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le sentiment de culpabilité après le suicide de son enfant

Réalisée par marc le 31 janv. 2016 6 réponses  · Deuil

Bonjour,


Mon fils unique s’est suicidé début janvier 2015 à l’âge de 25 ans.Nous étions proches, il était bon avec moi, et je lui disais ma fierté de voir l’homme qu’il devenait.


Une semaine avant, nous avons passé 5 jours ensemble, dans son studio sis à 400 kms de mon domicile. Mais une semaine avant ma venue, il écrivait sa lettre posthume : « je vous aime, respectez mon choix ». Je n’ai pas mesuré sa détresse (ou n’ai-je pas voulu la voir ?) et je m’en veux terriblement.


Son journal intime (commencé en 2013) est une auto-analyse, et relate sa souffrance depuis l’abandon de sa mère à l’âge 8 ans et son choix de n’en jamais parler à personne.


En avril 2014, il a arrêté sa 1ère année de Master en Psychologie Clinique, renoncé à « soigner » sa mère auprès de qui il faisait ses études, et s’est séparé de sa compagne depuis 7 ans (son 1er amour).



Celle-ci a envisagé cette issue lors de leur séparation, il s’est potentiellement confié à une psychologue qu’il a consulté 5 fois les 3 semaines précédent son acte (décompensation psychique ?), et a annoncé son intention de se suicider 3 jours avant à son meilleur ami éducateur spécialisé…


Est-ce Freud qui disait que toutes les réponses sont dans notre inconscient ? C’est pertinent pour moi.


A la relecture des indices : son absence de joie « naturelle » depuis mon divorce, son attrait pour le noir, mon pari avec lui de vivre centenaire, sa propension à fuir le dialogue lorsque ça « grattait » un peu, mon propre évitement lorsqu’il me parlait de ses démons, ses addictions, etc, il est évident que je « savais » au fond de moi qu’il était en souffrance mais ne voulais ou ne pouvais le voir…

Etait-ce pour continuer à vivre dans la joie et l’optimisme, pour ne plus « voir » sa mère ? Je ne sais…


Malgré ces circonstances atténuantes, je sens que je ne pourrais me départir d’une certaine culpabilité jusqu’à la fin de ma vie, voire qu’elle pourrait m’inciter à abréger celle-ci…


2 thérapies en 1 an m’ont peu apporté, contrairement à un livre de Christophe Fauré traitant du sujet. Un vide s’est créé en moi, ma tristesse est profonde et je ne la montre pas, et une personne qui me connaît très peu ressent pourtant un manque d’estime de moi…


Le bonheur de 25 années de paternité s’estompe devant la conscience d’être passé à côté de l’essentiel. Et de plus, le patronyme de mes ascendants qui ont donné leur vie pour notre pays s’éteint également.


Alors certes, cette épreuve m’a –déjà- transformé : je suis dorénavant sensible à la souffrance d’autrui, je vais aller faire de la prévention sur le suicide dans un milieu scolaire qui en a bien besoin et je vais utiliser mon vécu pour que mes relations soient profondes.


Mais aujourd’hui je suis seul, je souffre et je doute de ma capacité à être durablement heureux en couple.


Tombé sur ce site et enthousiasmé par la pertinence de vos réponses, j’envoie ma bouteille à la mer…

divorce , bonheur

Meilleure réponse

Bonjour Monsieur
le terme d'abandon revient étonnamment dans votre écrit.
Comment se fait il que votre fils aie ressenti un abandon de sa mère? Qu'est ce que cette fuite de votre part à ne pas vouloir "voir " sa mère en lui?
Cela est opaque et mérite réflexion.
Peut être à votre façon, avec vos interventions en milieu scolaire faites vous autant que vos parents avaient en leur temps fait, car plus que le patronyme, c'est la parole qui fait penser est féconde et génératrice.
Cordialement
Isabelle Thomas
psychologue psychanalyste

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Bonsoir,
J'entends, dans votre témoignage, plus qu'un besoin d'une thérapie au sens "curatif" du terme, la demande d'une écoute empathique sans aucune forme de jugement qui pourra vous aider à "décharger" votre douleur et vous aider à avancer avec une image positive de votre fils ... vous aider à faire votre deuil, véritablement et vous permettre d'aimer de nouveau.
N'ayant pas la prétention de vous ôter - d'un coup de baguette - ce sentiment qui vous mine aujourd'hui, je vous incite à rencontrer un analyste qui vous offrira une écoute bienveillante et avec le(la)quel(le) vous vous sentirez en confiance.
N'hésitez pas.

