Séparation : quand les pères ne voient plus leurs enfants

[...] 13 % des enfants de parents séparés grandissent sans voir leur père. Et plus l'enfant grandit, plus la fréquence des relations se raréfie.

24 OCT. 2016 · Lecture : min.

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Séparation : quand les pères ne voient plus leurs enfants

D'après l'Etude des Relations Familiales et Intergénérationnelles (E.R.F.I.) réalisée par l'I.N.E.D. (Institut National des Etudes Démographiques) et l'I.N.S.E.E. (Institut National des Statistiques et des Etudes Economiques) en 2010, 13 % des enfants de parents séparés grandissent sans voir leur père. Et plus l'enfant grandit, plus la fréquence des relations se raréfie.


Dès l'âge de la majorité ce chiffre passe à 20 % (entre 18 ans et 21 ans) et à 32 % entre 30 ans et 34 ans. Cette prise de distance est à mettre en lien avec la disparition du cadre juridique. En effet au-delà de 18 ans, il n'existe plus de moyens juridiques de contraindre l'enfant à voir son père. De même que certains pères prennent parfois de la distance au moment de la majorité en estimant qu'ils ont mené à bien leur tâche. L'ensemble de ces chiffres sont cependant en nette diminution avec ceux relevés lors de la précédente étude datant de 1994. L'idée s'impose en effet aujourd'hui, que le couple parental doit survivre au couple conjugal.

La rupture de contact

La rupture de contact entre les pères et leurs enfants prédomine chez les pères les moins favorisés. Toujours selon l'I.N.E.D., on note effectivement une corrélation entre le niveau de diplôme, la situation professionnelle et le niveau de revenus, et l'absence de contact suite à la séparation. On peut aisément comprendre que le niveau de revenus se répercute sur la qualité de la relation dans la mesure où la séparation entraîne des frais supplémentaires : frais de transports par exemple. Par ailleurs, le père ne dispose pas toujours d'un logement adapté lui permettant d'accueillir son enfant chez lui. La distance géographique est aussi un facteur qui entre en ligne de compte.Mais on note également, que la rupture du lien entre l'enfant et son père est bien souvent consécutive à une séparation conflictuelle entre les parents. La qualité de la relation « post-couple » influe directement sur la qualité de la relation père-enfant. Comme le souligne Caroline Kruse, Conseillère Conjugale & Familiale à Paris, « Le lien entre le père et l'enfant se défait très souvent à la suite d'un conflit violent entre les parents, qui perpétuent à travers cette prise en otage de l'enfant, une séparation qui n'a pas pu se faire psychiquement entre eux ».

La coparentalité

Le principe de coparentalité, favorisé et encouragé en matière de droit des familles, n'est pas toujours aisé à mette en pratique. En 2010, 73,5 % des enfants sont confiés à la garde de la mère (On note cependant une légère évolution : ils étaient plus de 80 % en 2003) et le père se voit octroyer un droit de visite et d'hébergement. A la suite d'une séparation, une garde alternée chez les deux parents peut également être mise en place selon des modalités établies par les conjoints (quand ils arrivent à s'entendre) ou directement par le juge. L'alternance favorise le maintien du lien, même s'il faut bien le reconnaître, l'exercice de la paternité est mis à l'épreuve quand le père ne vit pas quotidiennement avec l'enfant.

Si le père est lui-même issu d'un couple de parents séparés, la qualité du lien instauré avec son propre père influencera très probablement dans un sens ou dans un autre, son implication personnelle auprès de son enfant.Mais ne nous trompons pas, les pères jugés absents auprès de leurs enfants, ne sont pas toujours volontairement des pères démissionnaires.Même si dans 90 % des cas où la résidence principale est accordée à la mère, les deux parents sont en accord avec la décision du juge, restent quand-même les 10 % où les pères ne sont pas d'accord avec une décision jugée trop partiale. Des associations militantes de pères séparés voient régulièrement le jour afin de lutter contre des mesures qu'ils estiment inégalitaires. Des opérations coups de poings sont fréquemment lancées. On a tous en tête l'image de marches organisées par les pères ou celle d'un papa retranché en haut d'une grue pour alerter l'opinion publique et faire pression afin d'obtenir le rétablissement d'un droit de garde ou de visite.

