Que Faire pour mieux vivre le reste de ma vie
écit de mon enfance
J’ai grandi dans un contexte de violences psychologiques constantes et d’absence totale d’amour.
Très tôt, j’ai été affublé d’un surnom dégradant : « l’autre ». J’étais souvent enfermé dans ma chambre, parfois pendant de très longues périodes, pour des bêtises inventées ou sans raison réelle. Il y avait des punitions répétées, qui pouvaient m’amener à rester cloisonné dans ma chambre pendant deux mois d’affilée. À force, je ne me posais plus de questions : je croyais que c’était normal, que j’étais méchant, mauvais, et que je méritais ce traitement.
Ma mère me faisait réaliser des travaux inutiles, sans aucun objectif éducatif, uniquement par cruauté. Il n’y avait aucune éducation au sens affectif ou relationnel : pas de communication avec l’enfant, aucune transmission. On ne parlait pas des sentiments, pas du sexe, pas de l’avenir. On mangeait, on travaillait, on dormait. C’était tout.
J’ai été mis à l’écart socialement : aucun ami n’était autorisé à la maison, aucune activité extérieure n’était permise (ni sport, ni musique, ni cinéma). Il n’y avait pas d’amour. Ma mère était souvent dépressive ; je l’ai appris bien plus tard. Enfant, lorsqu’elle pleurait, c’était présenté comme étant de ma faute.
Il n’y avait pas de violences physiques régulières, mais il y en a eu tout de même. Je me souviens notamment d’un épisode où l’on m’a fait boire du vin blanc dans lequel une grande quantité de gousses d’ail avait macéré, sous prétexte d’éliminer des vers. Le goût était insupportable. J’ai aussi reçu des claques pour des motifs mineurs.
Jamais mes parents ne parlaient à leur fils. Il n’y avait aucune transmission, aucun échange, aucun accompagnement.
J’ai également vécu des maltraitances chez les nourrices. Vers l’âge d’un an, j’ai été enfermé dans un placard, dans le noir, attaché sur une chaise haute. Vers neuf ans, chez une autre nourrice, j’étais obligé de rester au lit jusqu’à 16 h, sans repas, avec un accès très limité à la maison. J’en arrivais à devoir courir aux toilettes, parfois trop tard. On m’a fait manger mes excréments.
À l’école, on disait de moi que j’étais affabulateur. À neuf ans, j’ai raconté que deux hommes avaient essayé de m’enlever à la sortie de l’école. Les gendarmes sont intervenus. Cela se passait en 1984. Je ne regardais jamais la télévision (c’était interdit) et je ne connaissais aucune histoire de ce type. Avec le recul, je pense que c’était un appel à l’aide. Mais à l’époque, cela a surtout confirmé l’idée que j’étais un enfant à problèmes.
Une nuit, à l’âge de dix ans, j’ai voulu partir. J’ai quitté la maison et parcouru environ cinq kilomètres jusqu’à la ville la plus proche, puis je suis revenu. À l’époque, je ne savais même pas pourquoi j’étais parti.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est de me sentir comme un fantôme, une version de rien aux yeux du monde. J’étais incapable de communiquer, de me faire des amis à l’école, trop déconnecté de tout.
Sentiment de retard et conditions de vie à l’adolescence
Aujourd’hui, je ressens un profond sentiment de retard non intellectuel, mais cognitif, émotionnel et existentiel. Les quinze premières années de ma vie ont été sans stimulation intellectuelle, affective ou culturelle. Je n’ai pas développé d’intérêts personnels ni de projections. J’ai grandi enfermé dès le plus jeune âge, sans aucune communication ni activité. Il n’y avait aucun regard pour moi, sauf sous forme d’invectives.
À partir de mes 14 ans, mes parents ont tenu un restaurant. Je travaillais avec eux tous les week-ends, comme plongeur, serveur, et en portant des caisses de boissons dans la cave. Ce travail n’a jamais été rémunéré, ni même reconnu par un remerciement. Cela allait de soi.
Le bâtiment comportait trois étages. Le restaurant occupait le rez-de-chaussée. Je dormais seul au troisième étage, dans une petite chambre mansardée. Les autres étages étaient des appartements complets (douche, cuisine, salon), mais ils étaient fermés à clé et totalement inaccessibles pour moi. Je n’avais aucune clé personnelle.
Lorsque je rentrais du collège, puis du lycée, si je n’étais pas présent exactement à 19 h 15 pour manger sur un bout de table, je ne pouvais plus manger ensuite. Cela est arrivé très souvent. Les portes d’accès aux étages étaient verrouillées dès 18 h. Pour manger, me laver ou simplement accéder aux espaces communs, je devais demander les clés et attendre, parfois longtemps, car cela les ennuyait. Je n’avais aucun moyen d’autonomie. Il m’est donc arrivé fréquemment de ne pas manger, de ne pas pouvoir me laver, ni même d’accéder à des conditions de vie élémentaires.
Âge adulte et relations actuelles
À l’âge adulte, j’ai toujours fait mon possible pour être gentil avec mes parents, pour leur faire plaisir et acheter des cadeaux. Il y a encore un an, je leur faisais des cadeaux. J’ai aujourd’hui 51 ans.
Il y a environ cinq ans, j’ai exprimé une petite partie de ce que j’avais sur le cœur à ma mère. Sa réponse a été qu’elle était trop jeune à l’époque. Par la suite, il y a eu des fêtes de famille (anniversaires de cousins et cousines) où tout le monde était convié, sauf nous. Je l’ai appris après coup. Je suis certain que le message de nous inviter leur avait été transmis, mais qu’ils ne l’ont pas fait par peur. Depuis, je ne vois plus personne de la famille.
Depuis environ huit mois, je ne réponds plus aux appels de mes parents. Ils sont venus à deux reprises, parcourant 700 km, et ont tambouriné à la porte de manière énervée. Je n’ai pas ouvert. En ce moment, je me sens mal à l’idée de leur faire souffrir, si c’est le cas.
Aujourd’hui, je constate que je ne sais pas aimer. Je me mettais en couple, et une fois en couple, je délaissais ma partenaire. Le fait d’avoir été choisi me suffisait à me sentir mieux. En revanche, lorsque l’on me quittait, je vivais cela comme un déchirement profond, avec une souffrance intense.