Une vie à l'isolement

Réalisée par Raphaël · 2 janv. 2026 Aide psychologique

Bonjour,

Je souhaiterais échanger avec vous sur ma situation.

Plus le temps passe, plus je suis isolé. Mon enfance et mon adolescence ont été chaotiques. Mes parents ont souvent essayé de bien faire mais en réalité ils ne m'ont pas aidé à me construire normalement. Durant ma petite enfance j'ai été extrêmement choyé et protégé par ma grand-mère paternelle et ma mère. Mon père a le sentiment d'avoir été un peu écarté. Mes réactions au contact de personnes étrangères et en particulier d'autres enfants étaient préoccupantes dès la maternelle (hurlements, pleurs incessants), j'ai quelques bribes de souvenirs de cette époque, quand j'y pense je ressens le déchirement que j'éprouvais quand ma mère quittait le bâtiment. Vers mes 5 ans j'ai été évalué par un pédopsychiatre qui a écarté un trouble autistique. De mes 6 à 7 ans j'ai été suivi en CMPP par une psychologue. C'était des moments où j'exprimais ce qui me passait par la tête, parfois je criais, mon père ne voulait plus m'accompagner car cela s'entendait en salle d'attente et il se sentait honteux. Je ne faisais pas vraiment un travail psychothérapique, je répondais aux questions mais la conversation se détournait toujours rapidement là où mon imagination me portait. J'étais un enfant un peu "hors normes", toujours très attaché à sa mère et à sa grand-mère, je ne m'intéressais pas du tout au sport, aux jouets ou aux dessins animés mais à la géographie, aux activités d'"adultes" comme les faire les courses, le café, le ménage, j'avais une obsession pour les lampes et le mobilier, j'aimais beaucoup les fleurs, écrire, l'informatique, mes peluches, inventer des histoires, c'était des choses qui me rassuraient. Mes parents ont essayé de me faire pratiquer le judo mais j'étais totalement réfractaire à toute activité qui s'éloignait de mes centres d'intérêt et je faisais des crises de nerfs terribles si on me forçait un peu à m'intéresser à autre chose... Les moments les plus heureux de ma vie étaient les journées que je passais environ une fois par mois chez ma grand-mère. Je me souviens à quel point cela me submergeait de bonheur. Quand il fallait partir j'hurlais et je pleurais, je me rappelle très clairement du sentiment prédominant que je ressentais quand nous devions nous quitter : une immense tristesse. À l'âge de 7 ans mes parents ont divorcé et ma mère, par égoïsme pour éviter une garde partagée, a décidé de déménager à des centaines des kilomètres de ma région natale. Je vivais jusqu'alors dans une grande maison d'une petite commune cossue de région parisienne et je me suis retrouvé, du jour au lendemain, dans une cité HLM relativement sinistrée, dans une nouvelle école qui prenait en charge des enfants violents, confié à une voisine qui ne comprenait absolument pas mon comportement. Ma mère est devenue insensible à ma détresse et validait les remarques blessantes de cette voisine. Je n'avais plus de suivi psychothérapique, ni de repères et l'impression d'être complètement abandonné. Au début je voyais mon père 1 week-end sur 2, les "échanges d'enfants" se faisaient sur une aire d'autoroute à mi-chemin entre le domicile de mon père et celui de ma mère. Très vite je ne rentrais "chez moi" que pendant les vacances scolaires car ces trajets en voiture coûtaient trop cher aux deux parties... Ma mère s'entourait se plus en plus de personnes instables, j'ai plusieurs fois été contraint de rester enfermé dans ma chambre pour ne pas assister à des disputes... C'est une femme qui ne sait pas vivre sans compagnon. Elle est tombée dans le piège d'un homme manipulateur et colérique qui me haïssait. J'étais un obstacle à sa relation. Nous avons déménagé dans un pavillon dans un village vers mes 8 ans. Ma mère était toujours entourée d'une amie qui me rabaissait et m'insultait, tout comme le faisait son compagnon. Mes résultats scolaires étaient mauvais, je me souviens d'une institutrice qui me prenait pour un enfant capricieux et paresseux qui ne voulait pas faire d'efforts pour s'intégrer mais il n'y avait plus