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Mères fusionnelles : quand elles ne veulent pas couper le cordon

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Emprisonnées dans la toile tissée par leur mère, certaines femmes ne parviennent pas à trouver leur identité.

12 avril 2019 · Lecture : min.
Mères fusionnelles : quand elles ne veulent pas couper le cordon

Emprisonnées dans la toile tissée par leur mère, certaines femmes ne parviennent pas à trouver leur identité. Elles ne savent pas qui elles sont réellement : les limites entre elles et leur mère ont été gommées au point de ne constituer qu’un seul et même individu informe. Ces femmes perdues, étouffées par des mères trop fusionnelles, se lancent dans un vrai travail, parfois douloureux sur elles-mêmes, afin de couper le cordon et de trouver enfin leur identité.

Elles nous donnent la vie, tout leur amour aussi, nous élèvent, nous transmettent leur savoir, leurs valeurs, elles nous ont servis de modèles, ce qui nous unit à elles est un lien unique au monde. Combien de fois entend-on un « Je lui dois tout » prononcé par des femmes qui font de la reconnaissance à leur mère un devoir, dans les cabinets de thérapie ? Et c’est justement sur ce « tout » que jouent les mères fusionnelles. Il est parfois difficile de distinguer la bienveillance maternelle de la fusion pathologique et toxique dont certaines mères font preuve. Dire que sa mère est trop fusionnelle ne revient-il pas à critiquer le fait qu’elle vous aime trop ? C’est très culpabilisant d’accuser sa mère de trop d’amour quand tant d’autres souffrent du manque d’amour justement. Et pourtant, nombreuses sont celles qui se retrouvent face à des thérapeutes parce que leur mère les a étouffées, absorbées, écrasées de cet amour qui les a ligotées, toujours ramenées en arrière comme le ferait un cordon ombilical en bretelle, empêchant le bébé de quitter le ventre maternel.

Ces mères fusionnelles et toxiques ont souffert elles-mêmes de la relation à leur propre mère : soit elles ont eu des mères peu aimantes, soit également étouffantes. D’un côté, elles tentent de réparer leurs blessures, d’un autre, elles reproduisent un schéma familier. Elles souffrent dans tous les cas d’une mauvaise estime d’elles-mêmes, d’une faille narcissique, et d’un besoin de contrôler dévastateur.

L’enfant-pansement

C’est un peu de soi, de son passé, de cette petite fille enfouie au fond de la femme qu’elle est devenue que la mère voit sous les traits de sa fille. Une sorte de clone miniature en quelque sorte. Certaines mères considèrent leur fille comme le prolongement d’elles-mêmes et non pas comme un individu à part entière. Elles utilisent alors cette enfant comme un pansement aux blessures de leur propre passé. La mère fait tout pour que la petite fille ne reproduise pas les mêmes erreurs, ne vive pas les mêmes souffrances.

« Je ne veux pas que tu sois comme moi, j’étais boulotte petite, je vais faire très attention à ce que tu manges pour que tu ne vives pas la même chose ». Ce schéma peut se reproduire pour des tas de situations : manque de confiance en soi, solitude, agressivité, niveau scolaire… S’il est naturel pour toute mère d’épargner à sa fille les souffrances qu’elle-même a endurées, il y a en revanche danger quand la mère crée cette souffrance-là de toutes pièces en voulant l’éviter.

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Rien ne dit en effet que l’enfant était prédisposé à souffrir de surpoids, d’un manque de confiance, de solitude ou d’agressivité, à être un mauvais élève… C’est bien souvent la mère qui lui met ces caractéristiques-là sur le dos en présupposant qu’elle les aura inévitablement. En prétendant « soigner » l’enfant, elle ne soigne personne d’autre qu’elle-même, et crée ainsi un lien de victime et de sauveur entre elle et sa fille, alors même qu’elle l’a elle-même placée dans cette position de victime. « Je fais de toi une victime, ressemblant trait pour trait à la victime que j’étais, afin de pouvoir te sauver comme j’aurais aimé qu’on me sauve, et prouver ainsi à quel point je suis une bonne maman. » Ainsi la fille devient éternellement redevable à sa mère. La spirale de la dépendance et de la fusion s’installe, insidieusement.