Le père, un sous-parent ?

Ce que contestent particulièrement les associations de pères séparés, c'est le fait qu'à la suite de la séparation, ils ont le sentiment de devenir des pères intérimaires ou des « sous-parents ». Leur principale revendication porte notamment sur l'instauration d'une garde alternée comme système de garde à priori ; ceci dans un but plus égalitaire. Ils considèrent que la justice privilégie un peu trop systématiquement encore aujourd'hui, la mère. Or, pour Roland Coutanceau, Psychiatre –expert auprès des tribunaux, il n'est pas question de revendiquer un droit inconditionnel à l'enfant. Roland Coutanceau nous amène à nous poser la question suivante : « Faut-il au nom de cette pseudo égalité appliquer la garde alternée de façon mécanique ?», jugeant qu'en fonction de l'âge de l'enfant notamment, celle-ci n'est pas toujours judicieuse et adaptée. Il invite les pères à se questionner pour savoir si une telle demande s'inscrit réellement dans le souci du bien-être de l'enfant ou du leur avant tout ? Une application au cas par cas ne serait-elle pas préférable, en fonction de l'âge des enfants, du lieu de résidence des parents et des relations entre les ex-conjoints ? L'objectif n'est pas de mettre au pilori les hommes. Si dans certaines situations, ce n'est pas la garde alternée qui est privilégiée ce n'est pas nécessairement, une décision prise contre le père chacun étant convaincu, je l'espère, que pour le développement et le bien-être de l'enfant, celui-ci a besoin de ses deux parents.

Il en va donc de l'intérêt des parents de tout mettre en œuvre pour que les enfants puissent continuer à grandir de la manière la plus harmonieuse possible en prenant garde à conserver la place et le rôle de chacun des parents en complémentarité, même s'ils ne vivent plus sous le même toit.

Et pour aller plus loin, si ce sujet vous intéresse :

  • Retrouvez toute l'étude de l'I.N.E.D. sur Internet : « Quand la séparation des parents s'accompagne d'une rupture du lien entre le père et l'enfant. » en cliquant ICI

Bibliographie :

  • « Les pères dépossédés » - Bruno Décoret- Ed° Desclée de Brouwer – 1988 – 173 p – 15,10 €
  • « Pères séparés, pères tout de même » - Bruno Décoret – Ed° Economica – 1997 – 216 p – 21 €
  • Emission de télévision : « Toute une histoire » - 21/10/2015 : « Ils ont été séparés de leurs enfants ».
  • Association « S.O.S. Papa » = Association de défense des pères en situation de divorce ou de séparation. www.sospapa.net/

Patricia Cattaneo, Conseillère Conjugale et Familiale à Grenoble

Photos : Shutterstock

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Écrit par

Patricia Cattaneo

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Commentaires 24
  • Alex

    Si dès le début le juge décide que le domicile de l'enfant reste chez la mère, par la suite l’influence de la mère sur l'enfant est de plus en plus grande, sa manipulation de l'enfant prend plus d’importance et il devient impossible de récupérer l'enfant avec une garde alternée. Une mère qui n'a pas été d'accord de le début pour la résidence alternée va toujours tout faire pour que cela le reste ainsi, sans hésiter à manipuler l'enfant pour qu'il pense que c'est dans son intérêt. De plus la pension alimentaire empêche le père à avoir une pièce dédiée à l'enfant ce qui est assez pervers, le serpent se morde la queue. La société confond l'instinct animal maternel que même une poule possède avec l'amour de nature humaine, pour un enfant. Pour qu'un humain arrive à la maturité heureux et accompli, le seul instinct maternel est très loin de suffire. Une mère qui a des sentiments d'amour de type humain (et non pas seulement animal) envers son enfant va comprendre que c'est dans l’intérêt de l'enfant de bénéficier d'un père et de toute les choses qu'il puisse offrir, de son éducation complémentaire à la sienne, d'une autre façon d'aimer, d'une autre vision du monde, des valeurs complémentaires à transmettre. Personne ne peut nier qu'un enfant qui a reçu l'amour d'un père est un meilleur adulte, mieux dans sa tête et mieux armé pour la vie. Personne, sauf une mère et un juge qui confonde l'instinct maternel avec l'amour.

