16 NOV. 2025
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Bonjour Morgane,
Tout d'abord, il vous a certainement fallu beaucoup de courage pour écrire ce message à la fois bouleversant et profondément important.
Vous décrivez une situation grave, où il y a eu violence physique, psychologique et mise en danger, en présence de votre enfant.
Ce que vous décrivez est de la violence conjugale. Ce n’est pas un simple “débordement de colère” ni un “comportement insupportable”.
Le fait qu’il vous ait poussée violemment, à deux reprises, en présence de votre bébé et alors que vous teniez un couteau, constitue une violence physique grave.
Les insultes répétées (“tu as plus de défauts que de qualités”, “je n’aime pas grand-chose dans ta personnalité”) sont des violences psychologiques.
Et le fait qu’il vous ait empêchée d’accéder à votre bébé, en se barricadant et en utilisant votre enfant dans le conflit, est une violence parentale — un comportement de contrôle et d’intimidation.
Même si, par ailleurs, il peut se montrer “soutenant”, “présent” ou “gentil”, cela ne compense pas ces actes.
Les violences conjugales s’accompagnent souvent de moments de douceur ou de normalité — c’est ce qu’on appelle le cycle de la violence : la tension monte, l’agression éclate, puis vient une phase d’apaisement où l’auteur semble redevenir attentionné. C’est ce qui rend ces situations si déconcertantes pour la personne qui les subit.
Votre hésitation est humaine — mais la situation reste dangereuse. Vous dites :
“Je me dis peut-être que ce n’est pas si grave son comportement.”
Ce doute est typique des situations d’emprise et de choc émotionnel. Quand la personne qu’on aime devient aussi celle qui fait peur, le cerveau essaie de rationaliser pour réduire la terreur : “il a juste perdu le contrôle”, “il m’aide tellement par ailleurs”, “il était fatigué”, etc.
Mais la gravité ne dépend pas de ses intentions, elle dépend des faits. Et les faits, ici, sont alarmants :
- Vous avez été poussée violemment à deux reprises,
- En présence de votre enfant,
- Dans un contexte où une arme potentielle était présente (le couteau),
- Et vous êtes régulièrement rabaissée verbalement.
Vous et votre bébé avez été en danger immédiat, et vous pourriez l’être à nouveau.
Par ailleurs, son changement de comportement n’excuse rien. Vous évoquez un changement depuis votre grossesse et la naissance. Il est possible que la parentalité ait réveillé chez lui des angoisses, des frustrations ou des blessures anciennes.
Mais cela n’excuse ni ne justifie la violence.
Beaucoup de parents traversent des périodes de stress extrême sans jamais devenir violents.
Ce qu’il fait relève de sa responsabilité pleine et entière, pas de la vôtre.
Votre bébé est aussi exposé à cette violence. Même s’il est petit, votre enfant ressent la tension, la peur, les cris, les gestes brusques.
Un bébé n’a pas besoin de “voir” une scène de violence pour en être marqué : il perçoit le danger dans le ton de la voix, les pleurs de sa mère, les mouvements brusques. Protéger votre enfant, c’est aussi vous protéger vous-même.
Maintenant vous devez vous mettre en sécurité. Je comprends que c’est difficile, mais la priorité absolue, aujourd’hui, est votre sécurité et celle de votre enfant.
Voici des étapes concrètes que vous pouvez engager dès maintenant :
- Contacter le 3919 (numéro national, gratuit et anonyme). Des professionnelles formées peuvent vous écouter, vous orienter vers un lieu sûr, un avocat, ou un accompagnement.
- Si vous vous sentez en danger immédiat, quittez le domicile temporairement (chez un proche de confiance) sans prévenir votre conjoint, et contactez la police (17) ou la gendarmerie.
- Notez et gardez toute trace des violences (messages, photos, certificats médicaux, témoignages).
- Parlez-en à votre médecin, à une sage-femme ou à un centre de PMI — ils peuvent rédiger un signalement ou vous orienter vers un réseau d’aide.
- Contactez un centre d’accueil pour femmes victimes de violences (ils existent dans la plupart des villes) pour un accompagnement juridique et psychologique.
Sachez que vous n’êtes pas seule, et ce que vous vivez est pris au sérieux. Vous êtes une femme qui essaie de comprendre, alors même qu’elle vit sous pression, peur et confusion.
Mais vous ne pouvez pas rester seule avec ça. Il existe des lieux, des associations, des professionnels pour vous accompagner — sans jugement, à votre rythme, avec douceur et sécurité.
Morgane, ce que vous décrivez n’est pas normal, ni tolérable, ni sans conséquence.
Vous êtes une mère et une femme qui mérite de vivre en paix, sans peur, sans humiliation.
Votre force aujourd’hui, c’est d’avoir écrit ce message : cela prouve que votre instinct de survie est encore là.
Maintenant, il faut le suivre et demander de l’aide sans attendre.
Je reste à votre disposition si et quand vous le souhaitez,
Prenez soin de vous,
Capucine Leboucher
Thérapeute de couple et Spécialiste des dynamiques relationnelles.