La place de l'autre dans la relation mère-enfant

Suis-je une bonne mère? Voilà une question qui taraude bon nombre de maman. Comment se défaire de ce culte de l'excellence maternelle ?

20 AVRIL 2020 · Lecture : min.

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La place de l'autre dans la relation mère-enfant
  • L'excellence maternelle

Il est socialement admis et même valorisé qu'une mère soit entièrement dévouée à ses enfants.

Elle devrait les aimer infiniment, faire des compromis, avoir lu les derniers livres de neuroscience et d'éducation positive ou bienveillante. Les mères ne se retrouvent pourtant pas toutes dans cette représentation et elles n'en sont pas maltraitantes pour autant. Cet archétype de la mère super héros que les médias - et l'Histoire aussi - véhiculent engendre parfois beaucoup de culpabilité et de vulnérabilité.

  • Une réalité bien différente

Les façons d'être mère varient en fonction de chaque femme. Toutes ont leurs forces et leurs faiblesses. Beaucoup essayent de faire au mieux, comme elles peuvent avec ce qu'elles sont et avec ce qu'elles ont reçu. Il y a les mères maternantes, toutes dévouées à leurs enfants, au risque de discréditer ou de mettre à distance la figure paternelle ou tout autre tiers séparateur. Elles sont mères à 100% et ont oublié l'amante, l'épouse, la femme qu'elles étaient. Il y a les mères carriéristes, qui surinvestissent leur profession. Qui partent tôt et rentrent tard à la maison. Qui mènent de front enfants et travail.

Il y a celles qui n'ont pas le choix pour nourrir leur famille. Il y a les mères qui ont des mères et celles qui n'en ont pas. Il y a des mères qui ont des mères, qui n'ont pas su ou put transmettre, ce que c'est qu'être mère. Il y a des mères qui ont trouvé d'autre figure de référence que leur propre mère, et celles qui composent avec l'absence d'identification maternelle suffisamment etayante.

  • L'importance de l'introduction des tiers personnes

Les mères peuvent se sentir bien seules dans l'éducation de leurs enfants. La société peut leur faire croire que la mission éducative leur incombe à elles seules. L'éducation est pourtant l'affaire de toute une communauté. Notre société individualiste nous avons tendance à oublier l'importance du clan: cercle d'amis, famille, école... qui peut être, à son mot à dire pour encourager, soutenir, seconder les parents; éduquer et prendre soin des enfants. Un proverbe africain ne dit-il pas qu'il faut tout un village pour élever un enfant? L'enfant n'a pas besoin d'une mère parfaite mais d'une mère qui, dans sa relation à son enfant, laisse la place aux autres. Nul besoin de tout combler, de tout offrir à son enfant. Il s'agit alors d'être une mère suffisamment bonne. Pas parfaite, pas excellente non, juste, suffisamment bonne. Pour dire les choses simplement, avoir 11/20 c'est très bien.

C'est l'imperfection de la mère qui participe à donner une place à l'autre. C'est parce qu'elle ne sait pas tout et ne peut pas tout, qu'elle passe le relais à d'autre personne. L'enfant s'ouvrira ainsi à d'autres horizons, pour son plus grand bien. Pourvu que l'autre soit lui aussi suffisamment bon. L'éducation c'est avant tout l'introduction d'un tierce separateur dans la relation mere-enfant. D'abord le père, puis l'assistante maternelle, les instituteurs et les professeurs... Ces tiers personnes participent à la transmission de valeurs et de références et permettra à chaque enfant de se construire de façon singulière. L'éducation est avant tout implicite, cachée à notre conscience, elle est constituée de l'héritage socio-culturel d'une famille et plus largement d'une communauté. A la question suis-je une bonne mère, je crois qu'il faut surtout rajouter la question: Existe t'il une place pour l'autre dans la relation mère-enfant? Et quel crédit je donne à ces autres personnes ?

Photos : Shutterstock

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Écrit par

Laureen Mounier

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Bibliographie

Bibliographie:

- La Mère suffisamment bonne, Donald W. Winnicott. (1953).

- L'implicite des relations, base de l'éducation familialeJean-Pierre Pourtois, Huguette Desmet et Willy LahayeDans Éducation et sociétés 2008/2 (n° 22), pages 87 à 96

- Charges éducatives et rôle des femmes dans les familles recomposéesSylvie CadolleDans Cahiers du Genre 2001/1 (n° 30), pages 27 à 52

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