Le couple, cet obscur objet du désir de chacun

Ces 50 dernières années , le couple a complètement changé de forme. Pourtant "chacun cherche toujours sa chacune".

8 JUIN 2022 · Lecture : min.

PUBLICITÉ

Couple heureux

L'évolution du couple et de la famille ces 30 dernières années est impressionnante. Si l'on se place sur le plan sociologique, on peut dire que jusqu'à la fin du 19e siècle les choses étaient assez simples.

Les familles se mariaient entre milieu de même catégorie sociale, parfois l'alliance étaient prévue de longue date, cela pouvait même s'organiser dès la naissance des enfants. On retrouve ce système d'alliance dans les milieux bourgeois et nobles, afin de maintenir le niveau social de chacune des parties, et également dans les milieux populaires, chez les paysans par exemple, il s'agissait d'agrandir les terres et donc les richesses au travers d'un mariage bien arrangé et organisé depuis longtemps.

On pouvait également se marier sur présentation, avec le travail des « marieuses » qui sillonnaient les villes et les villages afin de mettre en lien les différentes familles, bien heureuse de trouver quelqu'un de compétant qui connaissait les familles et ne faisait donc pas d'erreur. Elle était bien sûr rétribuer pour ses services. Comme tout ceci semble loin !

Le sentiment amoureux est pourtant revendiqué à partir du XVIIIe siècle, mais sous forme de passion domestiquée : il doit être contrôlé au nom de la vertu. Cela marque le début d'une personnalisation du sentiment amoureux, qui n'est pas achevée puisque la puissance de l'Histoire continue à entretenir une conception céleste de l'amour conjugal.

Néanmoins, cette montée du sentiment provoque les débuts du mariage d'inclination, qui mit longtemps avant d'être reconnu officiellement, au moment de la troisième république En effet, c'est à partir de la fin du 19E siècle, que la notion de mariage d'amour est apparue.

Entre rêves et réalité .... vivre un roman !

Notre conception actuelle de l'amour résulte en partie de celle qui est diffusée par les romans, les films, la presse souvent féminine et répétitive d'années en années sur le couple idéal et idéalisé. Cette fiction devient peu à peu réalité, pour s'incorporer en nous selon des schémas communs, bien que nous soyons amenés à prendre conscience d'un décalage entre le mythe et la réalité du quotidien….

De nombreux couples se sont rencontrés ordinairement, le sentiment amoureux prenant forme au fur et à mesure de l'installation du couple. Il existe aujourd'hui des formes diverses d'expressions de l'amour : passion, affection, tendresse, mais aussi admiration intellectuelle ou satisfaction calculée. Elles sont amalgamées dans une représentation de l'Amour, liée au caractère unificateur du mythe Amoureux. Mais la réalité ne correspond qu'en partie à ce modèle.

La femme acquiert le droit de vote le 21 Avril 1944 (un siècle s'est écoulé après l'instauration de suffrage universel en 1848). La fin des années 1960 marque le début d'un bouleversement brutal et important dans la structure du couple, de manière uniforme en Europe. Il y a la légalisation de la pilule le 28 décembre 1967. Et enfin le droit à l'IVG le 31 décembre 1979. Enfin c'est au cours de cette période que l'on constate une diminution des mariages, accompagné d'une augmentation des divorces, unions libres, et naissances hors mariage. Le couple devient donc moins institutionnalisé et moins stable, les essais et changements sont légitimes.

Le couple demeure tout de même une référence centrale

Il est plus instable parce qu'il est devenu l'objet d'une idéalisation. ....

On remarque que de nombreux couples se marient rapidement, principalement dans les milieux populaires, alors qu'auparavant c'était chez eux que l'on trouvait la majorité des union libres. Cela caractérise en réalité ceux chez qui des risques de marginalisation sociale se ressentent, en particulier chez les femmes, à qui il apporte une place dans la société, et une (des seules) possibilité de réalisation personnelle (avec la maternité).

À l'inverse, les jeunes ouvriers qui ont des chances de promotion sociale repoussent les engagements familiaux…. Mais néanmoins aujourd'hui, la majorité des jeunes entre progressivement en couple.L'important est d'abord la qualité, l'authenticité du lien amoureux, et non son avenir.

La phase d'installation du couple ne peut pas se vivre avec une représentation trop claire de la mise en place de celui-ci, car elle supprimerait la marge d'action permettant une expérimentation conjugale. Il y a également une progression dans la mise en place d'une organisation conjugale. Les partenaires conservent un lien fort avec leur famille, auquel ils ne veulent pas voir se substituer trop précipitamment le lien conjugal. Par exemple : au lieu d'acheter une machine à laver, chacun ramène son linge sale chez lui le week-end. Cette installation progressive a pour intérêt de permettre d'évaluer la faisabilité du couple.

Celui-ci mène un double jeu dont il n'a pas forcément conscience :

  • entre sentiment d'attrait mutuel et insouciant,
  • et quelque part une forme de calcul, d'évaluation de l'autre.

À mesure que la durée de vie commune s'allonge, le lien se renforce et il devient plus difficile de se retirer. On pourrait parler de quiproquo conjugal. Alors qu'au départ des concessions sont facilement faites en raison de l'incertitude de leur durée, elles deviennent de plus en plus pénibles. Elles traduisent alors une limite du sentiment amoureux, fusionnel, qui voudrait que les deux ne fassent qu'un.

L'individu refait surface, marquant certains seuils à ne pas dépasser afin de préserver une forme d'intimité, au détriment de la passion, ce qui n'est pas pour autant nécessairement vécut de façon négative, c'est une prise de distance pour mieux faire. 

Mais entre passion ou confort où se situe alors le couple ?

Il y a une dégradation du sentiment amoureux, et les hommes, déçus par l'affaiblissement de l'attrait physique de leur compagne commence à réfléchir à une séparation. On rentre dans le manque de communication, les liens sentimentaux, et émotionnels, puis sexuels, s'amenuisent. Les scènes de ménage font alors leur apparition, car elles permettent d'exprimer des tensions intérieures, et pointer des problèmes.

O n se retrouve alors, avec le chiffre impressionnant de 45% des mariages qui se terminent en divorce. Néanmoins, le couple, le mariage, restent encore parmi le désir le plus fort chez (presque) chacun d'entre nous.

On peut néanmoins ne pas se marier, mais on reste toujours avec les expressions populaires :

  • Trouver chaussure à son pied
  • Rencontrer, trouver sa moitié
  • Partager avec un Autre
  • Ne faire qu'UN

Le désir d'être deux est toujours là, mais les formes de vie à deux ont été modifiées, avec chacun le désir « fou » d'être Heureux . Jusqu'à 120 ans ! Et pourquoi pas ?

Photos : Shutterstock

PUBLICITÉ

Écrit par

Brigitte Djian

Voir profil

Bibliographie

  • On arrête ? On continue ? Faire son bilan de couple, Robert NEUBERGER, 2004
  • Sociologie de la famille contemporaine, François de Singly, 1993

Laissez un commentaire

PUBLICITÉ

derniers articles sur thérapie couple