de violences à l'école. Tout ce qui importait à ma mère c'était sa relation avec cet homme. Je m'isolais volontairement dans ma chambre pour ne pas avoir à subir ses insultes et son attitude méprisante. Pour cause de problèmes financiers, à mes 9 ans, ma mère a décidé de me "renvoyer" chez mon père qui entre temps s'était remarié. J'ai été informé de cette décision du jour pour le lendemain. Ma relation avec ma belle-mère était très compliquée. Cette femme vient d'une culture où les enfants doivent travailler, obéir et ne surtout pas pleurer. Je suis revenu dans la maison de ma petite enfance et dans l'école où ma scolarité a débuté. Cette nouvelle séparation d'avec ma mère a causé une déchirure et une souffrance insoutenable. J'hurlais et je pleurais à chaudes larmes pendant des heures suite à ces "échanges autoroutiers" dans l'indifférence totale de mon père et les commentaires déplacés de ma belle-mère, qui dénigrait ouvertement ma mère devant moi alors que j'hurlais de douleur. Je n'avais plus goût à rien, mon père n'acceptait pas vraiment ma personnalité, je ne savais pas ce que je pouvais faire ou non donc je me repliais entre les 4 murs de ma chambre. Quand je suis entré au collège je me faisais régulièrement tabasser dans la cour, dans l'indifférence générale, car j'étais en surpoids et "mal habillé". Je passais tout mon temps devant la télé, dans ma chambre. Vers mes 12 ans mon père a décidé de supprimer mon accès à la télé, sûrement dans l'espoir que je sorte de ma chambre. J'étais clairement dépressif et j'ai très mal supporté cette période qui a duré jusqu'à mes 14 ans. Je vivais comme un détenu, allongé dans son lit, sans aucune stimulation, dans un silence total. Vers mes 14 ans j'ai repris, de moi-même, un suivi en CMPP et j'ai retrouvé la même psychologue que quelques années plus tôt. Ma personnalité a commencé à s'affirmer, j'ai perdu beaucoup de poids, je m'"habillais bien", mon père s'est légèrement assoupli, j'avais de nouveau accès à la télé et même quelques amies au collège. À mes 15 ans, après des "batailles juridiques" entre mes parents, j'ai de nouveau été confié à ma mère qui s'était installé avec cet homme maltraitant. Mes souhaits d'orientation scolaire n'ont pas été pris en compte par le corps enseignant ni par mes parents qui ont décidé de me faire redoubler afin que je puisse accéder au lycée général. J'ai à nouveau enduré une 3ème dans un petit collège de campagne où je n'ai pu me lier d'amitié avec personne. En revanche une conseillère principale d'éducation était inquiète de mon état de santé de mentale et une prise en charge psychiatrique a commencé à ce moment-là. Une pédopsychiatre a clairement validé un trouble envahissant du développement et un trouble anxio-dépressif qui nuisait indéniablement à mon bon développement. Quasiment au même moment j'ai commencé à consommer de l'alcool et du cannabis en grandes quantités en plus de mon traitement antidépresseur et anxiolytique. Ma mère était impuissante face à cette situation et commençait timidement à admettre l'emprise qu'avait cet homme sur elle. Elle n'avait aucune économie et aucune solution pour que nous puissions quitter cette maison. Son conjoint n'a bien sûr jamais souhaité participer à la psychothérapie car il savait pertinemment que certains faits lui seraient reprochés. Le fait que son comportement était inadmissible et pathogène faisait consensus. Ma mère vivait très mal ces rendez-vous. C'est quelqu'un qui a toujours eu un double visage. Elle s'efforce d'être adorable et compréhensive avec tout le monde (soignants, proches, conjoints, amis) sauf avec moi. Elle peut passer d'une attitude hyper-affectueuse à quelqu'un d'inflexible et dur en une fraction de seconde. Elle ne s'est jamais comportée de façon tempérée avec moi. Vers mes 17 ans, sur recommandation de la pédopsychiatre, j'ai été placé dans une clinique soins-études loin de ma mère. J'allais un peu mieux dans cet établissement, j'avais quelques amis, je ne consommais plus d'alcool et beaucoup moins de cannabis mais j'avais toujours énormément de mal à quitter ma chambre. Je