Ma mère est culpabilisante
Bonjour à vous,
Je suis une jeune femme de 25 ans. Je suis actuellement très en colère contre ma mère pour plusieurs choses qu'elle m'a fait vivre.
Voici ce que j'ai vécu durant mon enfance :
• Ma mère qui me laisse aller chez mon père alors que j’y suis négligée, non entendue, non reconnue, non crue par rapport à l'inceste que j'ai vécu avec mon grand-père paternelle et que l’hygiène est à déplorer. Tout me ramenait à l’inceste, au procès et au fait que mon père était dans le déni.
• J'avais peurs des colères de ma mère, ce qui a fait que par la suite je ne me mettais jamais en colère contre elle ou quasiment pas et j’avais du mal à m’affirmer avec elle, donc à exister.
• Ma mère prenait beaucoup de place ce qui me laissait peu d’espace pour exister.
• Troubles du comportement alimentaire de ma mère : elle achetait de la pâte à tartiner pour moi mais le lendemain, il n’y a rien dans le pot… Idem pour des bonbons ou autres. Elle me demandait de les cacher pour ne pas qu’elle les mange.
• Sa vie sentimentale a été assez chaotique avec de grosses insécurités et peur de l’abandon, dépendance affective, tendance addictive et compulsions affectives (appels téléphoniques avec des factures hors de prix parce qu’elle appelait des ami.e.s dans des cabines téléphoniques) ; difficulté à rester seule
• Elle avait une immense insécurité par rapport à l’argent :
◦ m’emmener aux restos du cœur ou secours populaire
◦ m’emmener avec elle vendre des livres ou des objets de la maison pour avoir 10-15 euros pour finir le mois…
◦ la voir très angoissée et totalement obsessionnelle avec sa calculatrice à refaire les mêmes calculs de budget X fois
◦ Dépenser tout l’héritage de son père en seulement quelques années sans rien mettre de côté pour moi, mon permis, mes études…
◦ me demander mon argent de poche en me disant qu’elle allait me rembourser mais elle ne le faisait pas…
◦ me prendre comme intermédiaire pour que je demande à mon père de l’argent pour elle…
Par la suite, à l'adolescence, j'ai dû être déscolarisée à cause de problèmes de santé et me suis retrouvée sans ami.e.s en huit clos avec elle durant plusieurs années où je ne voyais que quelques personnes de son entourage.
Voilà ce que j'ai vécu durant ma fin d'adolescence/début de l'âge adulte où je sortais seulement de plusieurs années de dépression et d'anorexie (vers mes 18-19-20 ans) :
• Être culpabilisée parce que je voulais partir de l’appartement et prendre mon indépendance mais qu’elle paniquait parce qu’elle ne travaillait plus et qu’elle ne pouvait pas payer le loyer si je partais donc qu’elle serait obligée de déménager et qu’elle ne se voyait pas déménager dans son état… Qu’elle ne se sentait pas de cohabiter avec sa sœur durant quelques temps. En gros, que je n'avais pas le choix que de rester... Ou alors que si je faisais ce choix c’est que je ne l’aimais pas (elle ne m'a jamais dit ça comme ça mais elle me faisait bien comprendre que ce n'était vraiment pas cool si JE lui faisais vivre ça)
• Me culpabiliser en me disant que je faisais des massages à mon compagnon mais pas à elle
• Me culpabiliser parce que je me couchais un peu plus tard avec mon compagnon ou des ami.e.s mais pas avec elle
• Ne pas me laisser du tout le choix de dire non pour prendre des sous sur le compte que mon père avait créé pour moi et qui aurait pu me servir à payer ma première voiture, mon permis… Toujours parce qu’elle était en burn-out, plus de boulot et parce qu’elle s’occupait de moi qui était en pleine renutrition post-anorexie.
• Dire qu’elle me trouvait ingrate envers elle
• Sous-entendre à un Noël partagé qu’elle voudrait que je dépasse mon heure de coucher – et donc que je ne m’écoute pas – parce qu’elle avait envie d’une vraie veillée de Noël
• Payer une partie du loyer et des factures avec mon AAH – en versant 400-500 euros/mois - sans avoir réellement le choix parce qu’elle ne bossait plus et était en burn-out en me disant que c’était normal que je participe vu que j’étais majeure et que j’étais encore à la maison... J'ai eu beau lui dire que je ne trouvais pas ça normal du tout, elle me disait qu'elle n'était pas d'accord avec moi...
• Qu’elle vienne dans les mêmes milieux que moi ou prenne les mêmes praticien.ne.s (magnétiseuse ou là encore qu’elle me dise qu'elle irait peut-être voir ma psy...)
• Qu’elle prenne très mal le fait qu’à une période j’avais fini par l’appeler par son prénom pour pouvoir être « Moi » aux yeux des gens que je fréquentais et pas « la fille de »
• Qu’elle prenne le numéro d'un ami et qu’elle le voit sans moi
• Me culpabiliser et faire du chantage en disant que si ça se passait comme ça entre nous (nombreux conflits à cause de la colère que je ressentais et qui dure depuis plusieurs années...), elle ne déménagerait pas en me disant que ça ne lui donnait pas envie de venir, que ça ne la sécurisait pas. Car elle voulait se rapprocher de moi qui avait déménagé à l'autre bout de la France. Je l'ai hébergée durant 2 mois le temps qu'elle se trouve un appartement à... 50 secondes à pied de chez moi.