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3 FÉVR. 2016

Logo Luc BURGENSIS Luc BURGENSIS

608 réponses

642 J'aime

Bonjour,

votre récit témoigne avec sobriété et attention d'une situation très douloureuse.

J'aimerais sobrement à mon tour souligner deux choses concernant la culpabilité:

1/ La culpabilité dont vous parlez ici me semble inévitable. Comment pourriez-vous ne pas sentir cette blessure comme un drame que vous auriez voulu pouvoir éviter et écarter ?
2/ mais cependant, cette culpabilité dont vous parlez ici pourrait - devrait même - être regardé de près, disséqué, analysé, pour que son fardeau ne pèse pas au point de vous assommer à votre tour. Nul n'est responsable du suicide d'un proche, même si chacun ne peut s'empêcher de croire que si seulement il avait su/pu/dit/fait etc...

La logique de la culpabilité, qui ainsi ne cesse de revenir au galop, peut être désamorcer à condition d'aller y regarder de près. C'est ce travail, me semble-t-il, qu'il est important pour vous de mener. Travail difficile mais vitale. Tout enfouir dans l'oubli à l'inverse m'apparaît non seulement impossible, mais profondément infructueux...

Bon courage pour vous, cordialement

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2 FÉVR. 2016

Logo Valat Emmanuel Valat Emmanuel

66 réponses

188 J'aime

Bonjour,

On sent dès vos premières phrases toute la tendresse que vous avez partagée avec votre fils.
Et toute la douleur qu'implique son départ et la tentation de laisser son propre goût de vivre partir lui aussi à vau l'eau...
La culpabilité est là également, bien sûr, jamais totalement évitable.
J'ai l'impression que vous savez pourtant ne pas la laisser vous envahir outre-mesure et que la mémoire des relations positives et de la belle complicité que vous avez eu vous aident à garder une certaine lucidité sur cette réalité: son geste a été sa décision et ce n'est qu'à lui qu'elle appartient.

Gardez bien cette distance lucide, celle de savoir penser et respecter l'autonomie qui séparera toujours deux sujets quel que soit l'amour qui les unit, et qui fonde le libre-arbitre de chacun.

Et ne laissez jamais s'infiltrer en vous l'idée sournoise que faire un jour le même geste que lui serait une façon de le rejoindre, voire de lui rendre hommage.

Se donner la mort est toujours une violence faite par la part de soi qui ne veut plus vivre à celle qui aurait eu d'autres besoins et potentialités à exprimer, à vivre encore dans cette vie-là...
Ce geste terrible et fascinant impose le respect, parce que personne ne peut savoir et encore moins juger la quantité de souffrance qu'il implique, mais il n'y a
pas d'hommage à lui rendre en tant que tel.

Je ne sais pas quelles sont vos conceptions sur l'après-vie, mais méfiez-vous donc d'une certaine illusion qui pourrait être de penser que réitérer ce drame en rapprocherait les acteurs dans l'au-delà...
Ici-Bas comme "en Haut" très certainement, si l'on pense qu'il y a un Au-Delà, c'est l'Amour -et la Joie qui l'accompagne- qui rapprochent et relient sans attacher pourtant, alors que colère, douleur et mélancolie ne sauront jamais qu'aggraver l'esseulement.


Depuis le drame, "deux thérapies en 1an" vous ont peu apporté, dites-vous ; cela démontre au moins qu'on ne vous changera pas contre votre volonté et c'est bien ainsi parce que cela prouve que le contrôle des choses vous appartient.
Peut-être aviez-vous la crainte que l'on ne veuille vous pousser à "oublier", "dépasser" votre douleur trop vite, quand celle-ci vous apparaît encore comme l'essentiel, le plus authentique, le plus vivant de ce qui persiste de votre amour pour votre fils après son départ.
Le piège est là: s'il y a un temps du deuil à respecter chez soi et chez l'autre (notamment pour nous thérapeutes), il y a aussi à chaque moment la nécessité de tenter de le bien orienter vers le seul chemin qui ne soit pas une impasse: celui de choisir de vivre ce qui est à vivre.
Aussi cruelle cette sagesse apparaisse-t-elle parfois...

