Le choc culturel inversé : qu'est-ce que c'est ?

Nous connaissons tous le concept de choc culturel. Mais qu'en es t'il des retours de voyages ou d'expatriation, qui sont parfois tout autant voire encore plus empreints de difficultés ?

7 JUIN 2022 · Lecture : min.

PUBLICITÉ

Le choc culturel inversé : qu'est-ce que c'est ?

Rentrer dans son pays

Nous parlons souvent de choc culturel lorsque nous allons dans un autre pays. Si celui-ci paraît évident, il en est tout autrement lors du retour dans le pays d'origine. Et pourtant, nombreux sont celles et ceux qui vivent cette deuxième transition avec plus de difficultés que le voyage initial. Là aussi, rentrer dans son pays peut être un choc.

Le choc d'arriver dans un lieu qui devrait être connu mais qui apparaît étranger. Le choc de ne plus se sentir à sa place avec ces gens qu'on aime tant. Le choc de se sentir différent. Le choc face à certaines moeurs, certaines normes qui nous paraissent aberrantes après en avoir découvert d'autres. Le choc de ne plus aimer ce qui jadis était si naturel. Le fameux « choc culturel inversé ».

Ce choc peut aussi bien se vivre après des années à l'étranger comme après un voyage plus court. J'ai rencontré des personnes aux histoires de vie les plus diverses, ayant vécu dans différents pays, d'expatriations en expatriations, ou ayant simplement été bouleversées par une expérience à l'étranger. Je les ai rencontrées à leur retour en France et je retrouvais cette interrogation commune : pourquoi est-ce si dur ? Comment expliquer ce mal-être ? Cette sensation de ne plus être à sa place ? Et surtout, pourquoi personne n'en parle ?

Pourtant, chacun connait une personne ou a soi-même vécu un retour de voyage qui l'a chamboulé. Et cette phrase que nous lançons à ceux qui rentrent de voyage, sans en pressentir le fossé qu'elle peut ouvrir : « Pas trop dur le retour ? ». Et les (ex-)voyageurs/ses racontent alors les difficultés pour se réintégrer, l'étroitesse d'esprit à laquelle ils/elles peuvent être parfois confrontés, l'incompréhension face à certains comportements. Et puis, ils/elles n'y arrivent plus, ils/elles ne peuvent plus vivre ici, ils/elles repartent aussitôt. Ils/elles n'arrêtent pas de se plaindre, de comparer leurs vies ici à celles qu'ils/elles avaientt là-bas, l'entourage commence à trouver cela pesant. Ces témoignages décrivent bien ce qu'est le « choc culturel inversé ».

Nous définirons ici cette expérience du retour comme une période transitoire où l'individu doit, au même titre que lors de l'expatriation, se réadapter à sa culture d'origine. Le « choc du retour » peut alors se manifester par :

  • un sentiment de tristesse, d'abattement,
  • de la démotivation,
  • un désengagement à l'école, au travail, avec ses amis, dans ses intérêts et hobbies,
  • une attitude critique vis à vis de sa culture d'origine,
  • de l'irritabilité,
  • une émotivité hors norme, être « à fleur de peau »,
  • de la frustration envers soi-même et/ou les autres,
  • une fixation sur son expérience à l'étranger (La Brack, 2003).

Dans certains cas plus graves, cette période d'adaptation peut s'accompagner d'un vrai « coup de mou » voire d'un fléchissement de l'humeur. Les fondements de l'identité peuvent être chamboulés et des questions existentielles soulevées, pouvant générer de l'angoisse jusqu'à un syndrome dépressif.

Mais si beaucoup, sans aller jusqu'à une forme pathologique, ont pu ressentir ce phénomène, pourquoi n'en parle-t'on pas ?

Alors que beaucoup disent vivre le retour au pays natal beaucoup plus violemment que l'arrivée en terre étrangère, comment se fait-il que nous ne soyons pas plus au courant des difficultés qui l'accompagnent ?

