Anxiété et dépression a répétition, que faire ?
Bonjour,
Ce message risque d'être un peu longuet, mais je me lance. J'ai 33 ans, un homme gay (assumé au travail, avec les amis et auprès de ma famille) mais célibataire (je pense en souffrir) depuis toujours et pourtant je suis plutôt beau garçon, après un parcours scolaire en dent-de-scie, c'est en 2018 que commence la dégringolade.
Jusque-là, tout va bien, je considère avoir une enfance heureuse, pas de traumatismes particuliers qui m'apparaissent comme tels à mon esprit (je pense aux moments qui habituellement sont considérés comme traumatiques, ma mère était sévère certes, mais je n'ai pas l'impression de ressentir mon vécu infantile comme un trauma). Mon adolescence est plus compliquée, je mets en place des stratégies (ne pas prendre soin de moi, me rendre indésirable et le plus invisible possible) pour éviter de dévoiler mon homosexualité dans un contexte social délicat (conservatisme ambiant en campagne, peur de l'ostracisme, peur qu'on s'en prenne à ma famille à cause de mon homosexualité) que je pense être inconscientes.
J'ai l'impression que c'est également à ce moment-là que je "m'éteins" à comprendre que j'ai l'impression de "taire" ou "éloigner" mes émotions, ne rien dévoiler.
À ce moment-là, ma maman tombe dans le handicap (elle est désormais en chaise) et arrête son travail, mais ça semble aller, on en parle ouvertement en famille, on s'adapte, les politiques publiques de handicap couvrent les besoins de la famille. Mon papa est assez peu communicatif, de nature discrète, fais une dépression (il est à ce jour toujours sous antidépresseur) caractère que je semble avoir hérité. Bref, je m'entoure de personnes bienveillantes et à l'esprit ouvert pour " leur confesser mon secret plus tard". L'école obligatoire arrivant à sa fin, je cherche à faire du cinéma, l'idée était de m'exprimer à travers l'art, dénoncer les violences, les injustices et peut-être rendre compte de mon état. Je m'éloigne dans une ville à 1h30 de chez mes parents pour y suivre une école d'art et de communication. À l'occasion d'un stage à Paris, je profite pour faire mon coming out à mes amis et à ma famille avec qui j'ai été assez distant, ouf, tout se passe bien. Le stage se termine, ma formation aussi, je rentre chez moi dans mon studio.
Je travaille comme étudiant dans un cinéma, je suis en contact d'universitaires qui me font découvrir les sciences humaines et politiques. Cela tombe bien, je me sens très peu formé par ma précédente formation (communication et marketing) et mes stages très peu formateurs ont nourri un sentiment d'imposture énorme : jamais je ne pourrais entrer dans le monde du travail en étant si mal formé. Par ailleurs, mes valeurs ont changé, je comprends l'hypocrisie de la communication (dont le seul but est de pousser à consommer n'importe quoi). Je décide de faire une prépa et d'entrer à l'université. Je fais un Bachelor en science politique, qui m'a intéressé au plus haut point, j'ai l'impression de comprendre le monde, d'en saisir ses enjeux, les rapports de force entre les différents acteurs... Je poursuis avec un Master en sciences sociales, j'en tire une énorme satisfaction à comprendre le monde, j'ai l'impression d'en observer les coulisses, c'est satisfaisant. Entre-temps, je travaille dans le support informatique de l'université comme étudiant, ayant été licencié par le cinéma (nous avons été plusieurs à être licenciés pour une raison qui nous échappe encore, sans avertissement ni recadrage, dommage, cela alimente mon sentiment d'injustice). Du côté sentimental, c'est le vide, je cumule les relations sexuelles et les rencontres, mais je me surprends à trouver des défauts chez tout le monde (trop pauvre, pas assez éduqué, pas stable). Je me dis que le couple est une perte de temps, que je suis mieux seul et que j'ai le temps. Mes valeurs sont alors très portées sur l'écologie, l'égalité et la justice.
