Sans emploi, sans confiance en soi
J'ai quasiment 30 ans et aucun avenir. Je vais essayer d'expliquer au mieux ma situation, en allant à l'essentiel, mais ça risque de prendre quand même pas mal de place.
Alors voilà, j'ai 28 ans et suis complètement paumée. Mais le pire étant que je ne suis pas paumée depuis quelques mois mais bien depuis quasi toujours. La seule chose que je suis parvenue à accomplir ça a été mon master, il y a quelques années maintenant, suite à quoi je n'ai fait qu'errer, sans savoir ce que je souhaitais faire de ma vie, vivant de petits jobs insignifiants et d'aides sociales. Mes études ayant été très théoriques, je ne suis parvenue à acquérir aucun réel savoir-faire, ni compétence notoire. Mes quelques expériences professionnelles ont été soit brèves, soit pas franchement épanouissantes et porteuses.
À l'heure actuelle, j'ai énormément de mal à voir le sens de ma vie (je précise que j'ai toujours été très pessimiste malgré ma joie de vivre, toujours perçu le monde comme absurde). Je sens que l'on attend de moi que je trouve ma place, mais je n'ai pas l'impression d'en avoir une.
De fait, depuis ma plus petite enfance, je n'ai jamais eu une once de confiance en moi. Toutes les activités que je commençais, je les abandonnais quelques mois après par peur, angoisse de me confronter à l'altérité, à l'échec, à la compétition (sport). Et malheureusement, les choses n'ont pas changé, 20 ans plus tard. Je ne parviens à aller au bout de rien, car tout me semble fait pour que l'on se distingue. Or, je me sens capable de pas grand-chose. Comment mettre en avant des qualités que l'on ne voit pas ? Ou que l'on a simplement pas ?
Autre élément essentiel : je suis une femme transgenre. Ces dernières années, je les ai consacrées à ma transition, et je dois dire que j'ai avancé à ce niveau-là et que je peux aujourd'hui passer en société. Ainsi, mon quotidien est plus apaisé, je n'ai pas à subir trop souvent la transphobie de la société. Cependant, en me penchant uniquement sur ma personne, mes changements physiques, j'ai totalement mis de côté la dimension pro de ma vie, au point que maintenant que je me sens plus en phase avec moi-même, j'ai l'impression de repartir à zéro. Je n'ai évidemment pas le confort financier qui me permettrait de financer quelconque formation, et pire encore... je ne saurais même pas quoi faire !
De passions j'en ai peu, j'ai perdu goût à énormément de choses (même si je renoue avec l'écriture depuis quelques temps). Mais lorsqu'il s'agit de devoir montrer ce dont on est capable, je me défile. Le jugement me terrifie, le devoir d'être unique ou bonne dans quelque chose me paralyse. Je suis de plus incapable de me lancer dans quelque chose quand cela n'a pas de sens pour moi. J'accorde beaucoup d'importance à l'authenticité et au sens.
Ma sensibilité, mon anxiété me font également me sentir en décalage avec la société de manière générale, et le monde professionnel en particulier. J'ai l'impression de n'avoir ma place nulle part, de n'avoir rien à offrir et suis toujours effrayée par autrui dans le milieu pro. Je refuse de retourner à l'usine, où je ne m'y retrouvais absolument pas et où je risquerais de rechuter dans une dépression sévère. De même, étant extrêmement perméable à ce qui m'entoure, une ambiance de travail trop intense, des relations toxiques, un environnement malsain ou lié à la productivité ne feraient que m'effrayer davantage et me donner l'envie de fuir une nouvelle fois.
Alors je ne me lance pas.
J'ai essayé de faire du bénévolat, mais même ça ça a été un échec. De fait, malgré des rencontres avec des personnes bienveillantes, je dois me confronter à des personnalités affirmées, militantes, sûres d'elles, en totale opposition avec moi, qui suis introvertie, toujours dans le doute, peu confiante dans mes réalisations et ce que je peux apporter. Je finis donc pas déserter les associations, pour me reclure une nouvelle fois chez moi. Et pourtant, c'est à travers le bénévolat que j'ai vu que certaines activités pouvaient réellement avoir du sens. Mais ma phobie sociale m'empêche d'aller plus loin. Je me compare sans arrêt aux autres, que je trouve fascinants, inspirants, avec des personnalités colorées, des qualités riches et des compétences essentielles.
Aujourd'hui, je sais qu'il faut que je fasse quelque chose. Car je subis ma vie. Je ne fais aucun choix à proprement parler, ne sais pas ce que je veux et quand je commence à regarder les offres d'emplois, suis à peu près certaine de faire une crise d'angoisse 5 minutes après. Or, je suis précaire et ne peux me permettre de continuer ma vie ainsi. Qui plus est, j'envie les gens qui ont fait de leur passion un métier, ou simplement qui s'épanouissent dans une activité, ceux que je retrouve le week-end en terrasse et qui me racontent leur semaine, avec ce qu'elle comporte de positif comme de négatif.
Comment peut-on être aussi larguée à mon âge ? J'ai l'impression de n'avoir pas évolué depuis la fin de mon lycée. Comment faire pour remédier à un manque criant d'expérience dans n'importe quel domaine ?
Si je peux maintenant déterminer d'où vient ce manque de confiance en moi, je ne parviens toutefois pas à avoir un quelconque effet sur celui-ci.
Je ne sais pas précisément ce que j'attends de ce partage de ressenti. Peut-être des retours plus optimistes, mais je suis dans un tel niveau de pessimisme, dans une telle déroute que je ne sais pas comment les éventuelles réponses pourraient résonner en moi.