Changements annoncés pour les enfants « placés »

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Le parcours de ces enfants est parfois jalonné de maints changements de famille d'accueil, ou marqué par des retours à la famille biologique non concluants.

24 août 2015 · Lecture : min.
Changements annoncés  pour les enfants « placés »

Certains chercheurs parlent « d'enfant déporté » mais ces termes sont attachés à un contexte qui n'est pas celui de la protection de l'enfance contemporaine.

Certes, des enfants vivent dans leurs familles des situations de torture, cela même alors qu'ils sont placés et qu'ils ont des parents détenteurs d'un droit d'hébergement, certes, ceux-là peuvent se considérer comme abandonnés à leur propre sort bien que résidant dans un état de droit. Mais la plupart des enfants déportés avaient des parents dignes de ce nom, on pourrait dire qui « parent », qui protégeaient, qui ont été réduits à l'impuissance et qui n'ont pu protéger et secourir leurs enfants. Il n'y a donc aucun lieu commun. Cette dénomination est très déplacée et ne présente aucun intérêt. D'autre chercheur relève que d'anciens enfants placés devenus adultes disent avoir réussi leur vie alors qu'ils sont SDF. Mais SDF signifie sans domicile fixe et souvent, les enfants placés sont, réellement ou symboliquement, sans domicile fixe. Et si, pour certains enfants, les évolutions vers l'accès au symbolique n'ont pu s'opérer, c'est certainement de notre responsabilité collective.

La loi de mars 2007

Pour certains professionnels de terrain, le parcours chaotique de certains enfants serait davantage dû à des dispositions prises par la loi de mars 2007. L'enfant restait objet des désidératas de ses parents. Dans ce contexte, on pouvait écouter les parents quand ils souhaitaient un changement de famille d'accueil, quand ils souhaitaient « récupérer » leur enfant pour finalement le laisser livré à lui-même. Les parents, placés en situation de toute-puissance, continuaient à être maltraitants. Implicitement, l'institution laissait penser à l'enfant que la maltraitance est autorisée. Quels modèles de relations l'enfant pouvait-il alors intérioriser ? Une logique dans laquelle on ne pouvait empêcher quelqu'un d'agresser quelqu'un d'autre. On fabriquait ainsi de la désocialisation ou de l'a -socialisation. Quand un enfant exprimait qu'il ne souhaitait pas aller chez son parent ou qu'il refusait de le rencontrer en visite « médiatisée », on l'écoutait ou pas. On observait alors de nombreuses disparités entre départements ou à l'intérieur d'un même service.

Deux frères placés dans la même famille d'accueil se rendaient toutes les 3 semaines en week-end chez leur mère. Celle-ci les envoyait passer le samedi sur des allées afin qu'ils mendient. Les enfants le rapportaient à leur assistante familiale qui elle-même le signalait à son service. Pourtant, la situation ne cessait pas. Ainsi, à être tous les 3 samedis à mendier sur des allées, ces enfants devenaient repérables par d'éventuels prédateurs.

Un jeune garçon de six ans, placé dans le cadre d'un accueil séquentiel vivait quatre jours par semaine chez son assistante familiale et trois jours chez sa mère. Il expliquait à son assistante familiale qu'il ne souhaitait plus aller dormir chez sa mère car celle-ci le prenait dans son lit et lui touchait son zizi. Il préférait dormir chez son assistante familiale où il avait la paix plutôt qu'être l'esclave sexuel de sa mère. Cette situation dura longtemps. Au début, la référente de l'enfant expliquait que le geste de sa mère ne devait pas être volontaire. Puis, la référente disait gentiment à la maman qu'il ne fallait plus dormir avec son fils. Mais la situation d'inceste continuait. Le jeune garçon relata à son assistante familiale que sa mère et sa référente avaient pleuré ensemble. On peut alors supposer que la mère manipulait la référente, qu'elle agissait une emprise émotionnelle. C'est après 18 mois qu'on commença à envisager qu'il fallait passer à une mesure de placement plus sévère pour la mère et plus protectrice pour l'enfant. La loi du 12 mai 2015 inscrit l'inceste dans le code pénal. Inscrire l'inceste dans le code pénal est une bonne disposition pour toutes les victimes qui ont pu intérioriser que c'est un acte banal. Leur signifier que c'est un crime leur permettra d'éveiller leur esprit critique.