On est en 2018. Je vis un événement de santé particulier, dysurie (urine brulante) et sang dans l'urine. C'est la descente aux enfers, j'expérimente pour la première fois l'anxiété extrême, des ruminations et des pensées obsédantes qui me disent que j'ai le SIDA, et que je vais mourir). Je n'arrive plus à dormir, je tremble dans mon lit, je me dit que je deviens fou et que je perds le contrôle, que je vais finir SDF, au social... Mon médecin traitant m'envoie chez une psychiatre. Ma situation mentale ne s'améliore que peu, j'ai des phobies d'impulsion (peur de me jeter sous le train) et j'expérimente la dépression. J'alerte tout le monde, amis, famille qui s'inquiètent énormément et m'entourent. Je travaille avec ma psy (TCC et systémique) et suis aidé d'un antidépresseur qui me fait sortir de mon état anxio-dépressif, en une semaine seulement (ce qui étonne ma psychiatre). Au final, mon problème de santé physique s'est terminé tout seul (c'était le stress, me dit-on). J'essaie de résoudre des choses en psychothérapie, de m'aimer davantage, de me foutre la paix, de m'ouvrir aux émotions (je suis sceptique). D'entente avec ma psy, on arrête le traitement antidépresseur.
Tout va bien jusqu'en 2020, c'est le confinement, mes parents me demandent de venir le passer chez eu, pour que l'on soit tous ensemble en famille (avec ma petite soeur), j'accepte avec plaisir (ma famille est très importante pour moi). Je suis en pleine rédaction de mon mémoire de Master, toujours célibataire, sans avoir expérimenté l'amour. Bref, je me sens sombrer à nouveau, ruminations de contaminations, pensée obsédantes, compulsions de recherche sur Internet les dernières nouvelles sur la covid, c'est le retour de la névrose et de la dépression. Rebelotte, antidépresseur (même molécule) et psychothérapie avec ma psychiatre. Comme d'habitude, cela passe, le traitement s'arrête. Je termine mes études en plein confinement, j'obtiens la note maximale, on me parle de thèse mais ce projet est mis à mal par le confinement, je tente de passer à autre chose.
Mes études étant finies, je ne peux plus garder mon emploi au support informatique de l'université. Je m'inscrit au chômage, c'est difficile, je fais des entretiens pour des boulots qui ne m'intéressent pas du tout, je me fais recaler tous azimut. Je postule à absolument tout et n'importe quoi, pour des métiers qualifiés, moins qualifiés. A l'occasion d'un entretien d'embauche où l'on discute de ma personnalité (j'ai du faire des tests) je sens la trape de l'enfer s'ouvrir sous mes pieds. On est alors en 2022 : explosion de mon identité, je ne sais plus qui je suis, je me déteste, j'ai une peur bleue du monde et des gens, je n'ai aucun avenir, je me dis qu'on va me démasquer. Retour chez ma psychiatre, c'est reparti pour un troisième tour d'antidépresseur (toujours la même molécule). Je remonte la pente doucement. Ma période de chômage étant terminée, je frappe à la porte des services sociaux. Je suis à deux doigts de retourner vivre chez mes parents, ayant trois petits boulots payés à l'heure (caisse dans un théâtre, animation d'ateliers carrières, enseignement) qui ne me permettent pas de vivre seul.
Coup de chance, je décroche un poste de manager d'équipe dans le support informatique dans une grande école (CDI à temps plein), dans ma ville d'étude. J'accepte car je n'ai pas le choix, je me dis que c'est mieux que rien et que c'est un début. Cela ne correspond pas à ma formation ni à mes souhaits de carrière (je voulais faire dans la justice, la défense de la nature, améliorer la vie des autres) et tente de trouver un sens moral à ce travail (l'informatique pour moi est plus un problème qu'une solution aux maux du monde). Je me sens dans l'imposture la plus complète, même si j'ai des bons retours de mon supérieur. Mon état est stable, j'arrête la médication, je me retrouve avec un diagnostique borderline dans lequel je ne me reconnait pas (je ne me suis jamais mutilé, je n'ai pas d'accès de colère, j'ai une bonne relation avec mes amis et proches). Je vis et gagne bien ma vie.
