Déséquilibre perso-boulot : identifiez les émotions en jeu pour changer la donne

Travail, famille, amis, santé, épanouissement personnel… quatre émotions jouent un rôle déterminant dans notre perte d’équilibre. Je vous propose de mieux les identifier et les comprendre.

14 SEPT. 2022 · Lecture : min.

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Trouver équilibre

Vie pro, vie perso : un numéro d'équilibriste permanent

Parmi les différents aspects de notre vie : personnelle, familiale, sociale, professionnelle. L'équilibre entre carrière et vie privée est souvent le plus précaire. Et notre vie étant en mouvement permanent, il est sans cesse remis en question. Le conserver demande donc une énergie considérable.

En effet, si vous n'avez pas le don d'ubiquité et que vos journées s'obstinent comme les miennes à ne contenir que 24 heures, le moindre bouleversement peut facilement tout faire déborder.

Par exemple, si vous avez un enfant malade, cela aura un impact immédiat sur votre capacité de travail. À l'inverse, si vous subissez une surcharge de travail, elle aura des conséquences toutes aussi vives sur votre vie sociale et familiale. Dans un cas comme dans l'autre, si la situation perdure et que vous ne parvenez pas à retrouver l'équilibre, celui-ci va générer du stress, de l'anxiété, de la fatigue, voire du surmenage. Au-delà, le burn-out n'est plus très loin.

4 émotions fondamentales

En psychologie systémique, nous parlons de quatre émotions fondamentales1 dont le ressenti a un impact physique et entre lesquelles nous naviguons en permanence. Les quatre peuvent favoriser l'installation d'un déséquilibre :

La peur : la plus fondamentale de toutes, elle peut même devenir paralysante ;

Le plaisir : cela peut vous sembler contre-intuitif, mais le plaisir peut nous mettre aussi en difficulté, certains troubles alimentaires en sont un exemple frappant : « Je sais que je ne devrais pas, mais je ne peux pas renoncer à ce plaisir même s'il me fait du mal. »

La douleur : la plus difficile à accepter, notre première réaction est d'ailleurs souvent de ne pas vouloir nous y confronter, de la tenir à distance ;

La colère : la plus visible et pourtant la moins fréquente des quatre.

Quelle influence ont-elles sur notre équilibre ?

Pour illustrer la façon dont ces quatre sentiments peuvent nuire à notre équilibre entre vie personnelle et professionnelle, je vais reprendre les deux situations évoquées plus tôt.

1. Le cas d'un enfant malade : quand la vie privée impacte la vie professionnelle

Lorsque votre enfant est malade, cela peut créer en vous et au sein de votre famille une tension telle que tout votre système s'en trouve déséquilibré.

À 15 ans, mon aînée a souffert d'une dépression majeure. Cela a mobilisé toute mon énergie. L'émotion principalement en jeu était alors la peur.

oD'une part, la peur que son état s'aggrave. J'étais donc dans un mode de vigilance accrue en permanence et déployais une énergie folle pour essayer de trouver des solutions, qui étaient bien sûr hors de ma portée.

oD'autre part la peur de l'impact de sa situation sur mon travail. Pour compenser, je me suis surinvestie générant ainsi davantage de fatigue encore.

À cela s'ajoutait une autre émotion : la douleur de la voir aussi en souffrance au quotidien.

Au moment de la crise, j'ai géré comme j'ai pu, donc ni bien, ni mal.

Mais par la suite, cette peur s'est installée sans que je l'identifie. Elle a continué à me mettre en difficulté : je suis restée en hypervigilance alors que ma fille n'était plus en danger, même si elle était encore en difficulté. Et mon angoisse de l'impact sur mon travail m'a empêché d'accepter un arrêt maladie qui aurait été nécessaire pour me donner le temps de m'en remettre.

En résumé, d'une difficulté réelle, et ponctuelle, je me suis engluée dans une peur permanente. Ne l'ayant pas identifiée, je n'ai pas pu l'accepter et la comprendre. Et cela a fait perdurer un déséquilibre majeur pendant plusieurs années.

2. Le cas d'une surcharge de travail : quand la vie professionnelle déborde

Imaginez une situation de charge de travail trop intense, trop longue, à laquelle aucune limite n'est fixée. Autrement dit, la voie royale pour un burn-out2.

Ici, paradoxalement c'est le plaisir qui nous met en difficulté. Les personnes qui ne tirent aucune satisfaction de leur travail ne s'y investissent pas autant. Elle trouve donc plus rapidement une parade, qu'il s'agisse de dire non ou déléguer à des tiers.

En revanche, le plaisir est addictif et peut mener à l'épuisement professionnel. Si jusque-là vous preniez du plaisir à exercer une fonction pour laquelle vous obteniez de la reconnaissance, vous risquez de vouloir continuer à en faire plus pour conserver ce ressenti, quitte à dépasser vos limites. Et lorsque cela arrive et que les difficultés prennent le pas sur le plaisir, vous faites tout pour retrouver la satisfaction et la reconnaissance perdue.

Cette mécanique – inconsciente bien sûr – ne fait qu'empirer la situation et creuser le déséquilibre qu'elle génère. En général, l'entourage personnel se rend vite compte qu'il y a un problème. Malheureusement, la puissance de la recherche du plaisir est telle que, lorsque nous sommes pris dans l'engrenage, nous ne sommes plus « raisonnables ». Sans l'aide d'un tiers qui comprend ces mécanismes, il est très difficile de sortir tout seul de ce cercle vicieux.

