Adolescence et pornographie

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Quel impact les images pornographiques ont-elles sur le développement de la sexualité de nos enfants ? Un tiers des enfants de 10 ans auraient déjà eu accès à des images à caractère pornographique.

23 févr. 2015 · Lecture : min.

Quelles conséquences cette exposition massive aux images X peuvent-elles entraîner sur le développement psychique et la construction de la vie sexuelle de ces futurs adultes ?

Il est bien loin le temps où, pour accéder à des images pornographiques, il fallait se procurer des magazines au kiosque (que l'on dissimulait sous le manteau) ou veiller tard le soir pour regarder, à l'insu des parents, un film X sur une chaîne cryptée (si tant est que les parents y étaient abonnés…)

Aujourd'hui, inutile de se mettre en quête pour obtenir des images pornos, elles surgissent d'elles-mêmes, parfois même sans qu'on les ait demandées. Elles déboulent à l'improviste : publicités trashs sur les plateformes de téléchargement, vidéos circulant sur les smartphones à la récréation, voire sites X qui piratent des adresses inoffensives et envahissent soudain l'écran.

Par ailleurs, la pornographie s'invite partout : publicité, clips télévisés, films… En un clic via Internet, que ce soit sur un ordinateur ou un smartphone, n'importe quel adolescent peut visionner autant de vidéos X qu'il le souhaite, et cela sans débourser un seul centime.

Pour chacun d'entre nous, la sexualité est affaire de représentations. Autrefois nous étions moins calés sur ce sujet, ce qui laissait libre cours à notre imagination et notre fantasmagorie. Cependant, comme le souligne le Professeur Israël Nisand, chef du pôle Gynécologie et Obstétrique du C.H.U. de Strasbourg : « Le fait que les enfants construisent leur fantasmagorie sexuelle sur ces films qui vont de plus en plus loin m'inquiète beaucoup ; d'autant qu'il faut savoir que les tendances actuelles de la pornographie s'attaquent aux derniers tabous que sont la zoophilie mais aussi le viol et l'inceste… ». Le fait que les jeunes soient aujourd'hui exposés en permanence à ce genre d'images crues et explicites, risque d'entraîner non seulement un appauvrissement sur le plan de l'imaginaire mais aussi une confusion chez eux. Le danger est en effet, qu'ils prennent la pornographie pour la réalité et la norme et qu'elle devienne pour eux, un modèle sexuel et relationnel de référence auquel s'identifier ; modèle dans lequel l'amour sexué est déconnecté de toute sentimentalité et dépourvu de toutes limites. Il n'y est jamais question de relation amoureuse. Le sexe est montré comme une prouesse physique et non comme l'expression d'un imaginaire. S'ils prennent alors effectivement comme norme les images qu'ils reçoivent et auxquelles ils s'identifient, quel impact les scènes de viols collectifs, d'actes sexuels violents et dégradants peuvent-ils avoir sur eux ? A force d'être abreuvés d'images à caractère pornographiques, les adolescents risquent de se créer une vision violente et dégradante de la sexualité et une image méprisante de la femme-objet. Sans compter que faire son éducation à la sexualité par le biais de la pornographie est générateur d'angoisses pour eux. S'ils prennent en effet ce qu'ils voient pour argent comptant, il y a fort à parier que cela génère des complexes physiques chez eux, tant cette caricature scénarisée est bâtie sur le culte de la performance. On devine donc aisément que chez des adolescents qui en sont au stade de la découverte de la sexualité et en quête de modèles à imiter, cela peut générer repli sur soi, angoisses et inhibitions.

Comment agir alors pour contrecarrer l'effet dévastateur de la pornographie sur nos adolescents ?

Ne nous leurrons pas. Il est impossible en l'état actuel des choses de contrôler l'accès à ces sites pornographique. Même si nous pouvons en limiter l'accès, au moyen du Contrôle Parental sur l'ordinateur familial, il semblerait que cette mesure ne soit pas tout à fait au point, surtout pour ce qui concerne les smartphones ; d'autant que rien n'empêche les enfants de se connecter via l'ordinateur d'un copain…Il ne reste qu'une solution alors : en limiter les effets. Et pour cela, rien ne vaut une fois et encore, le dialogue avec des adultes à l'écoute de leurs questions sur ce sujet. C'est un fait, les jeunes s'interrogent et cherchent des réponses. La loi de 2001 a bien prévu des séances d'éducations à la sexualité, obligatoires dans les collèges à raison de 3 par an en principe, mais qui ne sont pas toujours appliquées par manque de moyens. Elles sont dans les faits, bien souvent assumées par les professeurs de Sciences et Vie de la Terre qui se cantonnent à l'aspect physiologique et morphologique de la génitalité. Ces cours sont très éloignés des relations amoureuses et de la sexualité entre garçons et filles qui sont les véritables sujets d'intérêts et de préoccupations des jeunes.

