J'ai revu la psy et j'en souffre

Réalisée par Adlibitum · 28 mars 2018 Thérapie brève

A chaque fois que je me sens de parler à la psy qui me suit, elle dit ou fait quelque chose qui m’en dissuade. Cela me confirme que les autres n’ont pas mon temps (qui est singulièrement long), qu’il ne viendra jamais personne, que personne ne sera au rendez vous. Mais le rendez-vous de quoi ? Si on me demande de le qualifier, je ne saurais que répondre d’autre à part : “comme vous voulez”, “si vous voulez” etc… toutes ces répliques que je m’entends dire, face aux sollicitations des autres, sans pouvoir les réprimer, car elles sortent/jaillissent brutalement, instinctivement, sans que je n’aie à les penser, ni ne puisse les stopper. Elles trahissent, je le sais, ma profonde résignation. Et mon mouvement vers la psy malgré toute cette résignation que j’exhale comme une seconde respiration me plonge dans une confusion paralysante et une désespérance de moi aussi infinie que l’océan.


J’ai le sentiment d’être une patiente indigne de la psy. Elle est brillante et moi si quelconque, si commune, même dans ma souffrance psychique : des cas comme moi, mêlant événements traumatiques durant l’enfance puis l’adolescence, et vacuité d’une existence ordinaire, elle en a croisé mille.



J’avais commencé à lui montrer quelques uns de mes dessins. Sans trop penser à la signification d’une telle démarche. Je voulais, je crois, qu’elle me trouve quelque chose d’intéressant. Souvent, quand j’allais la voir je découvrais ce que je lui disais sur ce que je ressens et ma façon de me percevoir. Tout ce que j’avais mis en mots durant la semaine, avant de venir en séance, s’évanouissait dans l’interaction, face à elle, pour laisser la place à d’autres considérations. C’est ainsi qu’une fois je me suis entendue lui révéler que je savais qu’il ne me suffirait pas de me poser là pour qu’on s’intéresse à moi, pour qu’on m’aime. Et que c’était l’une des raisons pour laquelle je me suis très tôt interdite d’être moi, et juste ça.



Un week-end, encore très occupée à hiberner et ponctuer mon bouffe-défèque-dort de larmes, j’ai retrouvé ma lucidité sur mes dessins qui, je dois le reconnaître,n’ont aucune portée artistique, n’apportent rien à l’Art, ne sont exportables dans aucun autre univers que le mien. Bref, on comprend l’idée, je crois.

Je ruminais évidemment et l’une des séances fut disséquée : elle avait regardé l’un de mes tableaux, fait en 2014, et m’avait dit : “c’est important pour vous”. C’était un truisme, auquel je ne sais toujours que répondre ou penser. Je mets du temps à comprendre. Ce qu’elle avait dit ce jour-là était une confirmation de mon pressentiment. Cela confirmait ce qui m’avait rapidement empêché de montrer mes dessins : ils n’ont de réel intérêt que pour moi. Ce sont mes bébés. Ce qui sort de moi est à l’image de ce que je porte en moi. Et, je suis une personne moyenne.


J’ai eu alors cette image de moi comme celle d’une gosse rapportant à la maison ses dessins affreux faits à l’école, dont elle est tellement fière et heureuse, que pour ne pas la blesser on va le coller à l’aide d’un magnet sur la porte du frigo et avec un peu de chance parmi tous les autres rdv importants à ne pas manquer, il arrivera à se faire oublier. J’avais cette même démarche envers la psy, adorable dans le monde de l’enfance, et tristement ridicule dans celui de l’adulte au talent modéré. Je cherchais probablement à ce qu’elle s’intéresse un peu à moi. J’étais sans doute dans une quête pré-consciente de cette admiration qu’elle ne pourra jamais me concéder.


Je n'ai jamais cherché l’admiration de tous ou du nombre, même le plus inconsciemment possible. Il n’y a toujours eu qu’une ou deux personnes dont j’eus cherché l’attention et pourquoi pas l’admiration. Ces personnes se distinguaient des autres. Semblaient en retrait. Brillantes, vives et hors de toute atteinte. Mais ça c’était avant. Maintenant, même ceux qui m’intriguent intensément me font aller vers eux à reculons, la peur au ventre.


Aujourd’hui, j’étais dans la salle d’attente, elle prenait congé du patient juste avant moi et je les ai entendu rire en se quittant. La plus belle des promesses à mon sens quant à l’envie de se revoir. J’en ai eu un pincement au coeur en y repensant sur le chemin du retour.


Cela ne nous est jamais arrivé et aucun risque pour l’avenir.


Il n’y a aucune connexion entre la psy et moi. Et presque depuis le début il est question de mettre fin au suivi. Elle ne s’y sent pas à l’aise - elle l’a admis en préambule d’une séance qui s'annonçait mutique - moi non plus du coup. J’ai le sentiment désagréable et douloureux de la forcer. Aujourd'hui, j’ai eu envie de lui dire en partant, très amère : je vous laisse à vos vrais patients. Adieu. Il me brûle encore de le lui dire.