Infantiliser son enfant et le rendre dépendant

La mère fusionnelle toxique refuse de voir grandir son enfant. Elle l’infantilise littéralement jusqu’à très tard, afin de le garder le plus longtemps possible sous son aile, pour ne pas le voir prendre son envol. Elle-même ayant peu de confiance en elle, elle a besoin de s’attacher les êtres qui lui sont chers le plus longtemps possible. En considérant son enfant comme son bébé, elle crée un lien de dépendance très fort. Le bébé est en effet totalement dépendant de sa mère. Elle sape ainsi à son tour la confiance en lui de son enfant, son autonomie, son ambition. « Si maman est obligée de tout faire pour moi, c’est que je ne sais rien faire. » L’enfant, quel que soit son âge ne peut agir sans le regard de maman, sans son accord, et quoi qu’il fasse, il a l’impression de ne jamais faire assez bien pour la satisfaire. L’enfant se lance dans une course effrénée qui n’aura d’autre but que celui de faire plaisir à sa mère, de sentir la fierté dans son regard, comme un tout petit enfant qui fait ses premiers pas. Toute tentative d’émancipation, d’autonomie, est vécue comme un abandon, une trahison « Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu oses me faire ça ? »

La mère fusionnelle toxique ne s’arrête pas là afin de rendre son enfant plus dépendant encore, elle lui adresse également des reproches, pointant du doigt son incapacité et le fait qu’elle est obligée de faire les choses à sa place. Elle renforce ainsi la fragilité de son enfant qui trouve en elle un sauveur pour l’aider et l’épauler, et elle assoit davantage sa toute-puissance maternelle.

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Ne pas confondre complicité et fusion

Ces mères fusionnelles et toxiques occupent tout l’espace. Elles ne supportent pas l’idée que quiconque d’autre qu’elles puissent graviter autour de leur enfant, elles sont d’une jalousie maladive, ce qui sont à elles sont à elles et à nul autre, et elles considèrent que leur enfant leur appartient. Du coup, afin de ne laisser de place à personne d’autre, elles tentent d’interpréter tous les rôles : confidente, amie, femme de ménage, baby-sitter pour les petits-enfants, cuisinière… Il n’est pas rare d’entendre « C’est ma mère, mais aussi ma meilleure amie », la mère n’est plus cantonnée à son seul rôle de mère.La fille lui raconte tout, de ses joies à ses chagrins, en passant bien entendu par sa vie amoureuse. La mère partage tout, absolument tout. Mère et fille se téléphonent et s’envoient des messages des dizaines de fois par jour, faisant passer toutes tierces personnes au second plan, souvent même le mari de la fille, ce qui crée des tensions au sein du couple, pour la plus grande joie de la mère.

Cette fusion entraine une confusion des deux individus qui se mélangent au point de ne former qu’une seule et même personne. La fille ne se rend pas même compte qu’elle n’a plus son libre arbitre, que ses jugements sont en réalité ceux de sa mère, que ses goûts sont largement influencés par ceux de sa mère, que petit à petit sa mère l’intègre, l’absorbe au point de ne plus rien lui laisser qui lui appartienne.

Comment couper le cordon ?

Si vous souhaitez coupez ce cordon symbolique, il existe plusieurs moyens pour vous y aider :

  • la thérapie analytique vous permettra d’analyser la situation et de prendre de la distance ;
  • la psychanalyse, qui grâce au transfert vous donnera la possibilité d’accéder à un conflit refoulé ;
  • la Gestalt thérapie mettra à jour l’image que vous vous faites de votre mère.

Photos : Shutterstock

Écrit par

Vardis Christelle

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Commentaires 1
  • Karen

    "L’enfant, quel que soit son âge ne peut agir sans le regard de maman, sans son accord, et quoi qu’il fasse, il a l’impression de ne jamais faire assez bien pour la satisfaire. " C'est tellement vrai !! Et malheureusement c' est un schéma qu' on peut reproduire involontairement avec nos enfants.