Quand Noël n'est pas un cadeau !

Et si Noël n'était pas un cadeau pour tout le monde ?

21 DÉC. 2018 · Lecture : min.

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Quand Noël n'est pas un cadeau !

Et d'abord les préparatifs ...

Noël c'est d'abord le poids parfois très lourd de ne surtout oublier personne. En particulier si vous êtes femme et mère.

Personne c'est-à-dire aussi votre belle-famille, le concierge de l'immeuble, la femme de ménage du bureau, le collègue préféré, ainsi que le SDF à côté de l'arrêt de bus que vous prenez tous les matins.

Sans oublier le chat, gadget en plastique ou foie de veau hors de prix au boucher d'à côté, l'os du chien avec son nœud rose, les boules pour les petits oiseaux du jardin si vous en avez encore malgré le désastre écologique.

Sans oublier les dons aux associations avant le 31 décembre. Et l'horrible dilemme de savoir laquelle soutenir en priorité si vous n'êtes que raisonnablement hors du besoin.

Et puis les enfants ...

En premier les enfants. Si vous êtes parent-conscient-écolo vous vous prenez la tête à partir du premier dimanche de l'Avent, voire dès que vous avez survécu à la rentrée des classes. A savoir : pas de plastique ni d'électronique, et voilà 95% des cadeaux qui tombent à l'eau.

Les ados paieront eux-mêmes leurs produits high-teck avec les sous qu'ils recevront, ça les rendra plus respectueux de l'objet, croyez-moi !A part l'argentc'est fringues obligées, pas chinées à la boutique solidaire de la Croix Rouge, et quelques produits de beauté pour filles et garçons. Pour certains vous pourrez caser un livre en plus, en précisant bien que ça n'est pas à la place du dernier pull de marque, de toutes façons le prix n'est pas le même ...  De même pour les expériences, il faut un safari en Afrique du Sud en hôtel quatre étoiles pour leur faire éventuellement oublier le smartphone ou la dernière paire de chaussures trop tendance pendant trois mois. Mais malgré leur côté jamais contents les ados continuent d'adorer Noël, ne vous y trompez pas, ou ils vous reprocheront immédiatement toute tentative de déroger à l'un ou l'autre rituel.

Quand ils sont petits, très petits, mais aussi élevés au fond de la forêt avec l'école à la maison type Captain Fantastic, vous pouvez tenter les jouets en bois éthique hors de prix mais garantis pas construits par des enfants de cinq ans travaillant douze heures par jour dans une usine ultra-polluée au bout du monde pour un bol de soupe. Images. Horribles.

De quoi à vomir la dinde ou son équivalent vegan au pied du sapin.

Le sapin

Parlons-en du sapin. Plastique ? Non. A replanter ? Au bout du dixième on se lasse. Surtout qu'ils meurent quand même au bout de six mois car vous l'avez mal fait ou qu'ils sont dévorés par les chenilles processionnaires. Une branche symbolique découpée avec amour dans la nature ? Mesquin quand on a encore des enfants à la maison ou déjà des petits enfants. Mon choix actuel : le sapin coupé le plus local possible qui séchera dehors jusqu'au feu du solstice d'été, vieille tradition du calendrier du vivant.

La psy

Vous savez combien j'en ai vu dans mon chalet de psy de femmes épuisées dès début décembre ayant envie de jeter Marie, Joseph et le petit Jésus dans la cheminée avec les papiers cadeaux que non, cette année elles ne stockeront plus au fond de la cave pour servir aux anniversaires de l'année à venir.

Et puis il y a toutes les situations douloureuses réveillées par Noël[1], la solitude ou les liens obligés.

Si vous avez survécu aux préparatifs, et que vous avez essayé de prévoir un repas où vous ne serez pas les 3/4 du temps debout à remuer la sauce ou monter les verrines, vous allez peut-être pouvoir vous poser un peu, le soir du réveillon ou le jour de Noël, ou les deux, pour manger, boire et partager les joies de la famille.

La famille, ce mal nécessaire, ce bien douloureux

Apprentissage premier de l'autre, conjugaison des appétits de tous, Noël c'est la famille insupportable, à l'absence irremplaçable, avec, parfois, sa sécurité affective et sa chaleur animale. La fin de l’année est en effet un de ces moments, voire LE moment, où la tension entre la famille idéale, la famille rêvée, et la réalité apparaît dans toute sa cruauté.

Quand la famille existe il est difficile de s'en passer dans cette période, quelles que soient les souffrances qu'elle nous rappelle[1].

Noël d'ombre et de lumière

Noël est ainsi un de ces moments de l’année qui augmentent les contrastes : pauvreté et abondance, isolement et chaleur familiale, avidité et solidarité, désespoir et espérance, joie des liens vivants et tristesse des pertes et des séparations, créativité généreuse et avare impuissance.

C'est un des moments de l'année qui voient augmenter suicides et états dépressifs, ainsi que troubles trop souvent mortels de l'excès et de l'addiction.

Ce vécu social qui met le manque et la pauvreté en avant dans un contexte de surconsommation obligée, comme dans l'intemporel conte d'Andersen "La petite fille aux allumettes", ce vécu familial parfois toxique, cette renaissance intérieure qui ne se fait pas toujours, ce sont les ombres du temps de Noël, celle de la nuit la plus longue de l'année.

Terminons alors par sa part de lumière...

Noël, étymologiquement, c’est la naissance. Renaissance de la lumière dans le cycle de l'année, les jours recommencent à grandir, naissance de l'œuvre dans le créateur, naissance de l'amour dans le lien, naissance de l'enfant dans le ventre de la mère, dans le cœur des parents.

Cet enfant, il est aussi à l'intérieur de nous, porteur de joies, de vie, de projets.

Noël peut ainsi rester un moment magique, un moment où l’on peut«donner comme des adultes et recevoir comme des enfants », comme le disait un vieil homme juste avant de mourir, un moment où laisser entièrement la place au lien d’humanité, à commencer par le plus proche, le plus petit, le plus intérieur. 

[1] Urgence in "Juste un mauvais moment à passer", Marie-José Sibille, 2017, disponible en livre broché et en ebook, illustré par Liane Langenbach.

Illustrations : Liane Langenbach

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Écrit par

Marie-José Sibille

Psychothérapeute Intégrative

Psychothérapeute intégrative depuis plus de vingt ans, j’accompagne particulièrement les familles, les enfants, les adolescents, les couples. Dans les séances individuelles, j’accompagne en particulier les personnes ayant vécu des traumatismes sexuels dans l'enfance. Je suis formatrice, superviseure, auteure.

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Commentaires 1
  • alinmaj

    Oui bien difficiles moments à passer mais oui la famille ce mal nécessaire ce bien, ce lien douloureux. Les jeunes de l'ASE le vivent avec nous et nous avec eux pour nos propres familles également. Drôle de paradoxe. Toxique, compliquée, avec ces manques, mais nécessaire. De quoi occuper cette nuit et les longues nuits à venir.

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