Il en va donc de la responsabilité des parents de mettre en garde leurs enfants sur le contenu de ces sites. Pour reprendre les propos du Dr Christian Spitz, Pédiatre, plus connu dans le cadre de ses animations radiophoniques sous le nom de Doc : « La pornographie doit être contrecarrée par une éducation à la sensualité, pour que les adolescents puissent avoir une vision plus globale et structurante de ce qu'est la sexualité, de ce qu'est la relation à l'autre. ». Il est important pour cela que les parents puissent expliquer en toute simplicité à leurs ados que ce qu'ils sont amenés à voir sur ce genre de site n'est pas la réalité. La sexualité n'est pas qu'un exercice de gymnastique mais est l'expression de l'amour, en lien avec la sensualité et le plaisir à travers la magie des corps. Démystifier le film X, c'est aussi leur rappeler qu'il s'agit bien de cinéma. Pour atteindre ce niveau de performance, les acteurs prennent du Viagra ou usent de prothèses pour gonfler leurs attributs, les actrices subissent des anesthésies pour ne pas souffrir de la pénétration (Voir reportage « Envoyé Spécial ») ou possèdent des silhouettes modelées par la chirurgie esthétique. Et comme dans toute fiction, les films X usent de trucages. L'important est de pouvoir développer un sens critique face à ce qu'ils peuvent être amenés à voir.

Aux parents d'adapter les explications en fonction de l'âge des enfants et de leur niveau de connaissance et de vocabulaire, sans en faire toutefois un cours… Mais mieux vaut être présents pour répondre à leurs questions quand elles se posent plutôt qu'ils soient tentés d'aller chercher des réponses sur Internet.

Selon le pédopsychiatre Stéphane Clerget, le meilleur moment pour commencer à aborder cette question de la sexualité avec eux et les mettre en garde par rapport à la pornographie, est la fin de l'école primaire. C'est l'âge en effet où la parole des adultes est encore crédible et prise en considération.

Nous avons bien conscience que l'éducation sexuelle est un sujet de société délicat à aborder pour les parents avec leurs enfants, confrontés au respect de l'intimité de chacun. Pour leur venir en aide, des psychiatres ont mis au point deux sites internet :

  1. Le premier : www.educationsensuelle.com est destiné aux adolescents à partir de 13/14 ans.

L'objectif est :

  • D'apporter une vision structurante et respectueuse de la sexualité et de la relation à l'autre
  • De prévenir les conséquences d'une sexualité instruite par la pornographie (image dégradée de la sexualité, montée de la violence à caractère sexuel et du machisme)
  • Préparer à la sexualité en donnant également des conseils essentiels sur la contraception et les Infections Sexuellement Transmissibles.
2. Le deuxième : www.educationsexuelle.com est destiné aux parents et éducateurs sur la sexualité des adolescents.
    • Apporter des réponses claires aux questions des parents et des adolescents
    • Accompagner les parents dans leur démarche pédagogique
    • Favoriser le dialogue avec leurs enfants

Par ailleurs, le député Christian Vanneste a alerté l'opinion publique en 2011 sur la question de la pornographie en proposant notamment, avec 12 autres députés, une loi (proposition n° 3687) visant à faire pression sur les Fournisseurs d'Accès à Internet afin de réguler l'accès aux sites pornographiques pour les enfants.

Je vous invite à prendre connaissance de cette proposition de loi :

« L'objet de cette proposition de loi vise à dénoncer la dépendance psychologique, physique et psychique que la pornographie peut engendrer ainsi que les conséquences visibles qu'elle peut avoir sur la vie d'une personne », selon l'exposé des motifs de la proposition de loi(1) . « La pornographie, sans limite, envahit les foyers par le moyen d'internet et s'insère de manière pernicieuse dans la vie de nombreux jeunes. La majeure partie ne cherche pas à y avoir accès a priori, mais se trouve face à des images et des vidéos qui ne correspondent pas à leur recherche ». « Ce qui est alarmant, c'est qu'elle en vient à toucher non plus seulement de jeunes adolescents, mais aussi des enfants », est-il ajouté. Et si elle devait être adoptée, la proposition de loi permettrait de limiter « l'accès des [sites] rendant accessibles des images à caractère pornographique uniquement à ceux de leurs abonnés qui en [auraient fait] expressément la demande », selon son article unique.

Il semblerait malheureusement qu'elle n'ait pas été suivie d'effet…

Et pour aller plus loin, si ce sujet vous intéresse :

« Lesenfants face aux écrans : Pornographie, la vraie violence» - Jacques Henno –

Format Poche – Collection Evolution - 2008 – 263 p – 6,80 €

« Alice au pays du porno : ados, leurs nouveaux imaginaires sexuels» - Michela Marzano et Claude Rozier – Edition Ramsay – 2005 – 250 p - 43 €

Une enquête rigoureuse qui permet de comprendre quelle vision les jeunes ont de la pornographie

« Défià la pudeur : quand la pornographie devient l'initiation sexuelle desjeunes » - Gérard Bonnet – Albin Michel – 2003 – 240 p – 18 €

L'auteur montre le côté néfaste de la pornographie dans l'élaboration de la sexualité, où la pudeur tient un rôle majeur (Albin Michel, 2003).

www.conseillere-conjugale-et-familiale.fr

Écrit par

Patricia Cattaneo

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