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Interview avec Eric Faucher du Centre de la Santé Psychique

Eric Faucher est un psychologue clinicien et psychothérapeute spécialisé en psychologie transculturelle et en ethnopsychiatrie.

3 avril 2012 Interviews - Lecture : min.

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Eric Faucher est un psychologue clinicien et psychothérapeute spécialisé en psychologie transculturelle et en ethnopsychiatrie. Il dirige le Centre de la Santé Psychique, un centre qui regroupe les Cabinets de Psychologie clinique et de Psychothérapie de Lyon et Grenoble/Villars-de-Lans ainsi que le service de télépsychothérapie de Jérôme Leden. Dans son exercice, il développe la psychologie tropique, qui permet de rajouter la dimension du mouvement aux disciplines habituelles de la psychologie, ainsi que la webthérapie.

  • Quel est votre parcours ?

Il s'agit d'un long parcours. J'ai d'abord suivi des études de médecine durant trois ans parce que, passionné d'aviation, je voulais devenir médecin de la patrouille de France ! J'ai ensuite suivi une formation en kinésithérapie, une discipline où le mouvement occupe une place importante, plus qu'en médecine. En revanche, je ne connaissais rien à la psychologie mais, lorsque j'ai découvert cette discipline, j'ai trouvé ça passionnant et, du coup, les disciplines médicales m'ont semblées fades.

De plus, le contact avec les patients (hôpitaux militaires, civils, en kiné dans les centres de rééducation fonctionnelle) durant mes études de médecine m'a permis de me rendre compte que l'aspect psychologique de la relation avec le patient était fondamental.

À force d'être en position de clinicien dans le milieu médical, j'ai fini par m'intéresser à la relation elle-même, à ce que ça pouvait signifier. Ce sont des rencontres en chaîne qui ont fini par préciser la manière dont je pouvais devenir un psychologue clinicien.

J'ai aussi fait pas mal de voyages, ça me semblait intéressant d'aller voir ce qu'il se passait ailleurs avec mes propres yeux. Je suis allé un peu partout, en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie... Je m'y suis passionné pour les cultures locales.

  • Quelles sont les formations que vous avez suivies et quelles sont vos spécialisations ?

J'ai donc entrepris des études universitaires en ethnopsychiatrie à l'Université Paris 8. J'y ai trouvé mon compte car il s'agit d'une discipline très complète et critique vis-à-vis des autres disciplines. Son objet est de comprendre la face cachée des choses, approcher les invisibles, autant chez les patients, que chez les psychologues et thérapeutes en tout genre et partout sur terre : comprendre comment on devient psy, ce qui se cache derrière les autres disciplines (décrypter la psychanalyse, la médecine, les pratiques traditionnelles ou scientifiques, etc.). On va voir derrière les pratiques, à travers les cultures. On tente de découvrir les raisons cachées de la psychologie, ou de la souffrance et de la maladie. Et comme j'ai toujours été attiré par la face cachée des choses…

Des conflits au sein de l'Université ont eu pour conséquence la disparition du DESS en ethnopsychiatrie. Je n'ai donc pas pu faire de Master 2 et j'ai décidé de partir à Lyon, où j'ai dû refaire un Master 1 en psychopathologie clinique. La faculté de Lyon 2 est connue pour l'enseignement de la psychanalyse et les études en psychologie clinique sont centrées là-dessus. Donc je me suis retrouvé à étudier une discipline envers laquelle l'ethnopsychiatrie est très critique. Je suis ensuite entré en Master 2 en clinique mais, en même temps, j'ai suivi des cours et passé des modules de psychologie interculturelle. On m'a permis de faire cela car j'avais une formation en ethnopsychiatrie. J'ai donc pu affiner mes connaissances et mon expérience des thérapies groupales et familiales. Et comprendre l'importance et l'influence des cultures et des conflits interculturels, dans la construction de tous les individus et dans l'organisation de toutes les pathologies.

  • Pouvez-vous nous parler de votre pratique, des approches et outils théoriques que vous utilisez ?

Pour moi, la théorie et la pratique sont indissociables. Derrière toute pratique en œuvre se cache une théorie en action. Si un psy vous propose une technique thérapeutique et qu'il n'est pas clair sur la théorie sous-jacente, ou qu'il a construit cette théorie sans vous, qu'il sait déjà la technique qu'il va employer avant même de vous avoir rencontré, alors il y a danger. Cette personne va vous manipuler et tenter de vous inculquer sa vision du monde. Il ne s'intéresse pas à vous, mais uniquement au pouvoir qu'il peut avoir sur vous. Il défend ses intérêts, pas les votres !

