4 JUIN 2026
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Bonjour,
Je commence par ce que vous écrivez à la première phrase : vous n’en pouvez plus. Cela mérite d’être entendu en premier, avant toute analyse. Deux ans à se battre dans un dispositif judiciaire qui n’est pas appliqué, un corps qui lâche par palpitations et faiblesses, des traumas anciens qui remontent en même temps que de nouveaux qui s’ajoutent : cette accumulation est objectivement épuisante, et la phrase « il n’y a pas de fin » dit la dimension la plus difficile à porter, qui est celle du temps qui s’étire sans horizon visible.
Je veux vous nommer une chose simple. Si à un moment la souffrance bascule, si la pensée que tout s’arrête commence à devenir une option qui se présente, le 3114 existe pour cela. Gratuit, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Vous n’avez pas besoin d’être en crise déclarée pour appeler. Le simple fait de poser ce que vous portez auprès d’une personne formée, à voix haute, allège parfois suffisamment pour passer la nuit ou la journée. Je vous le dis en amont, pas en alarme, parce qu’avec ce que vous décrivez vous avez le droit de connaître cet appui.
Maintenant, quelques repères cliniques, parce que ce que vous écrivez en peu de lignes contient déjà des informations précieuses.
Sur votre corps. Les palpitations, la tête qui tourne, les jambes qui faiblissent ne sont pas une trahison de votre corps. Ce sont les manifestations attendues d’un système nerveux maintenu en hypervigilance prolongée. Deux ans de combat juridique non résolu signifie deux ans pendant lesquels votre corps n’a pas pu sortir du mode alerte. À un moment, il déborde par les signes que vous décrivez. Cela mérite un bilan médical pour écarter toute cause organique distincte, et cela mérite surtout d’être lu pour ce que c’est : un appel à la décharge, pas une défaillance. Vous écrivez en vouloir à votre corps. Je voudrais retourner cela avec vous. Votre corps ne vous trahit pas. Il vous dit qu’il ne peut plus, et il a raison. Lui en vouloir, c’est répéter l’injonction à être forte qui vous épuise depuis deux ans.
Sur l’injonction à rester forte. Cette phrase, dans votre message, en dit beaucoup. Qui vous demande cela ? À qui devez-vous être forte ? Si c’est à vos enfants, ils n’ont pas besoin que vous soyez forte. Ils ont besoin que vous soyez là, vivante, dans la durée. Une mère qui s’effondre par phases en se relevant ensuite est infiniment plus structurante qu’une mère qui tient en façade jusqu’à la rupture. La force que vous croyez devoir donner peut, paradoxalement, vous être plus coûteuse que ce qu’elle protège. Ce point mérite d’être travaillé.
Sur le dispositif judiciaire. Vous écrivez vous battre depuis deux ans pour que les décisions du JAF soient respectées. Si je comprends bien, les jugements existent, mais votre ex ne s’y conforme pas. Cette configuration porte un nom : la non-représentation d’enfant, prévue par l’article 227-5 du Code pénal, est un délit. Si vous n’avez pas encore engagé cette voie, elle existe. Un avocat ou une avocate en droit de la famille peut vous accompagner pour faire constater chaque non-respect et engager les démarches qui correspondent. Si vous êtes déjà dans ce processus, et que rien n’avance, sachez qu’il existe également la possibilité de saisir le procureur de la République, et de demander une astreinte financière au JAF en cas de manquements répétés. Vous n’êtes pas démunie juridiquement, même si la lenteur du système peut donner cette impression.
Sur les traumas anciens qui remontent. Vous écrivez avoir découvert que vous portez des traumas anciens, et que votre ex vous en a ajouté. Cette formulation est juste, et elle est précieuse. Elle signifie que vous avez déjà commencé un travail clinique qui vous a permis cette lecture. Continuez. Mais vérifiez que la personne qui vous accompagne est spécifiquement formée au psychotraumatisme complexe. Le cumul que vous décrivez (anciens traumas + dispositif coercitif post-séparation + symptômes somatiques) demande quelqu’un qui sache tenir les trois axes ensemble.
Sur ce qui n’a pas de fin. C’est probablement la phrase qui pèse le plus dans votre message. Je vais vous dire quelque chose qui n’est pas une consolation, mais un repère clinique. Les configurations comme la vôtre, avec un ex qui refuse de se conformer à la justice, n’ont pas de fin tant que l’on attend que l’autre cesse. Elles s’allègent lorsque l’on cesse, soi, d’attendre que l’autre cesse. Cela ne veut pas dire abandonner les démarches juridiques. Cela veut dire ne plus articuler votre survie quotidienne à son comportement à lui. Il continuera de faire ce qu’il fait, ou non, indépendamment de votre épuisement. Le travail thérapeutique consiste à dégager votre vie de ce couplage, pour que les démarches juridiques deviennent une chose que vous faites, et non plus le centre de votre existence.
Ce que je vous recommande, dans cet ordre.
Premièrement, prendre rendez-vous dans la semaine avec votre médecin traitant pour faire le point sur les symptômes somatiques. Un bilan cardiologique, une biologie, et selon votre tableau, un soutien médicamenteux temporaire peuvent alléger la charge. Cela n’est pas une faiblesse, c’est un appui le temps que le travail de fond se poursuive.
Deuxièmement, si vous n’êtes pas accompagnée juridiquement de manière active, prendre rendez-vous avec un avocat ou une avocate en droit de la famille. Beaucoup de barreaux proposent des consultations gratuites. Le CIDFF de votre département également.
Troisièmement, continuer votre suivi thérapeutique, et si la personne actuelle ne vous semble pas former cette lecture conjointe trauma + emprise post-séparation + somatique, en chercher une autre. Vous avez le droit de changer.
Quatrièmement, sur le quotidien immédiat. Identifiez une personne à qui vous pouvez écrire ou appeler lors des moments les plus durs, et donnez-vous la permission de le faire sans calculer si c’est trop. Une sœur, une amie, un ami, un membre de la famille élargie. La solitude amplifie tout, y compris les symptômes somatiques.
Cinquièmement, et c’est ce qui me semble le plus important : autorisez-vous à ne pas être forte. Pas tout le temps. Pas avec tout le monde. Avoir des moments où l’on ne tient pas, où l’on pleure, où l’on se met en retrait, n’est pas un échec. C’est ce qui permet de tenir sur la durée. Le contraire, qui est de tenir en façade jusqu’au craquement, vous coûte précisément ce que votre corps vous signale aujourd’hui.
Une dernière chose. Vous écrivez « c’est insupportable ». Cette phrase est juste. Ce que vous traversez est insupportable. Le reconnaître n’est pas une plainte, c’est une vérité clinique. Beaucoup de personnes dans votre position se reprochent de ne pas mieux supporter ce qui ne devrait pas avoir à être supporté. Ce que vous vivez est trop. Ce n’est pas vous qui êtes trop fragile. C’est la charge qui est trop lourde, et il est légitime de chercher de l’aide pour la porter.
Vous n’avez pas à porter cela seule.
Bien à vous,
Cécile MERLETTE