La place de l'enfant dans les nouvelles configurations familiales

La famille en tant que telle aujourd'hui, est bien différente de celle de nos parents, et de nos grands-parents. Le divorce semble anodin mais on oublie les ressentis des enfants.

8 JUIN 2022 · Lecture : min.

PUBLICITÉ

Séparation parents

Geneviève Delaisi de Parseval et Suzanne Lallemand qui sont psychanalystes, résument avec humour l'évolution, dans notre culture, des représentations du bébé au cours des siècles.

De « l'encombrant nourrisson » de l'Ancien Régime, on est passé successivement au « charmant bébé » rousseauiste, pour ensuite voir le nouveau-né comme «utile et nécessaire» puisqu'il permettait de repeupler les pays et de renforcer les armées.

Vint ensuite le discours médical qui, s'étant approprié le savoir sur la maternité et le développement de la puériculture, estimait qu'il « faut dresser» le bébé. Ensuite on voit ce dernier se muer, pas à pas, en « merveilleux bébé » doté d'une « divine maman » . Pour devenir actuellement « l'enfant trésor de ses parents » qui se doit d'être intouchable et hyper sécurisé.

L'enfance se retrouve donc hissée sur un piédestal, et l'amour « maternant », de plus en plus glorifié, est reconnu comme une exigence sociale liée à notre histoire culturelle. Est-ce par conséquent étonnant, lors d'une séparation parentale, de voir l'enfant devenir un enjeu majeur ?

Objet d'échange, lieu de pouvoir et de réappropriation. à moins qu'il ne soit un exutoire de haine ou un instrument de vengeance ! On peut le voir au cours des médiations familiales, où l'enfant ou les enfants communs du couple, deviennent « la chose la plus importante » !! Comme le terme de » chose » parle bien au-delà de toute explication. Chacun veut son morceau, son quota de temps, le partage à la minute / minute. Et tout cela sous le couvert de l'amour ?

Quels changements dans la conjugalité ?

La séparation parentale fait actuellement partie du paysage social. De nos jours, un couple sur deux se sépare au bout de quelques années et ceci paradoxalement de plus en plus rapidement après avoir pris la décision de vivre ensemble.

En France, en 2005, pour 40 000 couples qui se sont mariés, 30 000 ont divorcé… La région parisienne compte actuellement 2 divorces pour 3 mariages.

Quels sont les effets de ces séparations sur les enfants ?

Chaque cas est particulier, chaque séparation est un processus unique qui se déroule au sein d'une famille unique. Et ses effets sont ressentis différemment par chaque enfant. Mais on ne peut minimiser l'impact de ce moment de vie sous prétexte qu'il touche de plus en plus de familles, et la banalisation du phénomène d'éclatement des couples parentaux ne doit pas masquer la souffrance de chacun des protagonistes.

Parents, enfants, grands-parents… Une séparation est toujours perçue par l'enfant comme un choc, un traumatisme qu'il peut et doit surmonter. Pour les enfants, la fréquence des divorces ne diminue pas la souffrance de l'épreuve. Mais la souffrance n'est-elle pas une notion bien difficile à décrire et à cerner ? Personne ne souffre de la même façon.

Mais pourquoi tant de divorces ? Qu'est-ce donc qui a fondamentalement changé ? Pourquoi les mariages arrangés du passé ne rencontraient-ils pas autant d'échecs ? Parce que, aujourd'hui, il, faut s'aimer et se marier d'amour, et lorsque l'amour se transforme, les individus se trouvent alors parfois démunis, perdus, nus, vidé de cet amour qui les maintenaient en vie.

Aujourd'hui les couples ne se forment plus en vue de solidifier les structures familiales, mais l'enfant sert à montrer qu'on l'aime, qu'on « aime l'aimer », et que l'on est aimé. L'attachement et l'amour sont devenus des composantes plus importantes de la vie familiale moderne qu'ils ne l'étaient auparavant.