• L’écouter durant des heures avant, pendant, après sa séparation avec son compagnon en me demandant de la rassurer et en me livrant beaucoup trop de détails de sa vie intime
• Me culpabiliser encore lorsque je souhaite lui dire comment j’ai ressenti ce que j’ai vécu avec elle en me disant que ça fait plusieurs années que je lui en mets plein la figure, qu’il y a aussi eu mon père, qu’on culpabilise toujours les mères, que c’est à moi de travailler ça en thérapie (sous-entendu : je focalise, j’arrive pas à passer à autre chose, je reviens sur les mêmes choses)
• Me prendre encore comme intermédiaire aujourd’hui pour dire des choses à mon compagnon… Comme par exemple lui demander du miel car il est apiculteur ou son adresse mail pour lui envoyer des choses "parce qu'elle ne veut pas lui envoyer un message juste pour lui demander ça", que ça ne la met pas à l'aise...
• Faire silence et se barrer de l’appartement en voiture sans que je sache si elle allait revenir, si elle va se cracher en voiture parce qu’elle est parti en colère, ni à quelle heure elle revient...
• Me dire qu’elle allait appeler les urgences à cause de son état
• Me dire de faire quelque chose alors que je vais aller me coucher et que je lui ai dit « non, je vais me coucher » et qu’elle débarque dans ma chambre en m’empêchant de dormir et en se mettant en colère (juste pour mettre un appât à fourmis qui pouvait attendre le lendemain matin…)
• Se mettre tous les jours en colère contre tout et n’importe quoi quand elle était en burn-out
• Instabilité émotionnelle générale…
• Ne pas me parler après une engueulade, parfois même jusqu’au lendemain…
• Je voulais prendre mon indépendance mais elle avait peur…
• Se victimiser dès que j’aborde ce que j’ai vécu durant mon enfance « c’est encore pour ma pomme », « tout est de ma faute », « à croire que je n’ai rien fait de bien durant ton enfance », « ton père a aussi joué un rôle », etc.
• Me dire qu'elle avait passer une partie de la nuit à lire des articles sur les "mères toxiques" en me disant que ce que je lui avais dit l'avait beaucoup travaillée...
Aujourd'hui encore, elle peut me dire qu'elle aimerait me voir et que l'on passe du temps ensemble si cela fait 2 semaines que je ne l'ai pas vue. Je n'ai pas d'ami.e.s dans la ville où j'habite actuellement donc parfois je la vois parce que ça me fait sociabiliser et je culpabilise de ne la voir "que" pour ça... Je culpabilise également si je ne lui dis pas à peu près tout de ma vie, y compris ma vie amoureuse alors que ce n'est vraiment pas mon envie...
Ma psychologue m'a dit que ma mère avait été négligente envers moi de part le fait qu'elle m'a laissée aller chez mon père après l'inceste que j'avais vécu avec le père de mon père alors que lui-même ne s'occupait pas de moi et était dans le déni de ce que j'avais vécu. Suite à cette séance où ma psy a mis ça en lumière, j'en ai parlé avec ma mère. Elle s'est excusée de m'avoir fait vivre ça. Mais j'ai dû préparer le terrain en lui disant qu'il fallait que je lui parle de quelque chose d'important et qu'elle ne se culpabilise pas, qu'elle ne se dise pas que c'est une mauvaise mère car c'est en général par la victimisation qu'elle réagit... Idem lorsque je lui ai parlé du fait que je reprenais contact avec l'une des soeurs de mon père après 15 ans de rupture familial, elle n'a pas pu s'empêcher lorsque je lui ai rapporté ce que ma tante m'avait dit "c'est encore moi qui prend". Et de me dire que pour elle aussi ça avait été un traumatisme l'inceste que j'avais vécu. Elle me dit ça mais elle ne travaille pas ses traumatismes sous prétexte qu'elle n'a pas assez d'argent pour payer un psy alors qu'elle gère juste très mal son argent...
Je souffre encore aujourd'hui de Stress Post Traumatique Complexe et c'est parfois difficile pour moi donc lorsque cela ne va vraiment pas (anxiété, figement/dissociation, peur de l'abandon...), j'appelle ma mère mais j'aimerais pouvoir faire sans elle en réalité car cela maintient cette dynamique mère-fille où j'ai l'impression qu'elle cherche à être proche de moi en se rendant indispensable, en me rendant service, en m'aidant... Soit dit en passant, si je ne l'aide pas pour aller à la déchetterie, elle me fait savoir que ça fait plusieurs fois qu'elle me demande...
Je souhaite ne plus dépendre d'elle pour socialiser, notamment. Et réussir à poser mes limites, à moins la voir. Mais c'est très difficile car lorsque je ne suis pas bien, elle le sent, moi j'ai besoin d'écoute et c'est reparti pour un tour dans la dynamique... Je ne sais pas vraiment quel terme mettre sur ses comportements : intrusive, culpabilisante, envahissante... Car elle n'a pas non plus les "caractéristiques" d'une mère intrusive ou envahissante telle que moi je le conçois. Et, pourtant, je veux avoir mon espace, ma vie, mes fréquentations, mon intimité, mes praticien.ne.s (!).
J'ai conscience du fait que j'ai des flashbacks émotionnels du passé et du vécu qu'elle m'a fait vivre qui ont créé un traumatisme complexe, notamment dû à la négligence émotionnelle, mais je ne pense pas que cela soit seulement à moi de travailler ça en thérapie... Ce que je fais déjà depuis plusieurs années. A l'entendre, c'est à moi de faire tout le boulot pour digérer mon enfance avec elle...
Merci à vous.