J'en profite pour déménager, je troque mon studio pour un 2pièces flambant neuf au centre-ville, ultra confortable. Je fais du sport, je suis engagé en politique, j'entretien mes amitiés, vais au théâtre et autres événements culturels. Je suis toujours célibataire mais j'ai des sexfriends réguliers. On est en 2024, ma soeur qui s'était éloignée un temps fait construire sa maison dans ma ville d'origine pour revenir y vivre avec son mari et ses enfants. J'élabore un plan mental pour y retourner également, j'y ai ma famille et des amis, pourquoi pas ! Je me dis que je pourrais travailler environ 5 ans (pour des raisons d'employabilité sur le marché du travail) et trouver quelque chose plus proche de ma famille.
Soudainement, sans raison particulière, après les fêtes de famille, et à mon retour au travail, c'est la dégringolade, je rêve une nuit d'être emprisonné dans ma chambre, sans fenêtres ni portes, dans le noir absolu, soudainement, des ruminations et des pensées obsédantes m'envahissent : je m'imagine seul, tout le temps, comme je l'ai toujours été. Je me fais projeter par des angoisses atroces dans le futur : un homme vieux de 88 ans triste, faisant ses courses dans le supermarché habituel. Je me fais projeter en parallèle à ma retraite, dans mon emploi actuel, sans en avoir pu y changer, désintégration totale de mon identité. Sentiment d'enfermement, d'échec, de culpabilité, j'inquiète mes parents et mon entourage. Je me dis que cette fois c'est fini, je vais vraiment finir SDF ou invalide et je "traverse" les jours à mon travail, en faisant ce que je peux. Pire, je fais de la cybercondrie et passe mes journées à me renseigner sur des troubles psychologiques (témoigages, vidéos, articles plus ou moins scientifiques) sur Internet. Je demande à mon médecin mon antidépresseur et décidé de changer cette fois de thérapeute. Il faut croire que les thérapies prédentes n'étaient pas si efficaces...
Je me sens confus, je ne sais pas ce que je dois faire de ma vie, je suis pris dans un conflit : de retourner dans ma région d'origine ou de rester ici. Les deux ont des avantages et des inconvéniants. En même temps je me demande si c'est vraiment ça le problème. Est-ce que quelque chose d'autre, d'inconscient tente de me dire quelque chose ? J'essaie de comprendre pourquoi ces angoisses me sont apparues alors que ma vie "allait bien" ; je n'aime pas mon travail, qui est subit, mais je ne le déteste pas non plus (je n'ai pas/plus la croyance dans un travail épanouissant) d'autant que pour 2025, j'ai d'excellentes conditions d'emploi (protections et salaire). Par ailleurs, le temps passe et cela m'enferme dans un métier non désiré. Je me sens toujours dans l'imposture, toujours "éloigné" de mes émotions, que je n'affiche jamais selon mon entourage, j'ai l'impression d'être dans une impasse, d'être rigide.
Je pense que je ne suis pas là où je devrais être. Je ne sais pas ou ne veut pas m'écouter et j'ai peur de "tout foutre en l'air" , de faire des mauvais choix, de revivre la précarité. Je n'ai pas la force et/ou le courage de recommencer des études ou de faire autre chose à 33 ans. Ma vie intime semble inexistante, et j'ai même décidé d'arrêter les applications de rencontres, qui en 15 ans ne m'ont rien apporté sentimentalement (à part de chouettes amis). Je n'ai aucune confiance en l'avenir, je fais face à un vide existentiel important, je suis extrêment éco-anxieux et si mon état mental aujourd'hui est à nouveau plus ou moins stable (antidépresseur, molécule habituelle) je redoute les prochaines rechutes (mort de mes proches, amis, prochaines catastrophes environnementales, guerres). Que faire ?