Les évolutions de la place de l'homme et de la femme moderne sur le contrôle du désir d'enfant, par exemple ont certainement chamboulé nos représentations liées à l'enfance, à la parentalité ainsi qu'à la nature de l'affection portée à l'enfant. Il est maintenant devenu impératif de proclamer son désir d'enfant et son amour pour cet enfant, ainsi que son « droit » à l'enfant. Cette valorisation extravagante de l'enfant ne favorise pas une attitude sereine lors des séparations. Parfois même, elle ne fait qu'amplifier les tensions.

Ce n'est plus la structure sociale qui s'exprime dans le couple mais la structure personnelle, or quand l'amour préside au choix du partenaire, la moindre épine fait exploser le couple. La conjugalité se construit autour de fragilités conscientes et inconscientes des partenaires. Et l'inconscient se voit sérieusement activé lorsque l'enfant paraît !

Le dilemme actuel des familles s'avère être ceci : pour vivre bien, il faut à la fois tout faire pour rester soi, et… arriver à vivre tous ensemble !

Et lorsque survient une séparation, un autre type d'enjeu paradoxal s'annonce : tout faire pour rester soi… et arriver à vivre séparé en respectant l'autre qui souvent vous a déçu ou fait souffrir.

Car, même si les parents s'efforcent de régler leur séparation au mieux, même s'ils tentent de faire l'impasse sur leurs désaccords d'adultes, l'éclatement du couple parental entraîne inévitablement de douloureuses conséquences pour tous les membres d'une famille.

L'affection portée à l'enfant, aussi sincère soit-elle, n'a pas la capacité de ramener du calme face au couple qui se déchire !

EI il y a tant à penser :

  • d'abord accepter la nouvelle orientation de notre société se construisant plus autour de projets de vie individuels que par rapport à l'institution du mariage en tant que symbole constitutif d'une famille.
  • Dans ce nouveau contexte, comment soutenir le lien vital entre parents et enfants ?
  • Comment adoucir l'impact qu'a, pour l'enfant, l'éclatement du premier« triangle amoureux » (père/mère /enfant) dont il est issu?
    • Que pourrait-il dire à chacun de ses parents ?
    • Que souhaiterait il savoir de son histoire ? de la leur ?
    • Comment vit-il le déchirement entre deux figures d'amour ?
    • Comment comprendra-t-il la reconstruction de familles recomposées ?­

Relancer notre questionnement par l'écoute de celui des enfants est sans doute plus essentiel que de proposer des réponses toutes faites.

Et c'est souvent plus tard, bien plus tard que les questionnements multiples liées à la séparation des parents apparaissent. En effet, dans nos cabinets, nous nous trouvons en face d'adulte avec une enfance blessée. Avec de multiples questions qu'ils n'osent pas poser à leurs parents séparés. Avec un sentiment de culpabilité présent , ou avec la difficulté de construire sa propre histoire .

Au fur à mesure des séances, on refait le chemin de la séparation entre les parents, de la culpabilité face au conflit de loyauté. Qui est responsable de la séparation ? Et cette question reste souvent sans réponse car les enfants n'étaient pas et n'ont jamais été en rien responsable du chemin conscient et inconscient parcouru par leurs parents.

Aujourd'hui, ils se doivent d'exister et tâcher de ne pas reproduire l'histoire transgénérationnelle de leurs familles respectives. Ils se doivent à eux-mêmes de trouver leur propre route de vie . Et parler, sortir de l'intérieur bien enfoui, la souffrance qui souvent les mange de l'intérieur. Parler pour permettre aux mots et aux maux de prendre de la distance. S'autoriser enfin, de regarder en arrière en pensant à demain et non plus à hier.

Ils ont la force que leur transmet leur thérapeute, et qu'ils ont choisi !

Photos : Shutterstock

PUBLICITÉ

Écrit par

Brigitte Djian

Voir profil

Bibliographie

  • Famille à tout prix, Geneviève Delaisi de Perceval, 2008
  • Familles recomposées : le Loi et non l'exeption, 2002
  • Nouvelles configuration Familiales, Edith Goldbeter Merinfeld, 2O11

Laissez un commentaire

PUBLICITÉ

derniers articles sur thérapie familiale