Le retour comme une nouvelle transition… inattendue

L'individu retournant dans son pays d'origine pense que cela sera évident, qu'il va reprendre son ancienne vie, retrouver un lieu connu, ses amis, sa famille. Alors que l'idée d'un choc culturel à l'étranger semble logique, puisqu'il est normal d'être différent à l'étranger, l'idée de ne pas se sentir à sa place « chez soi » est surprenante voire impensable. Paradoxalement, si l'idée du retour paraît simple, l'expérience en est déroutante et souvent vécue bien plus brutalement que le choc culturel initial, lors du voyage ou de l'expatriation.

L'individu revit les difficultés d'un choc culturel mais cette fois-ci face à un environnement qui lui est familier et aimé. Bien souvent, la phase de transition du retour est sous-estimée et la première difficulté se trouve dans cet écart entre les attentes et la violence de la réalité. Les « revenants » ne se doutent pas qu'ils se trouvent à nouveau dans un processus d'acculturation (c'est-à-dire d'ajustement et d'adaptation à une culture), au même titre que celui qu'ils avaient déjà traversé lors de leur expatriation.

Rentrer chez soi ?

Car l'expérience du retour vient questionner cette notion fondamentale du « chez soi ». Par « chez soi », nous entendons quelque chose de profondément intime, qui se réfère à des sentiments et des habitudes. « Chez soi » est ce lieu où nous avons des repères, où les êtres et les choses autour de nous sont reconnus, où nous nous sentons acceptés, intégrés, compris, où nous pouvons être « nous-même », où nous pouvons faire confiance à nos instincts et à notre intuition puisque l'environnement est connu et prévisible. Ainsi, « chez soi » est associé aux sentiments de sécurité, de confiance, d'appartenance. De par sa familiarité et donc prévisibilité, « chez soi » est un lieu répondant à deux des besoins fondamentaux de l'être humain : celui de se sentir en sécurité et celui d'appartenir.

Les changements, extérieurs et intérieurs, qui ont lieu lors du retour viennent bouleverser ces besoins.

Des changements extérieurs

Selon Craig Storti (2001), « chez soi » offre une structure sécurisante puisque nous y retrouvons trois éléments clés : des lieux familiers, des personnes familières ainsi que des routines et des codes d'interaction prévisibles. Or lorsqu'un individu revient dans son pays d'origine, dans son ancien « chez soi » après une période d'expatriation, il ne retrouve pas toujours ces trois éléments.

Cela peut paraître anodin, mais les lieux qui étaient auparavant familiers ont pu changer. Le quartier où l'individu habitait avant l'expatriation a par exemple accueilli un nouveau supermarché ou un nouveau restaurant. Les endroits qui étaient connus par coeur sont tout à coup surprenants et un temps est nécessaire pour se ré-habituer, ré-apprendre la géographie et les infrastructures d'une ville. Un nouveau regard est porté sur un environnement qui ultérieurement fut « chez soi ».

Tout autant que le « revenant », les proches ont évolué lors de l'absence de celui-ci. Le temps ne s'est pas arrêté, ils ont continué à se développer, prenant des chemins et des voies parfois opposés à celle de l'ancien expatrié. Le sentiment d'appartenance est mis en péril puisque, au retour, l'autre apparaît subitement comme ne partageant plus forcément les mêmes valeurs, les mêmes idées. Puisque les anciens schémas relationnels ne sont plus valables, la relation doit changer. Il s'agit de réapprendre à se connaître et de redécouvrir son ancien entourage.

Les routines, garantes d'une continuité dans le quotidien, assurent la satisfaction du besoin de sécurité et deviennent ainsi les assises de l'estime de soi et de la réalisation de soi. C'est grâce aux routines et à ce qu'elles représentent que l'esprit peut se confronter à du neuf, à de l'inconnu. Elles donnent des repères, des points d'ancrages qui permettent l'exploration et la découverte. Lors du retour dans son pays d'origine, un individu ne retrouve pas tout de suite ses anciennes routines.

Le retour comme révélateur de transformations intérieures

Notre identité est en permanente transformation. Évidemment, certains traits présentent une certaine stabilité mais les événements que nous vivons, les personnes que nous rencontrons, etc., ont une influence sur qui nous sommes. Rappelez-vous : comment étiez-vous il y a deux ans ? Il y a deux semaines ? Étiez-vous EXACTEMENT la même personne ? Chaque expérience s'intègre à notre identité et vient remodeler celle-ci.