  • Cris

    "En effet au-delà de 18 ans, il n'existe plus de moyens juridiques de contraindre l'enfant à voir son père" Qu'elle drôle de phrase .On pourrait dire aussi qu'il n'existe pas de moyen juridique pour contraindre un parent (père ou mère ) à voir son enfant . Le parent qui a la garde doit présenter son enfant sous peine de sanction ...le parent qui n'a pas la garde n'est pas dans l'obligation de venir voir cet enfant. Et si dans les cabinets d'avocats on remplaçait ,dans le discours, le "droit de" par " le devoir de " ?!

  • Inconnue

    Que des généralités! Je pense qu’il y a des mamans qui sont bien et des papas qui sont bien! Je pense que quand la relation avec la mère où le père est ambiguë un suivi psychologique devrait être mis en place! Mais j ´aurai tellement voulu que mes enfants s’entendent avec leur père! C’est des procédures en permanence pour une diminution de pension alimentaire alors qu’il gagne plus que l’année d’avant, des mensonges à répétition . Des humiliations et des propos dénigrant ouvertement leur maman! Chaque Histoire est différente !

  • Anonyma

    Je passe moi même par cette situation mais à qui a dit qu’une maman qui pensait à la sécurité de son enfant était une sorcière ou une méchante femme .. si la maman décide de plus ne montrer son enfant il certainement dès centaines de raisons derrière cela Je ne voudrais même pas de sa pension alimentaire tout ce qui m’apporte de savoir mon fils en sécurité

  • Leto

    Lorsque j'ai mis un commentaire pour les papa il a même pas été accepté pour dire jusqu'à ou va levincement du pere dans ce pays!

  • Leto

    Tout le système des affaires familiales et pro maman et anti papa Justice genré anti père. Les mères qui font de l'aliénation parentale de l'éloignement géographique volontaire sont surprotégé par la justice. Dans ce pays les pères ne sont qu'une pension alimentaire qui oserait dire le contraire? Les perles perdre tous leurs droits sur leurs enfants le jour de leur séparation alors que les mères ont plein pouvoir même les pires sorcière d'entre elle car quand elles veulent évincer le Père elles ont tous les soutiens de la justice des assistantes sociales et de tout ce petit système qui a été uniquement créé pour les femmes contre les hommes

  • Val

    Ou quand l’amour de la mère est conditionné au déamour du père! Il faut rappeler à ce genre de mère qu’il faut être 2 pour faire un enfant et qu’il a besoin des 2 parents pour se construire. Le pire dans tout ça est qu’elles se trouvent toutes les excuses pour agir comme elles le font! Elles se posent en victimes alors que se sont des mères indignes!

  • Texas

    Et si les parents réfléchissaient à deux fois avant de divorcer… On parle du droit des pères, des droits de la mère mais rarement du droit de l'enfant à vivre avec les deux personnes qu'il aime le plus au monde.

  • Lola

    Beaucoup de pères découragés laissent tomber. Certaines mères se servent de leur enfant comme dune arme pour se venger suite à une séparation. La plupart des mères estiment que leur enfant est trop jeune... et après il est pas habitué... et après elles disent que leur enfant veut plus y aller (alors que le fantasme est dans leur tête à elle) Il y a de très mauvaises mères à qui on laisse le domicile de lenfant. Tant quelles ne commettent que des violences psys ca passe! Pauvres pères quelle injustice. Cest a vomir pour ces enfants qui souffrent de ne pouvoir voir leur parents à égalité. Et personne ne dit rien. Les écoles ont peur de parler. Les psys ne se mouillent plus. On va attendre que lenfant soit grand et torturé encore plus! Merci Maman et merci à la justice de ce pays. Un peu de prison ferait du bien à certains, peres ou mères gravement défaillants.. Une amende non payée et du sursis ne vaut rien. Ca les fait rire...

  • Cocx

    Dans tout cela, il y a également les pères "malades psychologiquement" à qui l'on réduit ou contraint le droit de visite ou garde pour le bien de l'enfant. Certes, nous avons besoin de nos deux parents, à conditions que tous les deux apportent du positif à l'enfant.. Ce qui n'est pas toujours le cas...


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