passais la majeure partie de mon temps entre quatre murs sur mon ordinateur, comme chez ma mère. J'ai quitté ma classe de 1ère littéraire dans laquelle j'étais en échec faute d'intérêt pour préparer un cours d'entée à l'école d'aide médico-psychologique. J'ai réussi ce concours avec de très bons résultats, ai quitté la clinique, emménagé dans un studio dans une ville dynamique mais je n'ai pas terminé la formation car l'idée que je me faisais du métier n'était pas représentative de la réalité. Mon stage en EHPAD s'est très mal passé, je n'étais plus suivi, je recommençais à consommer alcool et cannabis, je n'ai pas trouvé de soutien et j'ai fini par quitter l'institut de formation. De mauvaises fréquentations m'avaient volé mon ordinateur et mon téléphone le jour de mon 19ème anniversaire. Suite à une journée trop arrosée, sans savoir pourquoi, je n'avais même plus d'électricité dans mon appartement. J'ai pris mon chat et je suis parti retrouver ma mère qui rénovait l'un des appartements de son conjoint avec l'aide d'une personne peu recommandable. Elle était furieuse, son "ami" m'a insulté et humilié, tout comme son conjoint chez qui j'ai dû séjourner plusieurs mois, à nouveau seul entre 4 murs. J'ai par la suite trouvé un emploi d'agent de services hospitaliers dans la ville où ma mère s'est réfugiée suite à son divorce. J'ai repris un appartement et la consommation d'alcool et de cannabis. Toutefois, j'aimais cet emploi d'ASH. Je me sentais utile. C'était une activité physique qui me plaisait, mon corps changeait, j'avais des relation amoureuses car j'étais désirable, c'était quelque chose de nouveau pour moi. Je me sentais un peu mieux à cette époque. Mon contrat d'un an n'a pas été renouvelé pour raisons économiques. Sans permis de conduire ni qualifications j'ai très rapidement accepté un poste de téléconseiller en centre d'appels. Je craignais de perdre mon appartement faute de revenus et de devoir retourner chez le conjoint de ma mère. J'ai beaucoup souffert des insultes des clients au début mais j'ai rapidement eu l'opportunité d'être mobilisé sur un "service" plus calme. J'ai rencontré beaucoup de personnes dans cette entreprise mais c'est aussi là que j'ai compris à quel point l'humain peut être hypocrite et mesquin. J'ai repris beaucoup de poids, je ne fumais plus de cannabis mais je buvais énormément d'alcool. Ma santé se dégradait, le "service" dans lequel je travaillais a fermé et des mesures ont été prises par la médecine de travail pour que je n'ai pas à être en contact direct avec la clientèle. Concrètement j'étais en bore out, face à un écran d'ordinateur inanimé, 7 heures par jour. On ne me donnait rien à faire, je ne parlais plus à personne. Suite à la fermeture certains de mes collègues ont été mutés sur d'autres "services", ceux qui le pouvaient ont changé de métier. Pas moi. J'étais pourtant un bon élément. Je n'avais plus aucune relation ni sentimentale ni amicale. J'étais affreux, le visage boursouflé par l'alcool, le corps déformé par la graisse. Pour combler ce vide abyssal, pour me donner de la valeur, pour me raccrocher à quelque chose, pour me donner une âme, de la profondeur, j'ai acheté énormément de chaussures, de sacs et de vêtements, des meubles, j'ai fait des voyages durant lesquels je ne me sentais pas vraiment mieux, j'ai accumulé les crédits à la consommation. Il y a environ 4 ans j'ai déposé un dossier de surendettement, mes dettes qui s'élevaient à environ 20 000 € ont été effacées. Je continuais à m'intoxiquer fortement à l'alcool. Je commençais à faire de la tachycardie, à ressentir des extrasystoles et à sentir le sevrage. J'avais repris un suivi avec un psychiatre à qui je ne parlais pas de mon alcoolisme par honte et par peur de me voire supprimer le Séresta qui m'aidait à ne pas couler et à affronter l'entreprise. Je rencontrais une fois par semaine une assistante sociale au centre d'addictologie local, ça me faisait du bien de pouvoir simplement parler à quelqu'un qui comprenait vraiment mes difficultés mais ces entretiens n'avaient pas vraiment de répercussions sur ma consommation. À