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De nombreux enfants rencontrent leur parent dans le cadre de visites « médiatisées » à raison d'une à deux heures par semaine, par quinzaine ou par mois. De « médiatisées », ces visites n'ont parfois que le nom même si le projet initial était d'opérer une médiation. Or, dans la réalité, ces visites sont parfois davantage des visites surveillées. Des travailleurs sociaux veillent à ce que les enfants subissent le moins de dégâts possible. Cette prévention se révèle cependant être un leurre, l'opération de destruction du parent envers l'enfant pouvant s'opérer par le non-dit, par la relation d'inconscient à inconscient. Lors de certaines visites, soit que le parent reste centré sur lui-même, soit qu'il exprime son dégoût, son rejet à l'enfant, soit qu'il lui laisse penser que c'est de sa faute s'il est placé, soit qu'il lui laisse penser que les travailleurs sociaux sont les méchants et eux les victimes, soit qu'il lui promet qu'il va le « récupérer »… soit aussi qu'il ne vienne pas à la visite. Nombre d'assistants familiaux ont le sentiment que tout leur travail est à reprendre suite à une visite. Ces visites consistent souvent en un cauchemar pour les enfants et les plonge dans la souffrance, leur ôtant toute l'énergie nécessaire à la construction de soi-même. Beaucoup d'enfants demandent à ce que les visites cessent car ils pensent que ça leur éviterait le déséquilibre qu'elles provoquent. Des enfants ne comprennent pas pourquoi on s'obstine à maintenir ces rencontres qui leur font tant de mal.

Dans certaines situations, il s'agissait de maintenir un lien à tout prix mais de quel lien s'agissait-il ? Au mieux, un « lien » inexistant, sans greffe affective du parent vers l'enfant, au pire, une relation d'objet sado-masochiste.

La surcharge de travail des équipes comme cause possible

Il est possible d'envisager que les dysfonctionnements proviennent de la surcharge de travail des équipes. Certains travailleurs sociaux travaillent parfois sur 40 « dossiers ». Il est vrai que de nombreuses familles profitent favorablement de la mesure de placement. Par exemple, un parent est déchargé de la gestion domestique et quotidienne ce qui contribue à améliorer la relation avec son enfant. Ces situations-là ne donnent pas trop de travail aux travailleurs sociaux et les dérapages sont évités. Ainsi, on pourrait déduire que des parents continuent à protéger leurs enfants alors même qu'ils sont placés. Mais d'autres situations sont plus ou moins chaotiques et présentent plus ou moins d'intérêt pour l'enfant. C'est dans ce plus ou moins que le travail des équipes se complexifie, que les décisions sont difficiles à prendre. Paradoxalement, les dysfonctionnements sont souvent le fruit de beaucoup d'humanité. C'est certainement difficile de décider de réduire toujours davantage une relation entre un parent et un enfant. C'est une lourde responsabilité. Il faut ajouter à cela que les travailleurs sociaux sont considérablement pris par du travail administratif au détriment d'un travail à destination des familles.

Certain chercheur avance que certaines institutions prendraient mieux en charge les problématiques du champ du placement. Il est des départements où institution mère et associations font un réel travail de collaboration, où les différents acteurs du placement prennent le temps de se rencontrer et de communiquer. Des liens entre acteurs est une des garanties de la cohérence des parcours de vie des enfants confiés. Et il est d'autres départements où les relations interprofessionnelles sont plus aléatoires. On observe alors un manque d'harmonisation à l'échelle nationale. C'est ce à quoi la loi de 2015 semble souhaiter remédier.

Il est question de parvenir à une harmonisation des orientations au niveau national. Cette harmonisation passe d'abord par une meilleure coordination entre les acteurs du placement au niveau local, par une meilleure coordination entre professionnels du placement et professionnels de la jeunesse (médecins, enseignants…). Un des objectifs est que les informations préoccupantes remontent plus vite aux services sociaux et judiciaires. Chaque cellule de coordination locale (un protocole par conseil départemental, une cellule de recueil des informations préoccupantes par département, un médecin référent protection de l'enfance par PMI) rendra compte à un conseil national de la protection de l'enfance (CNPE) dont les rôles seront de réaliser des évaluations et de définir des orientations communes à tous les départements. Dans le même état d'esprit, un observatoire départemental de la protection de l'enfance (ODPE) fera un bilan des besoins recensés en termes de formations des professionnels et le transmettra à un observatoire national (ONPE) qui établira des programmes de formation adaptés aux besoins.

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Et l'assistant familial là-dedans ?

La place de l'assistant familial est aussi revisitée. L'assistant familial est le professionnel qui accompagne l'enfant au quotidien. C'est avec ce professionnel-là que l'enfant trouve la possibilité de créer un lien d'attachement. Dans la mesure où un lien d'attachement sain permet une naissance psychique, la relation assistant familial/enfant ou plus largement famille d'accueil/enfant est déterminante si l'on parle d'intérêt de l'enfant. Or, cette relation est souvent traversée d'obstacles à l'épanouissement. Pour de multiples actes quotidiens, l'assistant familial ne peut se prononcer car il doit en référer au service qui lui-même doit en référer au parent. Or, si l'on se place du point de vue de l'enfant, il aurait besoin d'une figure parentale qui lui permette de se sentir comme les autres. Parfois, c'est l'assistant familial lui-même qui ne s'autorise pas à être dans une relation avec l'enfant sans en référer à un tiers. Certains assistants familiaux peuvent craindre de prendre la place des parents. Or, l'enfant a besoin de représentants parentaux. Ce n'est pas parce qu'il s'autorise à choisir des représentants parentaux qu'il oublie qui sont ses parents. Certains assistants familiaux craignent de s'attacher sachant qu'à tout moment l'enfant peut changer de famille d'accueil. Or, la perspective de changement de famille d'accueil ne place pas l'enfant en situation de sécurité intérieure, base de la construction personnelle. La loi prévoit de privilégier des placements durables. Il s'agit d'éviter à l'enfant des ruptures qui le rendent craintif et le déstructurent.

