Tromperie emotionnelle
L'année dernière mon conjoint, avec qui je suis depuis une dizaine d'années, a eu des sentiments pour une collègue.
Je ne la connaissais pas à l'époque (il ne m'en avait pas parlé), mais il m'a appris après la tromperie qu'il discutait souvent avec elle au bureau, sans pour autant lui envoyer des textos et la voir hors contexte professionnel.
L'été dernier, il est parti en séminaire une dizaine de jours avec l'ensemble de sa boîte (dont cette collègue) et a découvert très vite qu'il avait des sentiments pour elle. Au lieu de m'en parler comme on s'était promis de le faire dans le cas où l'un d'entre nous aurait des sentiments pour quelqu'un d'autre - c'est même lui qui avait insisté pour que je lui fasse cette promesse -, il lui a avoué directement, pensant qu'elle allait le rejeter. Elle ne l'a pas fait, il a paniqué, elle l'a rassuré en lui disant qu'il ne se passerait rien de physique s'il ne le souhaitait pas. Etant dans une relation polyamoureuse, elle lui a aussi fait un speech sur l'acceptation de ses sentiments, le fait que c'était une bonne chose de les explorer, etc. Pour le coup elle a été honnête avec lui sur ce qui était ok pour elle dans une relation - en l’occurrence les siennes.
L'ennui c'est que nous sommes lui et moi dans une relation exclusive depuis le début et que nous avions des règles explicites sur nos limites à tous les deux. Nous sommes traumatisés par les tromperies de nos pères qui sont des secrets de polichinelle dans nos familles respectives. C'est mon premier amour et je lui ai toujours dit que la loyauté et l’honnêteté étaient primordiales pour moi. Que je pouvais supporter beaucoup de chose mais pas la tromperie. De fait nous avons survécu a beaucoup de choses - la distance, mes angoisses, sa dépression… En 10 ans plusieurs hommes ont cherché à me séduire, je lui en ai toujours parlé et je les ai toujours tourné en ridicule avec lui, en plus de mettre la distance nécessaire. Dans mes relations amicales/pros avec les autres hommes je me demande toujours si ce que je dis ou fais avec eux peut faire souffrir mon conjoint. Je pensais partager avec lui cette même discipline.
Au contraire, au lieu de se dire que ce n'était pas ok dans sa relation "d'explorer des sentiments", a minima de confirmer avec moi ce qui était ok ou pas ou de mettre de la distance, il s'est laissé porter. Il trainait tous les jours avec sa collègue lors de leurs temps libres, m’appelant chaque soir en visio, un grand sourire aux lèvres, pour me dire qu'il vivait sa meilleure vie, qu'il trainait souvent avec sa collègue et que leurs discussions étaient "propres à l'introspection", etc. J'étais gêné par cette proximité avec cette collègue mais je lui faisait confiance.
Quand il est rentré de son séminaire, il m'a avoué ce qu'il s'était passé et que cette relation était terminé. Il ne se sentait pas coupable (puisqu'il ne s'était rien passé de physique). J'étais pour ma part sidérée mais nous avons tout de même regardé une série avant qu'il n'aille se coucher. J'ai fouillé son téléphone pour la première fois en 10 ans de relation et j'ai vu que le dernier jours du séminaire (elle avait dû partir en urgence pour régler des choses avec l'un de ses partenaires) il lui avait envoyé une photo de lui en mode "lover" en lui disant qu'elle lui manquait, quelques heures après il lui envoyait un "comment tu vas ma chérie ?". Elle lui avait alors demandé de ne pas l'appeler comme cela puis l'avait ghosté. Il l'avait harcelé de messages la suppliant de rester son amie. Elle s'était excusée deux jours plus tard de sa réaction, la justifiant par ses problèmes de couple.
Quand j'ai vu ces messages je suis sortie de ma sidération. J'étais effondrée et je me sentais complétement trahie par la personne qui comptait le plus pour moi. Je l'ai envoyé dormir à l'hôtel. On s'est retrouvé dans un café le lendemain, il s'est excusé, il était en pleurs et exprimait beaucoup de remords. Il m'a ensuite tout raconté dans le détail. Par faiblesse et amour je l'ai repris chez moi. On a ensuite essayé d'"oublier" - évidemment ça ne marchait pas chez moi.
J'ai pris rendez-vous avec une psy, il a stoppé son amitié avec cette collègue, il est très prévenant avec moi depuis un an et m'aide à gérer les crises d'angoisse, de larmes, de colère, qui s'en sont suivi. Ces crises se sont aggravées lorsque que j'ai appris qu'il était allé boire un verre avec cette collègue chez leur cheffe il y a quelques mois - il m'a dit qu'il m'avait caché cette information parce qu'il ne voulait pas me faire de peine et que cette cheffe insistait pour prendre un verre avec eux pour échanger sur un projet pro. Il m'a juré que c'était son seul mensonge et qu'il n'était plus ami avec sa collègue. Depuis il a demandé à changer de service, a demandé à sa cheffe - aussi son amie - de ne plus l'inviter lui et sa collègue à prendre des verres à l'avenir et il me raconte ses journées dans le détail.
J'ai essayé de rompre à plusieurs reprises, je l'aime toujours et notre relation sans ce qu'il s'est passé lors de ce séminaire est géniale, mais ses efforts ne comptent pas autant pour moi que ce qu'il m'a fait. Quand je le regarde je me dit souvent que je le méprise. En 10 ans de relation, il aura suffit qu'une femme partage ses sentiments pour qu'il entretienne une relation ambiguë avec elle. Nous avons eu de longues discussions à ce sujet, il finit toujours par se mettre à pleurer, faire des crises de panique, et me supplier de ne pas le quitter. Il me dit que je suis sa meilleure amie et la femme de sa vie, que ce qu'il s'est passé ne se reproduira plus jamais (je le crois en partie quand il me dit ça)… Il nous a pris rdv avec une thérapeute de couple il y a quelques mois mais j'ai l'impression que c'est sans effet sur moi… J'avais déjà compris les mécanismes qui l'avait poussé à me tromper et ça me fait le mépriser davantage. Je me méprise aussi de rester et de lui faire vivre ces ruptures avortées - je pense que je l'ai traumatisé au même titre voire plus que moi. Ça le fait énormément souffrir de savoir que je le méprise, en tout cas en partie. La thérapeute de couple me dit de me "faire confiance", que je suis restée pour une raison… Je n'arrive quand même pas à passer à autre chose. Ma psy a essayé une approche globale qui n'a pas trop d'effet sur moi, je me suis résignée à aller voir une psychiatre suivant son conseil.
Que faire pour que j'arrête de penser à ce séminaire en boucle ? Ou du moins que j'arrive à y penser sans la charge affective que ça entraîne ? Ça me bouffe la vie…
Comment faire pour ne plus mépriser mon conjoint ? Pour réussir à faire la part des choses ?
Vous remerciant par avance pour votre retour…