J’en souffre et pourtant je n'arrive pas à renoncer. Je n'ai pas la force de tout arrêter avec elle. Je meurs autant d’envie de fermer sa porte définitivement que de la revoir. Et je suis terriblement frustrée et gênée de ne pas réussir à libérer ma parole en séance, de lui prendre un temps précieux qu’elle pourrait consacrer autrement et mieux. Je n'ai même pas réussi à lui raconter ces rêves horribles que je fais. Ils ont l’air tellement réels. Je commence à lui parler et puis ça me bloque quand un mot trop haut arrive ou que l’image paraît si sale. C'est deux extrêmes. Je m’y perds. Je ne me sens connectée à moi-même que par écrit et quand je dessine. A l’oral c’est comme si je me dédoublais de sorte qu’il m’est impossible de ressentir ce que je dis. Je me dis, je m’entends et me juge. Je m’oblige à cadrer avec l’image que je me fais de moi à l’instant où je parle. Alors je m’interromps puis je cherche le regard de la psy. Et je vois combien je suis fade.

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Meilleure réponse 29 MARS 2018

Bonjour Madame,

Vos messages montrent une grande aisance d'expression écrite, et une fine description de vos émotions face à la psy et aux autres, rencontrés dans la "vie réelle". Tout ça c'est la preuve d'une grande sensibilité et intelligence... : quel dommage que vos croyances ne vont pas (encore) dans ce sens...

La haute idée que vous avez de votre psy (et des autres patients), associée à la honte que vous vivez quand vous êtes face à elle vous bloque...

Les émotions véhiculées en séances sont souvent partagées : vous, vous êtes angoissée à l'idée de dire ce que vous aimeriez dire, et aussi bloquée par peur de vous montrer telle que vous penser être... (vous avez une image très négative de vous, et certainement complètement fausse : vous confondez votre personne avec les éléments négatifs de votre vécu), l'envie de "plaire" à votre psy..., et l'envie qu'elle vous montre à la fois de la compréhension et de l'amour..., celui qui vous a probablement souvent manqué.

Elle... elle est mal à l'aise parce qu'elle sent votre malaise.., elle "entend" votre blocage et peut par moments se sentir "incompétente" face à vous : et elle a osé vous le dire, peut être trop tôt..., puisque vous l'avez encore pris comme un "reproche"..., comme un signe de votre "faditude"...
C'était un signe de confiance de sa part : elle misait sur votre compréhension... de la situation que vous vivez toutes les deux en séance.

La thérapie est un échange de paroles et d'émotions...

Il y a des personnes qui ont besoin des années pour commencer à parler "vrai"...: vous en faites peut être partie ?

Peut être qu'une position allongée et hors du regard de la psy (sur le divan) vous aiderait... à vous "lâcher" un peu.

Arriver à lire petit à petit ce que vous avez écrit ici est-ce envisageable pour vous ?

Je ne crois pas qu'il n'y a aucune connexion entre la psy et vous : le lien existe bel et bien, mais vous le ressentez comme étant de la même nature que vos autres liens dans la vie : vous oscillez entre lui attribuer "la perfection" (et attendre qu'elle vous comprenne sans paroles) et un manque total d'empathie et de compréhension de vos attentes, voire l'indifférence et/ou le mépris.

Faites vous un peu plus confiance et continuez à aller la voir en commençant à lui dire ce que vous ressentez : c'est la condition pour que vous changiez votre regard sur vous et sur les autres : personne n'est "tout blanc"... ni;.. "tout noir". Intégrer cette ambivalence est un des objectifs forts de toute thérapie.

Et pour vous provoquer un peu... j'ai envie de vous écrire une vérité : chaque patient est unique et présente un intérêt singulier pour "son psy"..., donc vous aussi.
Mais... il faut osez parler de vos émotions, vos pensées et votre histoire, celle qui vous a rendu unique, et qui vous fait aussi tant souffrir.

Bon courage et bonne continuation à vous !
sp

Silvia PODANI Psy sur Issy-les-Moulineaux

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28 MARS 2018

Bonjour Madame,

Une petite question: voyez-vous cette psy dans le cadre d'un CMP ou autre organisme, ou en libéral? Il me semble qu'il serait préférable que votre suivi se déroule dans ce deuxième cadre et que vous puissiez payer vos séances.

Il serait peut-être également intéressant d'envisager une psychanalyse sur le divan.

Sinon, que vous dire? Que c'est à votre psy que vous devez rapporter ce que vous écrivez ici: c'est bien là l'objet des séances et de ce qu'en psychanalyse on appelle le transfert. Et puis aussi que vous pouvez écrire comme vous peignez et que vous dessinez et que ce qui est important pour vous, pour reprendre les mots de votre psy, peut également l'être pour les autres, quel que soit le médium.

Les mots de votre psy, c'est important pour vous, sont les mots d'un professionnel du soin psychique et non ceux d'un professionnel de l'art, elle a donc vu le tableau que vous lui avez montré sous l'angle de l'expression de vous-même sans nécessairement jauger la valeur artistique ou esthétique.

Quelques pistes de réflexion donc...
Bien cordialement,
Fabienne Verstraeten
Psychanalyste

Fabienne Verstraeten Psy sur Marseille

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