La construction de l’identité des jeunes dans un monde “accéléré”

Comment l'accélération des nouvelles technologies et la vitesse des changements sociaux, impacte-t-ils la construction de l'identité des jeunes aujourd'hui ?

8 JUIN 2021 · Lecture : min.

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La construction de l’identité des jeunes dans un monde “accéléré”

Nous vivons dans un monde accéléré, où les nouvelles technologies apparaissent à un rythme de plus en plus rapide et nous offrent une quantité d'activité en augmentation exponentielle.

Les nouvelles technologies que nous connaissons tous (notamment les smartphones et toutes les applications qui vont avec ..) amènent avec elles de nouvelles normes sociales et les changement sociaux aussi s'accélèrent.

À titre d'exemple, les smartphone et leurs outils comme la messagerie instantanée nous poussent à une niveau de réactivité très élevé :

  • Temps de réponse acceptable pour une lettre = plusieurs semaines ;
  • Temps de réponse acceptable pour un e-mail = moins d'une journée ;
  • Temps de réponse acceptable pour une message de réseaux sociaux = moins d'une heure.

Les personnes qui ne se plient pas à cette nouvelle norme deviennent "anachroniques" ou obsolètes. Cette norme sociale est bien réelle puisque 60% des personnes se disent affectées négativement en cas de non réponse à un message personnel envoyé à quelqu'un qu'ils connaissent et 75% ont une opinion négative de la personne qui ne répond pas. Ne pas s'adapter à cette nouvelle norme a des imapcts sociao-affectifs.

L'accélération du changement social

Au-delà de ces évolutions de codes de comportement sur la communication, des changements fondamentaux sont apparus dans les différentes sphères de la vie, causés indirectement par la technologie, et touchant

  • le domaine professionnel - p.ex. 11 emplois et 3 formations dans la vie (USA - 2015) ;
  • la structure familiale - p.ex. conjoint pour la vie vs. compagnon pour une partie de la vie, fin de l'organisation idéale typique de la famille/du couple.

L'objectif d'un jeune p.ex. dans les années 1908 était de se construire un parcours de vie qui était "Trouve toi ton métier" et "Fonde ta propre famille". Il y avait bien sûr des changements mais moins rapides.

Le changement a atteint dans la modernité tardive (depuis 1990 environ) une telle vitesse qu'il n'est plus perçu comme la transformation de structures stables "traditionnelles" dont le changement est souhaitable et attendu mais comme un changement qui provoque une incertitude fondamentale et potentiellement chaotique.

La vitesse des changements dépasse dorénavant la capacité des personnes - mêmes jeunes, mêmes flexibles et mêmes avec une intelligence vive, à assimiler les informations et les nouvelles compétences liées aux changements. Se créer une vision du monde fonctionnelle et stable devient impossible. Ce niveau d'accélération étant relativement récent (années 1990-2000), une personne de 50 ans comme moi se trouve en décalage fort de valeurs mais surtout aussi de mode de fonctionnement avec les générations plus récentes.

Nouvelle dynamique de la construction de soi

Ci-dessous une synthèse de mode de construction de l'identité entre la période pré-moderne (avant l'industrialisation, soit avant le 19ème siècle), la période moderne "classique" du 19ème et 20ème siècle et la période de la modernité tardive depuis les années 1990/2000.

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Dans ce contexte, les "jeunes" face à un grand nombre d'options et une incertitude sur le futur qui est intégrée et permanente, développent de nouvelles stratégies

Il leur faut ne pas perdre d'options et rester dans le coup à cause du vieillissement des connaissances et des capacités. Ils se mettent donc une pression eux mêmes forte et permanente, une pression de temps qui vient de l'intérieur. Ce n'est plus "avoir réussi professionnellement et fondé une famille avant 40 ans", mais découvrir qui on est par la multitude des expériences traversées. Ça change tout.

  • les choix dans la vie se font sur des projets personnels ouverts, fragmentaires, expérientiels ;
  • Les âges de la vie ne sont plus liés à des activités (tomber amoureux, se former..) ;
  • Les perturbations sont normales.

Face à cette nouvelle vision du monde, 2 comportements intéressants apparaissent :

  1. Construction de soi, de son identité = les jeunes ont moins de cadre à priori transmis par leurs ainés car ils sont clairement perçus comme dépassés, plusieurs fois… La priorité est de naviguer dans les différentes situations face à un nombre de choix à faire et de décisions à prendre multiples. L'identité de chacun dépendra donc de la situation. Cela pourra sembler incohérent vu de l'extérieur avec une vision du monde d'avant. P.ex. un jeune pourra dans une situation être "conservateur" dans une situation donnée et "rebelle" dans une autre. Il découvrira (ou pas) au fur et à mesure des situations certains invariants, qui le construiront petit à petit.
  2. Comportement fonctionnel du quotidien, bienvenue au "joueur", exit le "planificateur". Face à l'incertitude permanente, et la peur de passer à côté d'expérience qui seraient plus utiles, intéressante, plaisantes (Fear of Missing Out - FOMO), il semble en effet plutôt fonctionnel de planifier un peu mais de réviser en permanence ses priorités, ses choix pour essayer de maximiser ses options. Ce qui peut paraître comme un comportement volatile à des adultes serait une stratégie efficace d'adaptabilité et d'avancement dans la vie.

Ainsi d'un point de vue psychologique, pour accompagner un.e adolescent.e ou un.e jeune adulte il n'est pas efficace de mettre la pression pour faire des choix long terme puisque son identité se construit de manière progressive par les expériences vécues. Inciter à multiplier les expériences et prendre conscience de son ressenti lors des expériences est en revanche une voie adaptée.

Photos : Shutterstock

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Écrit par

Bernard HASSON

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