ma demande j'ai revu le médecin du travail qui a prononcé une inaptitude. Je suis resté environ 8 ans dans ce centre d'appels. Depuis début 2024 je n'exerce plus d'activité professionnelle. J'ai réussi à me sevrer de l'alcool, je ne fume plus de cigarettes. Je suis même devenu végétalien. J'ai perdu beaucoup de poids et je continue à en perdre. J'ai remis en question énormément de choses : je n'achète plus toutes ces chaussures et ces vêtements non pas par manque d'argent mais parceque cela ne m'intéresse plus. Je préfère acheter des plantes d'intérieur et des objets rituels. Je m'occupe de mes chats. L'avantage de ce licenciement est que je n'ai plus rien à prouver ou à démontrer à qui que ce soit. Cela ne veut pas dire que je me néglige mais je suis moins souvent "tiré à 4 épingles", il faut dire aussi que je ne sors quasiment pas de mon appartement. Je suis toujours très irritable, sortir de chez moi est extrêmement difficile, je me sens agressé par la présence des autres, les bruits, les véhicules, les incivilités m'épuisent. Mes gestes sont très lents, m'organiser, me doucher, faire le ménage, toutes ces petites choses du quotidien me prennent énormément de temps. Je vais avoir 30 ans cette année, j'ai l'impression d'en avoir 60. Plus le temps passe plus je suis isolé. J'ai suivi un cours de méditation vipassana de 10 jours l'année dernière. Cette retraite m'a fait beaucoup de bien, j'arrive à mieux (pas totalement) accepter cet isolement et à être maintenir mes efforts de remise en forme (perte de poids, alimentation saine, élimination d'un maximum d'intoxicants). L'idée de vivre une vie monastique, dans le noble silence, tourné vers le bien de l'univers mais loin de cette société que je ne comprends pas et qui me fait souffrir commence à germer en moi. Je vis toujours sur fond de dépression, peut-être moins marquée que par le passé du fait d'un puissant traitement psychotrope. Depuis mon licenciement j'ai eu le temps de faire le point sur ma vie et voici ce qu'il en ressort. Je n'ai rien accompli, je n'ai été réellement heureux que par à-coups, peut-être qu'il y a un virage à prendre et un changement radical à opérer. Je ne dis pas que mes parents ou la société sont responsables de mes problèmes, de ma dépression et de mes échecs. Je me suis attardé à faire une anamnèse car il me semblait important d'expliquer comment je suis arrivé là où je suis aujourd'hui. J'aimerais reprendre un suivi psychothérapique en parallèle de mon suivi psychiatrique mais cela n'est pour le moment pas possible, encore une fois pour des raisons financières... D'autre part, le CMP de mon secteur n'accepte pas de nouveaux patients et ne propose pas d'entretiens avec un psychologue, uniquement avec des infirmiers. Je connais ce type de prise en charge et je sais que cela ne m'aide pas, j'empêcherais quelqu'un qui en aurait vraiment besoin d'en bénéficier... Un psychologue n'est pas un infirmier et inversement. Une psychologue a accepté de me recevoir dans le cadre du dispositif "mon psy" l'été dernier mais elle n'a pas pu être rémunérée par la CPAM pour la consultation car ce dispositif ne s'adresse pas aux personnes souffrant d'affections chroniques... Il nous a été expliqué que les personnes dans mon cas (reconnues en ALD) doivent être prises en charge par un psychiatre et les psychiatres ne font pas de psychothérapie, ils essaient de stabiliser les symptômes avec des traitements et je pense que c'est insuffisant... Suite à mon licenciement j'ai préparé un voyage en Inde, je devais y rester 1 mois, je n'ai tenu qu'une semaine car je n'ai pas pu me procurer les médicaments dont j'ai besoin sur place, contrairement à ce que m'avait promis une clinique que j'avais contactée en amont. Le sevrage de benzodiazépines était insupportable et j'ai dû rentrer en urgence. Je ne cherche pas à créer de polémique, je souhaite seulement justifier la raison pour laquelle je me retrouve à exposer mes problèmes sur internet et pas dans le cabinet d'un psychologue.

Merci d'avoir pris le temps de me lire.

Raphaël

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