Docteur, je vous aime

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Un professionnel de santé ne doit pas abuser de la vulnérabilité momentanée de ses patient(e)s.

12 FÉVR. 2019 · Lecture : min.
Docteur, je vous aime

- Docteur, ma situation actuelle est pire qu'avant.

- Avant quoi, Madame Karou ?

- Depuis que je vous vois, je suis obsédée par vous.

- Par moi ?

- Docteur, je vous aime, vous avez toutes les qualités que mon crétin de mari n'avait pas, vous êtes parfait pour moi.

- Pourquoi êtes vous restée plus de 15 ans avec un homme que vous trouviez crétin ?

- Quand je l'ai rencontré, je le trouvais parfait.

- Dans ce cas là, vous me trouverez crétin dans quelques mois. Sachiez, Madame Karou, que je ne suis jamais l'amant de mes patientes.

- Mais vous pouvez faire une exception pour moi et je veux bien me faire impatiente rien que pour vous.

- Je vous conseille un confrère spécialisé dans ce genre de cas.

- Mais docteur, je ne vais pas vous sauter dessus, je veux juste que vous m'aimiez.

- C'est bien ce que je vous dis, ce confrère saute sur toutes les femmes désarmées qui rêvent d'être aimées, il sera ravi de vous avoir comme patiente impatiente, surtout que vous êtes charmante et séduisante.

- Mais, c'est vous que je veux.

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- Mme Karou, je suis un médecin qui est tenu non seulement au respect des règles légales sur la profession médicale, mais également au respect des règles déontologiques. Je ne serai jamais votre amant. Mon engagement, c'est de vous accompagner vers la guérison. Coucher avec vous ne serait pas vous soigner, ce serait plutôt abuser de mon statut pour profiter de vous. Je ne fais que mon travail, celui de réparer votre âme meurtrie. Pour cela, vous n'avez pas besoin de coucher avec moi. Parler sera bien suffisant.

- Mais je vous aime !

- Moi aussi, je vous aime, c'est bien pour ça que je vous conseille de me voir comme un médecin et non comme un amant ou un amoureux potentiel. Et je ne suis pas payé pour jouer au prince calmant. Je suis médecin et si je décide de changer de boulot et d'être un gigolo, je vous ferai signe. Pour le moment, je fais mon travail dans les règles de l'art. Voici le numéro de ce confrère qui est réputé pour baiser vite fait et mal fait. Quoiqu'il en soit, il vous sautera.

- Mais, il faut dénoncer ça.

- C'est aux patientes de le faire et d'arrêter de rêver d'un homme parfait qui n'existe pas.

- Je n'ai plus qu'à mourir.

- Avant de mourir, je peux vous accompagner vers la guérison de votre dépression et je suis sûr qu'après vous serez bien armée pour rencontrer un homme imparfait, sain de corps et d'esprit.

- C'est d'accord, je vous fais confiance.

- Alors au prochain rendez-vous,  Mme Karou.

- Merci Docteur.

À savoir

Un professionnel de santé ne doit pas abuser de la vulnérabilité momentanée de ses patient(e)s. Psychiatres, psychologues, thérapeutes accueillent des personnes dans une période fragile et leur rôle est de les accompagner vers la confiance en soi, la responsabilisation et certainement pas vers la dépendance affective ou sexuelle. Les patient(e)s qui entament des relations intimes amoureuses ou sexuelles sont victimes et en tant que victimes, elles se sentent souvent coupables d'avoir céder à leur besoin de se sentir aimées et aimables.

Les professionnels qui abusent de leur statut sont des personnes qui ne respectent pas leur engagement à prendre soin de ceux ou celles qui leur donnent toute leur confiance. Normalement, c'est puni par la loi mais beaucoup de victimes se taisent ou préfèrent minimiser ce délit ou mettent un voile dessus. En attendant, leurs blessures d'âme ne sont pas guéries, au contraire, elles s'aggravent.  

Laurence Traineau, "Docteur, je vous aime"

Pour plus d'informations :

https://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/sexuelles.pdf 

Écrit par

Laurence Traineau

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