La loi prévoit qu'il n'est plus question du maintien du lien à tout prix. Elle introduit « la déclaration judiciaire de délaissement parental » dès lors que durant l'année qui précède la requête de délaissement les parents n'ont pas entretenu avec l'enfant les relations nécessaires à son éducation ou à son développement. Ainsi, par le recours à la déclaration de délaissement, le recours à l'adoption devrait s'en trouver plus fréquent. Ou le recours à un tiers digne de confiance, bénévole. C'est alors que de nouvelles inquiétudes émergent. En effet, il serait légitime de se demander dans quelle mesure la façon dont sont prises en charge les familles en difficulté n'influence pas le délaissement parental ? Certes, parfois, des situations seraient irrécupérables. Mais de nombreuses situations sont ambigües. Souvent les décisions de justice sont incompréhensibles. Ici ou là, on autorise des retours au domicile ou l'on accorde des droits d'hébergement tout en sachant qu'il y a danger pour l'enfant. Et d'autre part, on observe des placements abusifs. Prenons cette situation où on retire des bébés à des parents sans qu'aucun évènement n'ait justifié la décision. On explique au père qu'on n'a rien à lui reprocher mais qu'on a des suspicions quant à la mère du fait de son passé. Ainsi, on fait comme si le père n'existait pas. Un travailleur social insiste pour que la mère se fasse hospitaliser et suive un traitement alors même qu'un psychiatre a indiqué que ce n'était pas nécessaire. Et pendant ce temps, deux bébés sont arrachés de leur foyer pour être placés dans deux familles d'accueil distinctes.

Ce ne sont pas les parents qui créent ce traumatisme… Les parents font appel. Pour l'heure, le juge a autorisé des visites médiatisées ainsi qu'un droit d'hébergement mais n'a indiqué aucune fréquence. C'est un cadre social qui décide qu'il y aura une visite par semaine. Les parents demandent davantage, tous les jours. Le cadre ne peut pas répondre à leur demande, faute de moyens… Le cadre zappe complètement la mention « droit d'hébergement ». C'est-à-dire qu'un cadre social n'obéit pas à un juge de la République… Les enfants, très jeunes, deviennent alors réellement des enfants en danger mais pas du fait des parents. De jeunes enfants changent très vite d'une semaine à l'autre. Au fil des semaines, parents et enfants pourraient finir par ne plus se reconnaître les uns les autres. Que risque-t-il d'arriver si le juge maintient sa décision ? Les fils de la relation entre parents et enfants risquent de se perdre. Les parents, pour se protéger de leur souffrance, pourraient se retirer, s'éloigner, abandonner. Et on déclarerait alors un délaissement parental. Et on confierait ces enfants à des parents adoptifs. On ne peut pas, dans un état de droit, traiter de tels sujets à la légère. Une des raisons qui a conduit à revisiter la loi de mars 2007 est qu'il a été rapporté que trop peu de temps est accordé au travail avec les familles au profit du travail administratif. La loi « a traduit » en souhaitant accorder davantage d'importance à la cohérence et à la stabilité du parcours des enfants placés, mais n'ouvre pas assez de portes au travail avec les parents. Le système actuel ne leur offre que peu d'espace au sens de l'accompagnement à la parentalité. On a trop écouté les parents dans le sens de favoriser leur toute-puissance, on ne les écoutera plus du tout. Les parents vont payer une « écoute » de mauvaise qualité, un système qui n'a pas favorisé l'accompagnement à la parentalité.

Les visites médiatisées, une solution

Les visites médiatisées placent d'emblée les parents en situation de stress, pouvant leur faire perdre tous leurs moyens. Une assistante familiale racontait avoir rencontré par hasard les parents de l'enfant d'un an qu'elle accueille. Elle les avait trouvés très différents de l'attitude qu'ils peuvent présenter à l'occasion des visites. Elle les avait trouvés plus détendus et davantage centrés sur leur enfant. Est-ce anecdotique ou est-ce à prendre très au sérieux ?

Pour conclure, la nouvelle loi va permettre de mettre fin à des situations insupportables pour des enfants MAIS ne répond pas à la demande des services sociaux qui était de leur permettre d'apprendre à travailler avec des parents dans l'optique d'une éducation ou d'un accompagnement constructif à la parentalité.

Violaine Verdoux Darrieumerle

Nb : Les situations relatées ne sont pas issues de mon partenariat actuel avec un Conseil Départemental.

Photos : Shutterstock

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Écrit par

Cabinet de Psychologue Violaine Verdoux Darrieumer

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