Ni le thérapeute, ni le véritable ami, ne vous aideraient en étant dans la pitié ; bien plutôt ont-ils à vous rappeler incessamment cette éthique incorruptible et quelque part impitoyable de la vie: il n'y a qu'un chemin vers la Lumière et il est toujours devant, toujours à chercher en continuant à avancer...
C'est aussi le travail psychique que vous avez à faire avec vous-même...

Vous avez d'ores et déjà trouvé de belles pistes sur cette voie en allant parler (-et écouter!-) en milieu scolaire ; on ne peut qu'admirer et encourager ce beau projet.

Bon courage à vous ; avancez pour vous ; avancez pour d'autres jeunes ; ce sera pour lui aussi...

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2 FÉVR. 2016

Logo Philippe Garnier - Psychologue enfants, ados, familles & couples Philippe Garnier - Psychologue enfants, ados, familles & couples

93 réponses

162 J'aime

Bonjour Marc,

Votre témoignage aussi lucide qu’émouvant ne peut laisser indifférent sur ce forum.
Vous évoquez la culpabilité. Que l’on soit victime soi-même, ou témoin d’un drame nous touchant peu ou prou.... la culpabilité est toujours présente, comme une sorte de signal qui nous oblige à reprendre la vie là où elle a semblé s’arrêter, comme une voix qui nous dirait « même si vous êtes convaincu d’y être pour quelque chose, alors il faut continuer malgré tout à avancer ».
Pour avoir rencontré des centaines de victimes, je confirme que la culpabilité est toujours là quelque part quand une souffrance incompréhensible vous tombe dessus sans prévenir. On cherche des explications, un sens, tout ce qui peut expliquer ce qui nous échappe, la solution de l’énigme.
Et pourtant, « Sentiment » de culpabilité ne veut pas dire coupable..... mais cela bien sûr est dur à entendre quand l’émotion envahit tout.
La réponse est elle dans l’inconscient ? Etait elle dans celui de votre fils, le vôtre, celui de vos proches ?. Je ne sais pas. En tout cas, si quelque part il y a une réponse cachée, si elle tarde à se faire jour, alors il n’ y a pas d’autre choix que de faire ce que vous êtes en train de faire : témoigner, partager, trouver un écho à vos interrogations, agir, « saisir le destin à la gueule », comme disait Beethoven.
2015, tout cela est encore tellement présent. Remplacer l’attachement à votre fils par un attachement de couple, se fera, mais à condition de ne pas griller les étapes. « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » disait le poète. Et ce manque cruel que vous ressentez fera place un jour à une absence apaisée.
Enfin, sans faire de la psychanalyse à bon marché: envoyez vous votre bouteille à la mer comme votre fils aurait envoyé à sa façon une bouteille à la "mère" ?
Courage et cordialement à vous

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2 FÉVR. 2016

Logo Maurice Gaillard Maurice Gaillard

2454 réponses

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Bonjour Marc,
J'ai lu votre récit avec attention.

Il y a plus d'un an votre fils a voulu disparaître par trop de souffrance.

Aujourd'hui, vous culpabilisez de ne pas l'avoir vu, peut être n'aviez vous pas les ressources nécessaires à cette époque.

Aujourd'hui, vous allez l'air d'être plus lucide et vos lectures vous ont aidé à donné un sens à votre vie pour avoir le projet de faire de la prévention sur le suicide, mais pour cela il faut se sentir fort pour ne pas se laisser envahir le passé, la tristesse.

Vous avez fait 2 thérapies en 1 an qui ne vous ont pas donné satisfaction.

Vous savez il y a d'autres type de thérapie, l'hypnothérapie intégrative par exemple qui est une thérapie pluridisciplinaire permettant de travailler sur les croyances négatives sur vous même qui se sont ancrées depuis longtemps sur vous et qui continue à influencer votre vie d'une manière inconsciente.

Et que ce drame vous apporte la force de dépasser votre tristesse et vous motive à vous relancer dans la vie dans un projet à la mémoire de votre unique fils.

Cordialement

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1 FÉVR. 2016

Logo Nathalie FOLLMANN Nathalie FOLLMANN

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