Mes techniques sont multiples, j'en ai apprises à l'Université ou ailleurs, j'en invente aussi chaque jour. Ce qui compte, c'est que lorsque j'utilise une technique, je sais d'où elle vient, le patient aussi, et je sais pourquoi je l'utilise, en rapport avec l'histoire du sujet. Et si cela pose problème, je n'hésite pas à changer. Je commence toujours par chercher à avoir une vision claire du problème, et cela à l'intérieur des systèmes qui ont construit le sujet, pas de mes systèmes à moi !

Les psychologues ont tendance à penser les choses, à analyser, mais ce qui définit la clinique c'est la prise en compte de chaque cas comme unique, la prise en compte de la diversité. Soigner c'est aider à prendre en compte les différences, et l'originalité de chaque situation et de chaque être.

Dans ma pratique, j'ai développé la psychologie tropique qui rajoute le mouvement aux disciplines habituelles de la psychologie, plutôt statiques. Je suis d'ailleurs en train d'écrire un manuel sur la psychologie tropique. Il s'agit, par exemple, de déterminer comment on peut, à partir d'une volonté, arriver à une réalisation, à quelque chose de concret. Et ceci en régulant les distorsions du mouvement qui est censé aboutir à cette réalisation. Je propose de "réparer" la machine de l'esprit sans l'arrêter, de la réparer dans le mouvement, c'est une de mes clés thérapeutiques, ce qui différencie la thérapie tropique des autres. Car, si l'on arrête la machine, on ne sait plus ce qui ne va pas, on reste en surface, et on tourne bêtement autour, avec différents points de vue. Cela explique les différents courants de la psychologie, des points de vue statiques sur un système que l'on freine artificiellement (souvent avec des médicaments psycho-tropes pour arrêter ou modifier le tropisme) en croyant mieux le saisir ainsi. On fonctionne alors dans la peur et le contrôle sur ce système que l'on ne laisse pas respirer et nous montrer les régénérations possibles. Comme si on arrêtait un film en faisant pause, pour comprendre le scénario à partir de quelques images, alors que c'est l'ensemble du film en mouvement qui peut nous en parler.

La psychologie tropique explique très bien pourquoi les psychologies classiques se retrouvent devant tout un tas de maladies incurables (schizophrénies, etc.)

De plus, j'ai organisé des expéditions en Amazonie avec des patients. Ce qui m'intéresse c'est de travailler avec le concept d'immersion (contrairement aux autres pratiques de la psychologie qui travaillent sur la projection). Les phénomènes d'immersion sont plus importants et intéressants à observer, les sujets sont dans une expérience de leur vie, et il s'agit de voir comment les gens réagissent face à cette immersion.

L'immersion du patient dans un certain contexte, que ce soit au cabinet ou ailleurs, est importante. Je dispose de plusieurs pièces et objets au cabinet et les contextes et les ambiances peuvent être modifiés, je suis prêt à repeindre les murs ou à utiliser un chapiteau de cirque comme espace de thérapie, si cela fait sens !

L'immersion dans une foule, par exemple, permet d'observer que le comportement est accompagné de tout un tas de tropismes. J'analyse tous les effets d'immersion dans la tête du patient, ses états de conscience et pourquoi il fait tout cela.

Un autre exemple : le mal du transport. Si quelqu'un ne se sent pas bien dans un avion, c'est qu'il se passe quelque chose qui est provoqué par le mouvement de l'avion, par le fait de se retrouver dans une immersion très spéciale. En résultent des effets tropiques et dynamiques provoqués par ces situations, des états psychiques qui se modifient, etc. Cela permet de réguler certains malaises ou phobies directement à la source, sans avoir à agir sur le comportement, sans chercher à se reconditionner comme si nous étions des animaux à dresser !

Si un patient veut arrêter de fumer, je ne vais pas lui faire une rééducation, le gronder ou lui donner un chewing-gum de nicotine. Tout ça c'est statique, il n'y a pas de mouvement, pas d'invisible là-dedans. Je reviens aux aspects culturels, à ce qui se passe au niveau psychotropique. Je propose de fumer du vrai tabac par exemple. Les patients prennent alors conscience de ce qu'ils font habituellement en fumant leurs cigarettes au tabac dénaturé, sans vie et sans culture. Et des raisons de ce comportement, de ce qui se passe vraiment quand ils font cela, de ce que leur esprit demande, de la réalité tropique qu'ils servent ou desservent.

