Vive le Burn-out !

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Le burn-out, trouble majeur de notre société, déborde aujourd'hui largement le monde professionnel où il a d'abord été identifié. Peut-il être un moment essentiel et positif dans notre vie ?

9 déc. 2018 · Lecture : min.
Vive le Burn-out !

Vous connaissez peut-être ce moment où il n'est plus possible de se lever le matin pour aller travailler, s'occuper de sa famille, où juste bouger, marcher, respirer en paix. Le corps reflète l'épuisement du système nerveux, le cerveau lâche, vous oubliez jusqu'à la phrase que vous venez de dire. Le deuxième cerveau, celui du ventre, ne peut plus digérer les émotions. Elles demandent pourtant à être accueillies d'urgence, sans jugement, avec empathie, force et bienveillance.

Le burn-out expliqué

Le sommeil fuit alors qu'il est indispensable, ou au contraire, assommé pendant des heures vous ne sortez plus de votre lit. L'anxiété vous réveille ou vous fait tourner et retourner les mêmes phrases dans votre tête. Tout vous devient insupportable. Vous vous sentez fragile, incapable de faire face à un conflit, parfois même seulement à une relation, vous souffrez de phobie sociale. Impossible d'assumer vos responsabilités, de remplir un énième papier administratif. Dans les cas les plus liés à la maltraitance du monde professionnel, l'idée de retourner au travail vous donne la nausée, vous fait même vomir pour de vrai. Et sinon ce sont vos enfants que vous avez envie de jeter par la fenêtre, ou votre partenaire, et c'est la liste des courses au supermarché ou les devoirs de l'école qui vous amènent direct aux toilettes.

Le corps lâche tellement que vous pensez avoir un cancer ou être au bord d'un AVC, peut-être une tumeur au cerveau ? Ou encore la maladie de Lyme ? Non, vous êtes en burn-out, comme de plus en plus d'adultes, de plus en plus jeunes. Et cela commence à toucher les adolescents et les enfants sous des formes un peu différentes car le corps plus jeune encaisse mieux.

Ce burn-out est essentiellement dû aux charges mentales et émotionnelles démentes que réclame notre société, surtout aux familles avec enfants. C'est pour cela que l'on parle maintenant de burn-out familial par exemple, ou maternel, et bientôt étudiant, lycéen, ... et jusqu'au nourrisson bientôt j'en suis persuadée. Quand j'écrivais il y a quelques années sur le burn-out familial, le "B.O.F.", que j'identifiais de plus en plus souvent dans mes consultations, le terme était inaudible. On le trouve maintenant à la une de tous les journaux et réseaux parlant du sujet.

Le burn-out n'est pas une dépression, même si certains symptômes peuvent être similaires. Il n'est pas une dépression car la personne peut être épanouie dans sa vie, aimer son métier, son partenaire, ses enfants, voire même être très créative, et souffrir quand même d'un burn-out. Une des caractéristiques de la dépression, la plainte lancinante, est la plupart du temps absente du burn-out. La dépression est le fruit de longues années, depuis l'enfance, de maltraitances ou de déni de soi. Ou la conséquence de deuils non faits qui se sont accumulés. Le burn-out touche des personnes qui peut-être ont la même histoire, mais qui surtout n'ont pas su ou pu se protéger de l'excès de contraintes et de souffrances provoquées par la société post-moderne. Nous sommes reliés, certains plus que d'autres, à ce qu'il se passe dans le monde : la planète brûle (la photo qui accompagne cet article est une pancarte faite pour une marche sur le climat), les services publics et sociaux brûlent, les familles et les couples brûlent, nous brûlons. De plus en plus de personnes très sensées nomment l'effondrement. Il y a même un nouveau mot pour cela, la collapsologie. La société toute entière, la planète, le climat, souffrent de burn-out !

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Que faire alors ?

Comment utiliser ce moment de crise de manière résiliente ? Comment en faire un tournant majeur et positif de votre existence ?

Exactement de la même manière qu'il faudra agir pour arrêter les désastres écologiques et sociaux :

  • d'abord accepter de vous arrêter, arrêter le déni avant d'en mourir, car le corps finit vraiment par somatiser de manière grave si les émotions ne sont pas entendues. Arrêt, repos, décroissance, calme.
  • écouter vos besoins fondamentaux : sommeil, nourriture, contacts humains, contact avec la nature.
  • vous faire plaisir en renouant avec des choses simples et créatives : faire des ronds dans l'eau, construire une pyramide en allumettes, chanter, danser, jongler ... Qu'aimiez-vous faire quand vous étiez petit ?
  • renouez avec la nature si vous avez perdu ce contact essentiel. Les arbres et les animaux sont des thérapeutes incroyables.
  • donnez du temps, dès que vous le pourrez, à vos relations intimes et importantes. Développez, dès que vous le pourrez, votre empathie en vous ouvrant à des activités solidaires mais de manière tranquille et créative, pas dans la contrainte et le poids de la culpabilité. La culpabilité est le premier ennemi de la personne en burn-out. Dès qu'elle retrouve un peu d'énergie vitale, elle pense à retourner au travail ou à faire dix milles nouvelles choses pour sa famille. Non. Pour ne pas retrouver un jour prochain le même problème, en dix fois plus fort.
  • choisissez une psychothérapie qui ne soit pas le reflet des problèmes de la société : mécaniste, prescriptive de médicaments chimiques, peut-être temporairement utiles, mais peut-être pas, rationaliste, souvent inhumaine, jugeante, sans empathie, ou juste intolérante aux expressions émotionnelles, immature. Prenez le temps de vous renseigner et de trouver la bonne personne pour vous, peut-être hors des circuits classiques.
  • dans un deuxième temps développez votre créativité, écrivez, dessinez, exprimez-vous. Dans le burn-out l'estime de soi est en chute libre. Créer, vous sentir capable hors du champ professionnel et des contraintes familiales, va vous permettre de retrouver confiance en vous.
  • donnez toute sa place au corps que vous avez sûrement laissé utiliser comme esclave par la société du travail et de la consommation. Reprenez contact avec lui, massez-le, faites-lui faire de l'exercice dans le respect de ses limites, nourrissez-le bien, souriez-lui, aimez-le. Il est la clé de votre vie !

Dans cette approche résiliente, le burn-out peut être une des meilleures choses qui vous sera arrivé dans votre vie, un vrai moment de changement, de retour ou de voyage vers votre essentiel.

La seule chose qu'il vous faut brûler maintenant, ce sont vos navires ! Pour ne surtout pas revenir en arrière, où les mêmes causes produiraient les mêmes effets. Alors n'ayez pas peur, ça brûle, mais c'est pour un nouveau départ, une nouvelle aventure, un nouveau continent à découvrir !

Illustrations : Liane Langenbach

Écrit par

Marie-José Sibille

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Commentaires 2
  • Eléonore Martin

    C’est un article parfait, exhaustif ! Penser à brûler ses vieux navires est la clé pour en finir et ne plus jamais connaître cette traversée houleuse. ... changer de Cap ! Et là oui, ce burn-out devient une chance, une nouvelle chance pour être « vivant »

  • Béa

    Merci pour le programme, yapuka…