Solène et la solitude : comment ne plus être seul

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Solène est venue me voir parce qu'elle se sentait désespérément seule. Elle n'avait personne a qui parler et elle avait le sentiment que cela avait toujours été.

17 OCT. 2019 · Lecture : min.
Solène et la solitude : comment ne plus être seul

« Je viens vous voir parce que je n'ai personne à qui parler ». Solène (qui m'a autorisé à publier son témoignage, prénom et quelques détails modifiés) est pourtant en couple, elle a deux jeunes enfants, des collègues de travail et même quelques «amis» mais dont elle ne se sent pas très proche, en tout cas pas assez pour rompre son sentiment de solitude.

La solitude n'est pas toujours où l'on croit. L'isolement social existe bien entendu, jusqu'au « hikikomori » qui ne quitte plus sa chambre et son ordinateur, mais le sentiment de solitude, la souffrance de la solitude, sont partout. Certaines personnes témoignent même que les plus grands moments de solitude, elles les ont vécu au milieu de gens, parfois au milieu de personnes que l'on nomment «les proches».

La solitude de Solène ne date pas d'aujourd'hui, ni même d'hier : « J'ai été harcelée au collège, mes parents n'en ont jamais rien su. Personne n'en a jamais rien su. Je crois que je n'imaginais même pas que je pouvais en parler à quelqu'un ».

Avec le recul, Solène se souvient de la solitude de sa mère, qui répétait à l'envi : « on ne peut faire confiance à personne », ou de son père qui s'enfermait dans son atelier des journées entières. Il existe des familles archipel, ou chacun est seul sur son île.

1 – Le bal des masqués

« Ne likez pas leurs coms, préparez vos vacances » est le slogan d'une publicité qui met en scène un couple dans le métro à une heure de pointe. La femme consulte son téléphone et tombe sur une publication d'un couple d'amis, en maillot de bain sur une plage « de rêve ». Que va faire la femme ? Liker, évidemment, mais avec au cœur une rencoeur plus ou moins sourde et l'impression que sa vie est moins belle, tout à coup, comparé à ce couple en vacances. Va-t-elle partager son amertume sur les réseaux ? Il y a fort peu de chances ! Elle profitera d'un moment où elle sera au restaurant ou avec un verre à la main pour poster un selfie dégoulinant de « bonheur », avec dans le cœur une sensation étrange de fausseté.

Nos réseaux sociaux, mais plus largement le fonctionnement de nos groupes sociaux (au travail, mais aussi dans les loisirs), nous amènent à masquer nos souffrances, petites et grandes. A moins qu'elles ne soient utilisées pour provoquer l'apitoiement et la réaction épidermique. Mais quand sommes-nous sincères, vrais, avec toutes les nuances humaines ? Quand communique-t-on sur ce qui compte vraiment pour nous ?

Un jour, Solène arrive avec une citation de Jung : « La solitude ne vient pas de l'absence de gens autour de nous, mais de notre incapacité à communiquer les choses qui nous semblent importantes». « Quand j'ai lu cette phrase, explique Solène, ça a fait tilt ! Mais tout de suite après, je me suis demandé ce qui était important pour moi à communiquer. Je suis incapable de répondre. Tout ce que je pourrais dire me semble tellement insignifiant... »

Car ce qui compte vraiment pour nous, c'est assez rarement clinquant. Je ne parle pas de l'être social qui veut acheter une belle voiture ou des vacances de rêves, je parle de cette part intérieure de nous. C'est parfois même très délicat à exprimer, ce n'est parfois pas par les mots qu'on y arrive (l'art est fait pour ça !). Ce qui compte pour nous est aussi souvent en zone sensible. Solène, encore : « Si je m'ouvre vraiment à mon mari, il va me regarder bizarrement. Je doute qu'il comprenne. En fait, il fera comme toujours : il tournera les choses en ridicule »

2 – Bas les masques !

Mais le plus gros problème de Solène n'était pas son mari. Non, son meilleur ennemi, c'était elle, et c'est pour cela que son mari pouvait se permettre de prendre les choses à la légère. C'est que Solène pensait, elle aussi, quelque part, que tout cela était des enfantillages qui ne méritait pas d'attention. Ce qu'elle vivait en elle, ses émotions, ses sentiments, ses espoirs, sa façon de sentir la vie, ne valaient pas tripette. D'ailleurs, assez souvent elle était bien incapable d'en dire grand-chose : ça ou rien, c'était pareil.

Car c'est déjà à l'intérieur de soit que les masques doivent tomber. Notre premier censeur et notre premier confident, ils sont en nous. Et le censeur de Solange était extrêmement puissant.

Solange se sentait seule, elle n'avait personne à qui parler, mais elle-même ne s'écoutait pas. En acceptant cette nouvelle façon de voir les choses, en adoucissant son propre regard sur elle-même, en découvrant l'immensité qu'il y avait en elle au lieu d'y sentir du vide, Solène a pu petit à petit sortir de sa souffrance.

Bien entendu, si Solène avait pu s'épargner toutes ces années de solitude, elle l'aurait fait. Mais son modèle familial et culturel, ses expériences d'enfant, lui avaient montré ce chemin de fermeture à soi et, en conséquence, aux autres. Car lorsque l'on est seul en soi, on ne peut être que seul avec les autres, et on est alors incapable de profiter des expériences positives qui jalonnent notre vie et qui tendraient à nous sortir de la solitude.

Dans La grâce de la solitude, Christian Bobin a écrit : « Il faut avoir été regardé au moins une fois, avoir été aimé au moins une fois, avoir été porté au moins une fois. Et après, quand cette chose-là a été donnée, vous pouvez être seul». Mais encore faut-il être en capacité de sentir ce premier amour, ce premier soutien.

Ainsi, le premier pas à faire contre la solitude est un pas vers soi. Alors que le problème semble venir de l'extérieur, de l'incapacité à trouver les bonnes personnes, ou le bon moyen d'entrer avec eux dans une vraie relation, la personne a aller rencontrer en premier et avec autant d'amour que possible, c'est soi.

Je laisse à Solène les mots de la fin : « Depuis que je ne me sens plus seule en moi-même, mes relations aux autres ont changées. Peut-être parce que je n'attends plus tout d'eux, je ne les crains plus, et alors je sens leur présence. C'est comme un fil invisible plein de bonnes vibrations qui va de moi à eux ».

Écrit par

Marion Favry

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