Je propose également des thérapies préventives pour donner des clés concernant des problèmes qui pourraient surgir dans le futur, par exemple dans les époques de changements et pendant certains passages que l'on traverse nécessairement dans la vie. On est tous un peu passeurs de nos vies et je me sens passeur de mes patients, j'essaye de leur apprendre à vivre ce passage et apprendre à être leur propre passeur.

Lorsque l'on est en crise, on pense avoir besoin de s'arrêter, tout va trop vite, on ne peut plus suivre. On freine des quatre fers. Mais la vie et le tropisme ne s'arrêtent jamais, ça ne va pas s'arrêter, la seule solution c'est de réparer la machine en route, tout en continuant à la faire fonctionner. C'est pour cela qu'il faut savoir travailler au sein de cette dynamique naturelle et complexe, et ne pas tricher avec des grilles diagnostiques statiques, ou une technique de soin pré-formatée.

Les premiers patients qui ont pu bénéficier de la thérapie tropique ont été les surdoués ou "hauts potentiels" car cette thérapie est, par essence, basée sur l'intelligence de chacun, et sur l'accompagnement de ces potentiels. Je fais moi-même partie de Mensa, principale association internationale pour "surdoués".

J'ai pu aussi très vite aider les parents en créant des groupes thérapeutiques, autour de la parentalité, en les aidant à accompagner le tropisme de leur enfant.

  • Comment se développe votre activité actuellement ?

Je suis très intéressé par tout ce que peut offrir Internet. Je suis en train de développer la web-thérapie et la télépsychothérapie. Mais il faut avoir une vision très claire de tout ça, et définir un cadre, car tout cela peut être dangereux si ça se développe n'importe comment. Il faudrait que les psychologues qui proposent des consultations en ligne se forment, car il s'agit d'une nouvelle approche du métier.

À l'Université d'Ottawa, au Canada, je me suis formé en cyberpsychologie. Là-bas, comme à l'Université de San Diego, en Californie, il y a de nombreux spécialistes, il y a un cadre théorique, on ne fait pas n'importe quoi.

J'utilise aussi la psychologie tropique comme outil théorique pour développer la télépsychothérapie et la web-thérapie. Un psy est toujours en train de jongler entre la théorie et la pratique, de lier la pensée à l'action. Il ne suffit pas de juste brancher la webcam, c'est plus complexe que ça. La psychologie tropique me donne les clés pour cette modalité de soins. Et cela fonctionne plutôt bien !

Actuellement, je propose aussi des séances courtes de cinq minutes qui permettent de battre le fer tant qu'il est chaud. Si une personne a un problème soudain, où qu'elle soit, et qu'elle a accès à un ordinateur, un smartphone ou une tablette numérique, elle peut demander une séance "flash" qui lui permet, en quelques minutes, de dénouer ce problème. L'objectif est d'aller droit au but, ce n'est pas du tout la même chose qu'une thérapie classique. Il y a un cadre très strict, on ne perd pas de temps et on ne peut pas s'éparpiller, puisqu'il faut se centrer sur un problème concret en quelques secondes et éliminer tout ce qui est "de trop". Ce principe se nomme le co-tropisme ou l'entre-capture, c'est très particulier et très efficace. Une sorte de transe à deux que je déclenche, et qui apporte tout de suite un plus, grâce au type de lien qui s'établit. Un transfert particulier que l'on nomme transfert éversif et qui supprime les systèmes projectifs, pour s'immerger ensemble face à la réalité du problème.

On est dans un système tropique, on ne prend pas les choses avec des pincettes, la personne fait un choix concernant ce qui lui pose problème et on démarre là-dessus. Tout ceci s'est développé aux États-Unis et je commence à le développer en France. Pour l'instant, je le propose comme supervision aux autres psychologues. C'est une méthode qui marche bien avec les psychologues, car ils sont habitués à penser les choses rapidement. La réception de cette méthode est bonne, les gens sont surpris positivement.

J'ai certaines inquiétudes concernant les formations des autres psychologues. Internet est une autre matrice, l'invisible et le virtuel y sont très présents, et de nombreux aspects devraient être pris en compte dans les enseignements de la psychologie, trop matérialistes ou trop sectaires. Cette "révolution culturelle" est en mouvement, et ce qui est en mouvement et en changement doit être utilisé pour aider les patients à vivre ce changement ! Cela demande de connaître les principes de base de tout tropisme, et c'est bien cela qui est transmis au cours de mes psychothérapies, et qui rend les gens autonomes.

C'est dans cette honnêteté intellectuelle que j'aime travailler.

Photo : Éric Faucher, Le Centre de la Santé Psychique

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