessif (des fréquentations, du téléphone, des choix personnels) ;
- culpabilisation constante ;
- menaces implicites ou explicites (abandon, rejet, sanctions affectives) ;
- isolement progressif ;
- inversion de la responsabilité : « Si je me mets en colère, c'est à cause de toi ».
Ces violences ne laissent pas toujours de traces visibles. Elles peuvent être silencieuses, progressives, et pourtant profondément destructrices. Avec le temps, elles conduisent à l'isolement social, à une anxiété chronique, à une perte de l'estime de soi, ainsi qu'à des états d'hypervigilance ou de dissociation — des manifestations que l'on regroupe sous le terme de symptômes post-traumatiques. Les violences relationnelles sont ainsi une source majeure de traumatismes psychologiques.
Mais que faire lorsque l'on se sent pris — presque prisonnier — d'une telle relation ?
La violence relationnelle comme perte du soutien à soi
En psychothérapie, le repérage commence par l'écoute active des signaux verbaux et non verbaux : minimisation des faits ("c'est rien"), justification de l'autre ("il/elle est stressé(e)"), confusion perceptive ou doute de soi récurrent. Lorsqu'une relation est devenue traumatisante, un travail spécifique de désensibilisation du système nerveux par le mouvement oculaire s'avère utile, voire nécessaire. Cela s'impose surtout lorsque la relation actuelle ressemble à une répétition d'autres relations de la vie de la personne, souvent durant l'enfance. Cela peut s'originer dans des relations familiales, de fratrie, amicales, scolaires ou professionnelles. Le harcèlement, le bullying le gaslighting et d'autres abus laissent des traces souvent profondément ancrées. Il s'agit alors de les dévoiler, les comprendre et les transformer.
La Gestalt-thérapie va porter en regard particulier sur les violences relationnelles. C'est une thérapie relationnelle, dans la mesure où elle s'intéresse à la manière dont une personne est — ou n'est pas — en contact avec elle-même et avec le monde qui l'entoure. Plutôt que de chercher à éradiquer la violence par le contrôle, la Gestalt vise à restaurer la capacité d'être en contact, le soutien à soi et la responsabilité relationnelle. Elle ouvre des voies concrètes pour transformer la violence en conscience, en choix et en capacité de relation vivante.
La violence relationnelle est souvent liée à une fragilisation du soutien à soi, qui se manifeste notamment par :
- une difficulté à percevoir et poser ses limites ;
- une confusion entre besoins et exigences ;
- une peur du conflit ou de la séparation ;
- une dépendance accrue au regard de l'autre.
Dans ce contexte, on peut en venir à tolérer l'intolérable ou, à l'inverse, à exercer soi-même une forme de violence pour éviter un sentiment d'impuissance. L'emprise relationnelle génère alors des affects complexes, tels que la honte et la culpabilité.
Le travail sur l'ici-et-maintenant
En Gestalt-thérapie, le thérapeute invite à explorer ce qui se déroule dans le présent de la séance : sensations corporelles, émotions émergentes, mouvements de retrait, d'attaque ou de figement qui apparaissent dans la relation. Ce travail permet de rendre visibles les micro-processus de violence intériorisée ou relationnelle.
L'accompagnement thérapeutique soutient une meilleure connaissance de soi et ouvre des espaces d'expérimentation où il devient possible de :
- s'entraîner à dire « non » ;
- ralentir le rythme relationnel lorsque cela est nécessaire ;
- différencier ressenti, émotion et passage à l'acte ;
- tester une parole plus claire et plus ajustée ;
- explorer la colère comme signal de limite, plutôt que comme violence.
L'expérimentation au sein d'une relation thérapeutique sécurisée renforce la capacité à dire stop et soutient l'autonomie. Progressivement, il devient possible de repérer les signes précoces de la violence relationnelle : tensions corporelles, émotions évitées (peur, colère, tristesse), moments où l'on se coupe de soi-même pour préserver la relation.
Ces nouvelles expériences restaurent la capacité à être en contact avec son ressenti, ses émotions et ses besoins, et contribuent à prévenir la répétition de dynamiques violentes.
Plus qu'une lutte contre la violence, la Gestalt-thérapie propose une réhabilitation du lien vivant — un lien dans lequel chacun peut exister pleinement, sans se perdre ni dominer l'autre. Elle permet de transformer des dynamiques violentes en opportunités de croissance, de différenciation et de responsabilité relationnelle.
Références
Coutanceau, R. (2015). Le changement en psychothérapie des victimes de violences. Mémoire Traumatique et Psychanalyse. Delville, J. (2007). Agressivité, violence et relation thérapeutique. Cahiers de Gestalt-thérapie, 21(2), 119-140. Hirigoyen, M.-F. (1998). Le harcèlement moral. La Découverte. Taylor, M. (2018). Psychotraumatisme et gestalt-thérapie : une approche relationnelle. Le Journal des psychologues, 359(7), 30-35.
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