L'expatriation et le voyage, où des contacts interculturels ont lieu, sont des expériences qui entraînent l'exploration radicale de notre identité. Au contact d'une autre culture, face à un Autre différent, l'individu prend conscience de son identité. Il se reconnait comme différent, étranger à la culture d'accueil. Afin de pouvoir vivre des relations harmonieuses au sein de la culture d'accueil, nous nous adaptons et adoptons les codes sociaux du pays d'accueil. Ainsi, l'identité est remaniée, renégociée et de nouvelles normes et valeurs sont créées.

Si le voyage est le catalyseur de transformations, c'est le retour où celles-ci deviennent visible. Au retour, l'individu se rend compte des transformations intérieures qui ont eu lieu, souvent à son insu. La vie à l'étranger a laissé des traces et a changé la vision du monde et la manière d'être au monde de la personne. Il n'y a plus de retour en arrière. En ayant intégré de nouvelles valeurs et en ayant appris d'autres codes, l'individu se trouve alors en marge avec sa culture d'origine. En rentrant au pays, l'individu agit en partie selon ses nouvelles acquisitions.

De la perspective des nouvelles valeurs, du nouveau prisme culturel acquis pendant l'expatriation, les normes du pays d'origine sont devenues étranges. L'ancien environnement, pourtant si connu et rassurant auparavant, devient un lieu où, subitement, les codes à suivre ne sont plus clairs. Cette confusion par rapport à l'environnement entraîne une confusion par rapport à qui l'on est, à l'identité.

Entre deux mondes

En se réajustant peu à peu, les souvenirs de la vie dans le pays d'expatriation commencent à s'évaporer, le revenant n'est pas encore accoutumé au pays qui jadis fut le sien. Plus chez lui là-bas, pas encore chez lui ici, l'individu n'a plus d'ancrage et ne se retrouve plus dans la mentalité du pays d'origine. Alors qu'auparavant, son appartenance au pays d'origine était évidente, au retour, le « revenant » s'y sent étranger. Ce sentiment d'étrangeté dans son propre pays est parfois difficile à vivre et est symptomatique du choc culturel inversé. L'individu ne se sent plus à sa place, plus chez lui, en décalage. Forcément, ses besoins d'appartenance et de sécurité sont mis à mal : il ne sait plus à quoi se référer, il ne sait plus à quel groupe il appartient. L'individu se retrouve dans un entre-deux, où il doit faire face aux répercussions de son évolution. Et ce non seulement par rapport aux autres mais aussi dans son rapport à lui-même (Quelle difficile question que « Qui suis-je ? » !).

Conclusion

Le choc culturel inversé est souvent inattendu, sous-estimé, brutal. Il prend diverses formes, allant d'une irritabilité ou désorientation passagère jusqu'à un vrai malaise qui s'installe dans la durée. Au retour, nos sentiments de sécurité et d'appartenance se retrouvent mis à mal : nous ne nous reconnaissons plus dans les normes et codes de notre pays d'origine, ayant fait l'expérience d'une autre façon de faire, de penser, d'interagir avec le monde. L'expatriation et le voyage nous transforment : nous ne sommes plus celui que nous étions avant. C'est au retour que ces changements deviennent visibles. Le « revenant » peut alors se sentir coincé entre l'ici et là-bas, ne se sentant plus appartenir à sa culture d'origine.

Dans un autre article nous verrons les répercussions de ces changements dans notre rapport aux autres et à soi ainsi que la chance que nous offre le retour. Car oui, le retour peut être diffcile mais il est aussi une chance.

Derrière toute crise se cache une opportunité, une demande de l'organisme pour évoluer.

Photos : Shutterstock

PUBLICITÉ

Écrit par

Elena Cascarigny

Voir profil

Bibliographie

  • La Brack, B. (2003). What's Up With Culture? (What's Up With Culture? Retrieved June 25, 2019, from https://www2.pacific.edu/sis/culture/

  • Storti, C. (2011). The Art of Coming Home. Yarmouth, ME: Intercultural Press, Inc.

Laissez un commentaire

PUBLICITÉ

derniers articles sur développement personnel