Choisirons-nous un jour nos souvenirs ?

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Les débouchés potentiels des nouvelles découvertes en neurosciences posent une réelle question éthique.

14 mai 2019 · Lecture : min.
Choisirons-nous un jour nos souvenirs ?

La question se pose notamment en ce qui concerne l'encodage dans le cerveau de nos souvenirs et de nos affects. Entre manipulation et désir de soulager la frontière est mince et nous devrons nous poser les bonnes questions.

Des études menées ces dix dernières années au M.I.T (Massachussets Institute of Technology) par une équipe de chercheurs en neurosciences ont permis d'affirmer que les circuits neuronaux connectant l'hippocampe à l'amygdale jouent un rôle crucial dans la façon dont nous associons les émotions aux souvenirs. Ces chercheurs ont réussi à inverser la valeur émotionnelle de certains souvenirs spécifiques, en manipulant les cellules de zones concernées grâce à une technique, l'optogénétique*, qui utilise la lumière pour contrôler l'activité neuronale (neurones sensibles à la lumière).

Cette technique permet de contrôler les cellules du cerveau en insérant des molécules sensibles à la lumière dans les neurones. Il devient alors possible d'activer ou de désactiver (un peu comme un interrupteur) ces neurones en leur envoyant de la lumière de différentes couleurs. Certaine couleur permet d'activer des informations sensorielles responsables de l'apprentissage, une autre active le système de récompense, etc.

« Dans le futur,l'on sera capable de développer différentes méthodes pour aider les gens à mémoriser davantage les bons souvenir plutôt que les mauvais », affirme Susumu Tonegawa, professeur de biologie et neurosciences au MIT, en aôut 2014.

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Les souvenirs sont constitués de différents éléments, contextuels et émotionnels, qui sont stockés dans différents endroits du cerveau. Les éléments contextuels (comme le lieu et la date du souvenir, etc.) sont ainsi stockés dans l'hippocampe, tandis que l'émotion associée à ce souvenir est stockée dans l'amygdale. Jusqu'à présent, on savait qu'il était possible de modifier et reprogrammer l'affect lié à un souvenir (grâce à des techniques telles que l'EMDR, le NERTI, et la désactivation d'ancres en PNL ou en sophrologie), sans pour autant connaitre ni localiser précisément les circuits neuronaux à l'œuvre.

Les techniques de « correction sérielle » et de « substitution sensorielle » bien connues des sophrologues visent le même objectif. Mais il y a une différence importante : dans la pratique sophrologique (comme dans l'EMDR et dans toute autre technique thérapeutique), la personne reste Sujet et sa « reprogrammation » reste un acte volontaire.

Risque de manipulation ?

Grâce aux expériences menées lors de cette étude, en repérant les cellules de l'hippocampe qui sont activées pendant la formation du souvenir grâce à une protéine sensible à la lumière, les chercheurs ont pu identifier le réseau neuronal responsable du « codage » d'un souvenir spécifique. Pour le moment, les expérimentations ont été réalisées sur des animaux de toutes sortes : vers de terre, mouches, souris et primates…

En 213, l'équipe du Pr Tonegawa a utilisé cette technique pour implanter un faux souvenir dans la mémoire de souris de laboratoire, et a démontré ainsi qu'il était possible d'influencer le comportement émotionnel des souris en activant une empreinte négative ou positive associée à un souvenir passé, sans aucun rapport avec la situation réelle vécue pendant l'expérience, allant même jusqu'à inverser les réponses émotionnelles pour une situation donnée.

Un groupe de recherches a également identifié et réussi à activer sur des souris les neurones responsables de l'agressivité, de façon à leur faire attaquer tout et n'importe quoi, sans discrimination. Une équipe de l'Université de Columbia a montré qu'il est possible d'intervenir sur les neurones responsables de la mémoire de l'odorat : en activant ces neurones, on modifie la perception "négative" ou "positive" d'une odeur.

Récemment, une équipe a cherché à vérifier si la réactivation de souvenirs agréables peut avoir une incidence sur la dépression, tout ceci dans l'espoir d'identifier de nouvelles « cibles » pour les médicaments antidépresseurs, mais également pour élaborer de nouveaux traitements psychiatriques.

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Une fois encore, les avancées scientifiques de ces 10 dernières années, que ce soient les nanotechnologies, la génétique, la biométrie, la robotique ou les neurosciences, posent plus que jamais une question d'éthique. Pour chacune d'entre elles ont peut trouver des applications épatantes et prometteuses, mais pour chacune également, des dérives inquiétantes (flicage permanent, atteinte à la vie privée, manipulation, eugénisme, risques sanitaires…). A l'issue de ces expériences sur le cerveau, sommes-nous en trains de mettre au point des « médicaments » ou bien des armes chimiques qui permettront de manipuler nos émotions pour fabriquer des « machines à tuer » incapables d'empathie ? OU bien ces recherches vont-elles nous permettre d'améliorer la prise en charge des chocs post-traumatiques et de la dépression ? Faudra-t-il, comme bien souvent, faire avec la médaille et son revers ?

Cela remet aussi en question le concept de résilience. Peut-on encore utiliser ce terme, dans le traitement du stress post-traumatique et de la dépression, pour désigner les effets d'une molécule chimique sur le cerveau qui stabilisent son état émotionnel et son humeur, évitent les passages à l'acte, mais qui ne permettent pas à la personne de s'en sortir par l'effet d'une parole thérapeutique qui lui permettrait l'élaborer et de se vivre en tant que Sujet, en restant l'auteur de sa vie, notions indispensables dans pour sa reconstruction ?

Pour en savoir plus, lire ici la publication en anglais du M.I.T et là l'interview du directeur de recherches le Dr. Ed Bodyen.

Photos : Shutterstock

Écrit par

Caroline GORMAND : sophrologie, hypnose, psychothérapie intégrative

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