Évidemment, cette lecture du burn-out centrée sur le rôle de vos émotions ne dédouane absolument pas l'organisation de l'entreprise où est survenue la surcharge de travail en premier lieu. Cet angle a uniquement pour butde vous aider à ne pas empirer un déséquilibre préexistant. Mais pour moi, la cause première de la souffrance au travail, dont le burn-out est l'une des conséquences les plus graves, se trouve dans l'organisation même de la société. Celles-ci doivent apprendre à adapter leurs demandes aux réalités de leurs équipes au risque, sinon, de laisser s'installer une charge de travail trop intense trop longtemps. J'y reviendrais dans un prochain article.

Bien sûr j'ai volontairement choisi des exemples extrêmes pour mieux illustrer mon propos. Toutefois, ces émotions – ressenties de façon plus ou moins modérée – sous-tendent en permanence notre lecture des épreuves que nous traversons dans la sphère privée ou professionnelle et à la jonction des deux. La plupart du temps, elles nous poussent à trouver les solutions et à procéder aux ajustements les plus adaptés et les plus efficaces pour nous. Mais parfois, le déséquilibre est trop grand, ou s'installe trop durablement.

Identifiez vos émotions pour retrouver votre équilibre

La vie, c'est le mouvement. Nous passons donc notre temps à bousculer l'équilibre établi, réajuster la situation et le retrouver. Toutefois, si vous constatez qu'un déséquilibre dans votre vie vous met en difficulté, en vous causant de l'angoisse ou des troubles du sommeil par exemple, et/ou qu'il est devenu chronique, prenez le temps d'identifier les émotions sous-jacentes. Cela vous permettra de comprendre la manière dont elles vous impactent et d'y répondre de manière adaptée.

1. Mettez par écrit ce que vous ressentez, cela vous aidera à faire le tri et identifier vos émotions fondamentales.

2. Cherchez la meilleure réponse pour chacune.

  • La peur : La peur renvoie au futur. En vous appuyant sur des faits, cherchez comment ramener votre peur à un niveau « raisonnable ».

Par exemple, un changement de poste peut nous effrayer. Notre peur se base alors sur ce que nous imaginons de cette nouvelle fonction et non sur une quelconque réalité. Confronter nos fantasmes avec les faits, c'est-à-dire ce que nous connaissons de la réalité de notre futur travail, nous permet de raisonner notre peur.

  • Le plaisir : Identifiez ce qui vous fait (toujours) réellement plaisir. Privilégiez autant que possible ces moments ou ces activités, et efforcez-vous de réduire ou supprimer complètement ce qui est en trop et vous met en difficulté.
  • La douleur (psychologique) : à l'inverse de la peur, la douleur renvoie au passé, lorsqu'un évènement nous a fait souffrir et que cette souffrance reste avec nous bien après la fin de son déclencheur. Il s'agit dans ce cas de se confronter aux faits actuels, à la manière dont la situation à évoluer depuis l'origine de la douleur, pour pouvoir la dépasser. Imaginez une femme qui se sent mise à l'écart par ses collègues à son retour de congé maternité car du fait de son absence, elle a n'a pas été impliquée dans la plupart des projets en cours et la continuité de la vie sociale de l'équipe. Elle en souffre et s'isole progressivement, gardant avec elle ce sentiment d'exclusion. Il lui faudra dans ce cas s'interroger sur la façon dont le comportement de ses collaborateurs et le sien ont pu évoluer maintenant qu'elle a repris un rôle actif au sein de l'équipe.
  • La colère : Laissez-la sortir ! Exprimez votre colère pour qu'elle ne vous consume pas : mettez-la par écrit (« Je suis en colère parce que… »), criez-la face à un miroir, ou expliquez-la à votre punching-ball ! Quelle que soit la manière qui vous fera le plus de bien, verbaliser votre colère au moment où vous l'aurez décidé évitera qu'elle ne vous échappe à un moment inopportun. Mieux vaut la confier à votre journal ou maltraiter un polochon que de la hurler plus tard à vos enfants, votre partenaire ou vos collaborateurs…

N'hésitez pas à demander de l'aide !

Sur le papier, c'est assez simple. Il suffit d'identifier les aspects de votre vie dans lesquels se produisent des déséquilibres problématiques, soit à cause de leurs conséquences immédiates, soit par leur caractère chronique. Puis de comprendre quelle émotion sous-jacente est en jeu. Et enfin d'y répondre de manière adaptée pour pouvoir corriger la situation.

Dans la pratique, les choses sont parfois plus confuses. Nous ne sommes pas toujours en mesure de prendre ce recul par nous-même et de voir clairement les choses. Certaines situations sont trop intenses ou trop complexes pour être perçue clairement sans l'aide d'une tierce personne. Si vous avez le sentiment que c'est votre cas, n'attendez pas que les choses s'enveniment et demandez de l'aide !

Je serai ravie de vous accompagner dans votre quête d'un nouvel équilibre, qu'il s'agisse du perso-pro ou d'autres aspects de votre vie ! Contactez-moi pour en parler.

Photos : Shutterstock

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Écrit par

Barbara Liano

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Bibliographie

  • 1 Stratégie de la Thérapie brève, Paul Watzlawick et Gorgio Nardone, Point Essais

  • 2 Quand le travail fait mal, Claude de Scoraille, Olivier Brosseau, Grégoire Vitry, Inter Editions

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