8 OCT. 2026
· Cette réponse a été utile à 0 personnes
Bonjour Camille,
Vous écrivez : « J’ai peur de me retrouver en face de lui et ne pas savoir quoi dire ». Et aussi : « Je ne sais pas vraiment comment expliquer ce que je ressens et si c’est même une raison de prendre rendez- vous. »
Ne pas savoir expliquer ce que l’on ressent n’enlève rien à la réalité de ce que l’on ressent. Vous écrivez d’ailleurs : « Ça fait longtemps que je ressens le besoin de vouloir parler à un psy ». Ce besoin, vous l’avez écouté jusqu’à prendre rendez-vous.
Vous cherchez quoi dire à quelqu’un d’autre. Je vous propose un pas de côté : vous écouter d’abord vous-même, parce que ce qui se passe en vous maintenant a déjà quelque chose à vous dire, avant tout mot préparé.
Si vous le voulez, prenez ce moment pour vous. Posez votre attention à l’intérieur de votre corps, sans chercher à expliquer, et dites-lui : « je te prends comme tu es ». Quand vous pensez à ce rendez-vous, où quelque chose se manifeste-t-il : la poitrine, le ventre, la gorge ? Est-ce plutôt lourd ou tendu, serré ou noué ? Restez-y quelques respirations.
Puis demandez-vous : « de quels sentiments cette sensation me parle-t-elle ? » Laissez venir vos mots à vous, même imparfaits.
Ensuite : « de quels besoins ces sentiments me parlent-ils ? » Un besoin n’est pas une chose à faire ni une phrase à réussir : c’est ce qui compte pour vous, tout au fond.
Un besoin senti dans le corps puis nommé est déjà reconnu, par vous-même, et il n’a plus à être prouvé, ni à vous ni à personne. Ce retour vers vous, c’est déjà de l’autonomie, et un chemin vers la solution.
Découvrez ici les outils de la méthode INTEGRIA, par laquelle j’espère ne plus laisser personne seul face à la souffrance : https://therapieintegria.com/explorer
Sandrine de Monsabert, docteure en sciences de l’éducation et psychopraticienne
Pour lire d’autres sagesses de vie, suivez-moi sur Instagram et YouTube. Et si vous souhaitez aller plus loin — mieux connaître vos ressources, identifier vos croyances limitantes et les transformer —, je vous invite sur https://therapieintegria.com
Instagram : https://www.instagram.com/sandrinedemonsabert
YouTube : https://www.youtube.com@SandrinedeMonsabert
Ressentir avant de savoir le dire
Intuition
Il arrive que l’on ressente quelque chose avec force sans pouvoir l’expliquer. Les mots ne précèdent pas toujours ce que l’on vit : souvent, ils viennent après, une fois qu’on l’a senti.
Note de l’auteur
Beaucoup de personnes attendent d’avoir une « bonne raison » avant de s’accorder le droit d’être écoutées. Or ce qui pèse sans nom reste quelque chose de réel, même quand on ne sait pas encore le nommer.
Définition
Ressentir avant de savoir le dire, c’est percevoir dans le corps un état que la pensée n’a pas encore traduit. Ce n’est ni un manque ni une faiblesse : c’est l’ordre habituel des choses, du corps vers le sentiment, puis vers le besoin, puis vers les mots.
Visages contemporains
Un salarié sent sa gorge se serrer en réunion sans savoir pourquoi. Une étudiante qui se dit fatiguée ne trouve rien de plus à ajouter. Un père répond « ça va » et sent qu’au fond ce n’est pas tout à fait vrai. Chaque fois, quelque chose est là avant d’avoir un nom.
Perspectives philosophiques
Chez Paul Ricœur, se reconnaître soi-même est un parcours qui se fait au fil du temps, et non un savoir donné d’avance. Axel Honneth montre que l’estime de soi se construit dans la reconnaissance : celle que l’on reçoit, et celle que l’on s’accorde.
Enjeux neurobiologiques
Selon la théorie polyvagale de Stephen Porges, que la Harpe permet de lire : en 0 et +1, l’état ventral soutient le contact avec les autres, la voix et la parole ; en −1, on se pose avec sagesse ; en +2 et +3, l’état sympathique accélère et les mots s’échappent ; en −2 et −3, l’état dorsal fige et fait taire. Revenir au corps aide à retrouver le 0, d’où la parole vient plus facilement.
Applications pratiques
Remplacer la question « que vais-je dire ? » par « qu’est-ce que je sens, là, maintenant ? ». Une sensation décrite simplement, lourde, tendue ou nouée, constitue déjà un premier mot.
Exercices quotidiens
Une fois par jour, s’arrêter une minute. Localiser une sensation, lui associer un sentiment, puis se demander de quel besoin elle parle. Noter seulement ce mot, sans chercher à l’expliquer.
Cas cliniques
Une femme de cinquante ans ne savait jamais répondre quand on lui demandait comment elle allait. En s’exerçant à décrire d’abord ses sensations, elle a fini par nommer un besoin de calme qu’elle ne s’autorisait pas. Elle le prend en compte aujourd’hui dans ses journées.
Un jeune homme avait du mal à parler à son frère après une dispute. Il a pu sentir ce qui se serrait dans sa poitrine et nommer son besoin de lien, mais les mots lui manquent encore face à son frère. Il sait désormais ce qu’il cherche à dire.
Liens avec d’autres concepts
L’espace intermédiaire décrit par Winnicott, où l’on peut explorer sans avoir à conclure. L’attachement chez Bowlby, qui montre que l’on ose plus facilement se dire à l’abri d’une présence sûre. La distinction entre le besoin et la stratégie.
Pièges à éviter
Préparer un discours parfait. Attendre d’avoir une raison « suffisante » pour s’écouter. Confondre « je ne sais pas l’expliquer » avec « ce n’est rien ». Juger sa propre maladresse.
Citations
Deux notions, en prose. Chez Winnicott, c’est dans un espace où l’on n’a pas à prouver que l’on peut explorer librement. Chez Porges, la sécurité ressentie dans le corps ouvre le chemin de la voix.
Résonance
Parfois, on a quelque chose dans le ventre, et on ne sait pas quel nom lui donner. Ce n’est pas grave : le corps parle avant la bouche. Et toi, si ton ventre pouvait parler aujourd’hui, que dirait-il ?
Références
BOWLBY John (1969), Attachment and Loss, vol. 1, Attachment, Londres, Hogarth Press.
HONNETH Axel (2000), La Lutte pour la reconnaissance, Paris, Cerf.
PORGES Stephen W. (2011), The Polyvagal Theory, New York, W. W. Norton.
RICŒUR Paul (2004), Parcours de la reconnaissance, Paris, Stock.
WINNICOTT Donald W. (1975), Jeu et réalité, Paris, Gallimard.